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Sculpture romane

Pour qui ne sait pas observer, le Limousin paraît éloigné des grands chantiers des sculpteurs de ses régions voisines au Moyen Age. Souvent cette erreur de jugement tient au fait qu'on a employé pour les édifices les plus importants le matériau le plus commun en Limousin : le granit, plus sombre et plus difficle à travailler que le calcaire.

 

Nous vous invitons donc à éviter cette perceptionn erronée et à découvrir, bien au contraire, à la fois la finesse du travail exécuté avec ce matériau diificile, et la variété des foyers de sculpteurs qui ont pu oeuvrer en Limousin.

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Pendant longtemps le Limousin, contrée aux "matériaux ingrats", a été en effet considéré comme parent pauvre de la sculpture romane cerné par des régions : Poitou, Quercy et Auvergne, dont on reconnaissait unanimement la richesse.

Si les auteurs ont le souci d'affirmer la création architecturale en Limousin à l'époque romane, ils ne semblent donc pas convaincus d'une sculpture digne d'intérêt.

 

Pourtant il suffisait de prendre la peine d'observer et d'inventorier cette sculpture délaissée pour apprécier son abondance, sa qualité et la créativité qu'elle manifeste. Un tel recensement montre d'emblée que l'on est en présence d'un art majeur dans la partie méridionnale de la région où les artistes  ont pû se procurer du grès fin et même du calcaire. Mais la sculpture est aussi répandue dans le haut du pays où peu d'édifices en sont dépourvus.

 

Le granit n'a pas permis un grand raffinement dans les motifs. Il faut cependant imaginer pour ces oeuvres un aspect bien différent de celui qu'elles présentent aujourd'hui : des détails réalisés en peinture sur enduits devaient enrichir grandement ces décors. Dans les édifices plus importants, les maîtres d'oeuvre allèrent même jusqu'à recourir au calcaire pour les chapiteaux. Cet apport de matériaux exogènes, s'il reste minoritaire au Dorat, est remarquable dans le chevet de Solignac tandis qu'il concerne presque tous les chapiteaux des fenêtres de Saint-Léonard.

 

Les analyses de l'historien de l'art du XXIème siècle le conduisent à mettre en évidence des aires artistiques où des techniques, des habitudes de chantiers se sont propagées par le déplacement des artistes. On peut signaler par exemple un ensemble de sculptures autour de Vigeois et de Lubersac.

 

 

(Source - "Le Limousin, pays et identités" / PULIM)

Avec la Bretagne, le Limousin est l'une des rares régions françaises où les sculpteurs romans ont dû affronter le granit. Avons-nous là un marqueur d'identité ? Comme partout dans le monde roman, les premiers sculpteurs limousins, en quête de motifs, ont puisé dans le répertoire antique et dans les manuscrits avec des résultats médiocres du fait des contraintes du matériau.

 

Mais au tournant du XIIème siècle, à Saint-Junien d'abord puis au Dorat, grâce sans doute au perfectionnement de l'outillage, ils ont trouvé le moyen d'élaborer un art du chapiteau bien spécifique, adapté à ce matériau. Certes, sur ces sculptures, les rares personnages sont restés à l'état de silhouettes et les scènes historiées sont quasi absentes, mais on assiste à de véritables réussites dans le domaine du chapiteau à décor végétal. Bien sûr toute finesse dans la taille est exclue, les reliefs ne présentent pas de travail de surface élaboré. Cependant, on relève dans ces oeuvres un grand sens de la composition et du mouvement ainsi qu'une exceptionnelle vigueur du relief. Ce courant de la sculpture romane se caractérise par un feuillage extrêmement dynamique où de profonds creusements au trépan procurent un puissant effet de clair-obscur. Il fut certainement apprécié à sa juste valeur à l'époque, comme en témoigne son adoption en Bas-Limousin sur des corbeilles de calcaire à Lubersac.

 

Cet art tributaire du granit, dominé par la recherche de l'effet plastique survit jusque vers 1150 et même au delà sur les chapiteaux de Saint-Léonard et de Solignac, mais n'est pas sorti de la région. C'est en ce sens qu'on pourrait le qualifier de sculpture romane limousine.

 

(Source - Limousin, pays et identtités / PULIM)

S'il existe bien une sculpture romane en Limousin, peut-on parler de sculpture romane limousine ? Le cadre très prégnant du diocèse aux XIème et XIIème siècles a-t-il induit un art particulier ? Ce serait étonnant car contrairement  aux habitudes médiévales où artistes et idées se moquent des limites géographiques et même ecclésiastiques.

 

Peut-on le qualifier de limousin lorsqu'on retrouve le travail des mêmes artistes à Saint-Jean-de-Côle ou Toirtoirac en Dordogne ? D'ailleurs, une étude du style de ces oeuvres montre que certains détails semblent procéder de l'art de Moissac où peut être les sculpteurs limousins s'étaient formés. On pourrait aussi revenir sur le cas du portail méridionnal de l'abbatiale de Beaulieu, qui n'est ni limousin ni quercynois mais pièce majeure d'un foyer artistique qui donna aussi la porte Sud de Moissac et les éléments de celle de Souillac.

 

(Source - Le Limousin, pays et identités / PULIM)

Chapiteau collégiale du Dorat

Chapiteau de la Collégiale du Dorat

Dans une région où, comme le souligne Claude Andrault-Schmitt, on note "une prédilection des maçons pour les effets de masse", la sculpture joue un rôle relativement réduit. Cependant, limitée à des zones très précises, la sculpture remplit deux fonctions principales.

D'une part, elle souligne fortement les articulations essentielles du bâtiment, l'effet étant encore accentué par le contraste polychromique introduit par l'emploi fréquent de pierres différentes de celles du gros oeuvre (grès, calcaire, serpentine). D'autre part, elle est vraisemblablement chargée d'un rôle symbolique en concentrant l'attention sur les baies, sources de lumière, et surtout sur les portails, accès à la maison divine.

 

(Source - E. PROUST / La sculpture en Bas-Limousin)

 
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