Abbaye d'Uzerche

Des fouilles ont révélé une implantation dès le bas-empire au IVème siècle. Il se peut qu'un premier édifice religieux exista dès le Vème siècle, cité par l'évêque de Limoges Rurice Ier dans une de ses lettres.

 

Avec l'autorisation du roi et du pape débuta au Xe siècle la construction d'un monastère bénédictin (917), qui devint très riche grâce à de nombreuses donations. Autour du monastère se forma la ville. L'autorité de l'abbé s'étendait sur la ville d'Uzerche, sur les environs et sur les terres qui faisaient partie de la seigneurie. Peu avant l'an mil, le monastère est réformé par des moines envoyés de Saint-Augustin de Limoges et d'Eymoutiers.

 

A partir de 1068, la discipline clunisienne est instaurée dans le monastère par Adémar, abbé de Saint-Martial de Limoges, qui choisit parmi les moines de son abbaye un abbé pour le monastère d'Uzerche.

 

 

Le pape Urbain II, se rendant à Clermont-Ferrand en compagnie de Pierre l'Ermite afin de préparer la première croisade, fit en 1095 une halte à Uzerche et consacre l'abbaye (après la consécration faite en 1086 par l'évêque de Limoges). Il y remarqua un moine du nom de Maurice Bourdin, né dans les environs d'Uzerche, qui sera antipape de 1118 à 1121 sous le nom de Grégoire VIII.

 

Au début du XIIème, l'abbaye bénédictine qui vient de recevoir des dons importants de l'évêque Eustorge, puissante et prospère, compte plus de cinquante églises. La crypte de l'abbaye contenait les reliques des corps saints de deux évêques bretons saint Léon et saint Coronat, invoquées dans les cas de possession démoniaque.

 

 

Le monstère d'Uzerche

 

L'église Saint-Pierre, aujourd'hui au centre du bourg, était l'abbatiale d'un monastère bénédictin cofondé en 987 par l'évêque de Limoges, Hildegaire. Détruits par un incendie en 1028, l'église et les bâtiments conventuels auraient été reconstruits totalement peu après, d'après le témoignage du chroniqueur Geoffroy de Vigeois. La consécration de la nouvelle église eut lieu le 22 janvier 1097, après une première bénédiction du maître-autel par l'évêque de Limoges, intervenue une quinzaine d'années plus tôt. La présence à Uzerche des reliques des saints bretons Léon et Coronat, objets de pèlerinage, et la position de la ville sur un itinéraire fréquenté, justifient le parti architectural donné à l'église, avec crypte et choeur à déambulatoire ouvrant sur les bras de transept.


Déjà en partie détachée des bâtiments monastiques, l'église fut fortifiée pendant la guerre de Cent ans, et ces fortifications reprirent du service lors des guerres de Religion. En 1563, un édit de pacification accordait provisoirement aux Réformés la jouissance de la nef de l'église, qui constituait leur unique lieu de culte en Limousin. A l'occupation de l'édifice en 1619 par les troupes royales du duc d'Epernon, est attribuée la destruction de la chapelle d'axe du chevet, ce que tend à cooroborer une inscription dans le déambulatoire commémorant des travaux conduits en 1622 par les soins du prieur, Antoine Pontier. L'établissement conventuel, en déclin depuis longtemps, s'affilia dans la seconde moitié du XVIIème siècle à la congrégation des Exempts dont il fut un temps le chef-lieu, avant d'être sécularisé par une bulle du 20 mai 1747. A la Révolution, le temporel et les bâtiments de l'abbaye furent vendus comme bien national, scellant une destinée désormais indépendante pour l'église, promue chef-lieu de la paroisse d'Uzerche.

 

(Source - Guide du Congrès Archéologique 2005 Christian CORVISIER)

Abbaye Saint-Pierre d'Uzerche

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LA CRYPTE

 

Difficile à dater, cette crypte se compose d’une salle principale de plan semi-circulaire voûtée en berceau annulaire. Elle se développe autour d’un pilier central de forme rectangulaire. Cinq ouvertures permettent la communication avec le déambulatoire. Ce dernier, voûté en plein cintre étant le plus ancien subsistant en Limousin.

La crypte était reliée au transept de l’abbatiale par des fenestrelles (accompagnées d’escaliers) placées aux extrémités du déambulatoire. Présence dans le mur nord d’un autel ou d’un tombeau d’origine inconnue. L’appellation de crypte « Aux Corps Saints » fait référence auxreliques de 2 saints bretons transférées ici à la fin du 11e siècle.

L'ARCHITECTURE

 

Parmi les édifices conservés, Saint-Pierre d'Uzerche, commencé vers le milieu du XIème, est le premier grand chantier roman du Bas-Limousin. La sculpture monumentale y occupe une place restreinte. Les plus anciennes corbeilles sculptées installées à la fin du XIème, au voisinage du transept, taillées dans le fruste granit local, montrent un décor où l'on trouve l'écho de celui de Saint-Martial de Limoges.

 

(Source - E. PROUST / La Sculpture romane en Bas-Limousin)

 

La crypte était relier à l'église par deux escaliers. L'église est pleine de disparates et d'étrangetés.

 

Le choeur est composé d'une travée droite  et d'un rond-point à cinq pans, berceau brisé et cul-de-four. L'arc d'entrée est outrepassé, mais le profil bizarre des voûtes et de plusieurs arcades doit résulter de remaniements.

 

Six colonnes monostyles ont des chapiteaux à feuillages rudimentaires, parfois retouchés. Le déambulatoire est sur doubleaux plein cintre, voûté d'arêtes de plan carré en face des chapelles, en portions de berceau de plan triangualire dans les intervalles, disposition qui rappelle les rotondes carolingiennes.

 

Les croisillons sont en berceau brisé sur doubleaux et demi-colnnes. Absidiole Nord est arrondie, alors que celle au Sud plus jeune est polygonale avec mouluration limousine à l'entrée et à la fenêtre.

 

La nef se compose de quatre travées sans fenêtres, épaulée de collatéraux en quart-de-cercle sur doubleaux plein cintre et pilastres muraux. La travée orientale a des murs du XIème siècle, des piles cruciformes à impostes biseautées, berceau brisé et arcades simples comme la travée suivante.

 

Des piles à double ressauts, des arcs à deux rouleaux soutiennent, plus à l'Ouest, la coupole du clocher, octogonale sur pendentifs plans. La travée rajoutée, plus longue s'évase d'Ouest en Est sous un berceau.

 

 

 

L'abbaye Saint-Pierre d'Uzerche

 

L'état actuel des études sur l'édifice a réfuté l'hypohèse antérieure selon laquelle la construction du chevet n'aurait pas immédiatement suivi celle de la crypte, et correspondrait à un projet plus ambitieux que celui d'origine.

Les indices de discontinuité entre partie basse et partie haute du chevet, et entre les maçonneries basses et les contreforts en pierre de taille épaulant les chapelles rayonnantes, ne seraient que les témoins des phases d'une unique campagne de construction. Cette campagne prolongeant celle de la crypte serait à placer dans le second tiers du XIème siècle. De la masse murale : les chapelles rayonnantes, élancées, percées de grandes fenêtres adoptent un plan outrepassé, qui peut être considéré comme un indice archaïque, de même que les claveaux étroits et serrés des arcs couvrant les fenêtres du déambulaoire et des chapelles. Le choeur, séparé du déambulatoire par sept arcades, comporte une travée barlongue voûtée en berceau prolongée d'une abside en cul-de-four, avec un arc doubleau intermédiaire, cet arc et l'arc de l'entrée du choeur étant brisé. Ce voûtement porte directement, sans fenêtres hautes, sur les arcs en plein cintre surhaussés de six colonnes du rond-point.

 

Le voûtement du déambulatoire est complexe, composé dans la partie tournante d'une alternance de voûtes d'arêtes, entre arcades et chapelles, et d'un court tronçon de berceau tournant entre colonnes et segments de mur entre les chapelles. Deux petits doubleaux divergents partent des colonnes pour encadrer des trçons de voûte en berceau. L'emploi des voûtes d'arêtes permettait de placer le point haut de la voûte du déambulatoire au niveau de l'intrados des arcs du rond-point et de l'extrados des arcades d'entrée des chapelles, celles-ci étant pratiquement aussi hautes que le déambulatoire proprement dit.

 

(Source - Guide du Congrès Archéologique 2005 Christian CORVISIER)

 

Le chevet extérieur paraît très nu. Il se compose de moellons sauf les contreforts, leur retrait vers le haut et les cylindres allongés des chapelles, font un peu penser à Conques. L'absidiole et l'angle Ouest du croisillon Nord sont pris dans les tours de défense ajoutées au XIVème siècle.

 

Une moulure limousine et une archivolte à billettes encadrent la fenêtre de l'absidiole.
 

Le clocher de l'abbaye d'Uzerche

 

Le clocher limousin domine la seconde travée, on ne sait s'il couronnait primitivement une façade. Quatre étages : une souche carrée avec porte au Sud, un étage percé de deux baies par face, un arc brisé à tore et colonnettes, géminées par une colonne à long chapiteau vigoureusement sculpté, un autre avec deux baies séparés par une colonne et surmonté d'un gâble, celui-ci ménage, avec les acrotères prolongeant les angles, la transition vers un octogone, court et percé de deux petites baies dans ses pans obliques.

 

Ce clocher appartient à un type bien identifié sous le nom de "clochers limousins" par des historiens de l'art des années 19110, type réduit par une étude critique récente de Karine Madies à un corpus pertinent de cinq exemplaires, dont Collonges-la-Rouge.

LE DECOR SCULPTE

 

Il n'a pas de rôle prépondérant dans un édifice où la qualité de l'architecture semble avoir été la préoccupation essenteille. Plusieurs parties de l'abbatiale, la nef, lebras-nord du transept, les chapelles rayonnantes sont dépourvues de sculpture.

 

Il reste cinquante et une corbeilles dont vingt et une appartiennent aux parties hautes du clocher et constituent un groupe homogène. Parmi les autres, en grande partie situés à l'intérieur de l'édifice, il faut distinguer deux séries : d'une part celle de la croisée du choeur et du rond-point, d'autre part celle du bras sud du transept.

 

Les douze corbeilles de la zone de croisée présentent de nombreux points communs. Uniformément taillés dans le granit, elles sont toutes d'insipiration corinthienne, même si quelques éléments seulement du modèle ont été conservés. Sur chaque chapiteau, la partie supérieure est traitée comme un registre distinct, sorte d'abaque échancré ou non. Outre les volutes d'angle présentes partout, cette partie de la corbeille comporte le plus souvent un motif central sur chaque face. Il s'agit d'hélices, plus rarement d'une petite feuille ou même d'un masque.

Les corbeilles les plus réussies se distinguent par une composition claire où des palmettes sont disposées soit au centre des faces, soit sous les angles. Ces palmettes alternent avec des hauts bouquets de folioles auxquels elles sont reliées par leurs tiges. Une taille en gouttière soignée donne relief et mouvement à cette unique couronne végétale.

 

On dénombre dans le bras sud du transept douze chapiteaux sculptés, ce qui fait de cet accès réservés aux fidèles un espace particulièrement orné. Pour ce décor, d'un tout autre style que celui de la croisée, le granit a été écarté au profit du grès et surtout du calcaire.

Les chapiteaux de grès sont ceux qui se sont les moins bien conservés. Des rinceaux, dont les grosses tiges côtelées se croisent sur les faces latérales, couvrent la corbeille, ils se terminent par des palmettes frustes.

Sur les neuf autres corbeilles, le calcaire a permis une sculpture fine et détaillée. Un décor végétal très couvrant constitué de petites palmettes en fort relief y domine.

Sur les quatre corbeilles situées à l'intérieur de la chapelle orientée, des têtes animales ou humaines sont associées à un décor végétal du type qui vient d'être décrit. Les trois têtes de lion sculptées aux angles du chapiteau crachent deux rinceaux dont les grosses tiges nervées se croisent au dentre des faces. A l'arc d'entrée, ce sont des masques humains joufflus, aux traits réguliers et aux cheveux bouclés disposés en mèches, qui occupent les angles des corbeilles. Chacun d'eux surmonte un motif de trois palmettes disposées en rosace, sur la partie centrale des faces deux palmettes sont superposées.

 

Les chapiteaux du clocher comprennent six chapiteaux de grande taille et quinze de petit format, tous réalisés en calcaire. Ces corbeilles concervent un décor végétal, de lions qui se dressent, ou d'un personnage de face dans une mandorle.

 

(Source - E. PROUST / La Sculpture romane en Bas-Limousin)

Les inscriptions sur les dalles funéraires

 

Plusieurs inscriptions furent découvertes en 1838. Deux de ces épitaphes datées de la fin du XIème siècle se situent dans le mur occidental du transept sud.

 

L’ épitaphe de Boson (identité exacte mystérieuse, fils du comte de la Marche et abbé de Condat-sur-Gavaneix où est inscrit sur 11 lignes, cadre et lignes préalablement tracés : + DE MEDIO. PIETAS. RAPVIT. DIVINA. BOSONEM/NE QVIA. SVAM. IMPIETAS MVTARET. RELIGIONEM/CVIVS. ERAT. CLARVM. GENVS. ALTA. SCIENCIA. MORES/EXIMII. PLACITIQVE DEO. POPVLOQVE LABORES : CVMQVE CO/LVMBINAM. SERVARET SIMPLICITATEM : SERPENTIS. TAMEN. INDV/ERAT. SIBI. CALLIDITATEM : A PATRE PROMERVIT. VELVT/AXA. DARI. SIBI. PLORANS : IRRIGVVM. DV/PLEX. SEMPER. DVM. NON LEGIT ORANS : /LAVDES. ERGO. SVAS. RECOLENTES. N[OMEN] HONORENT : FRATRES/ET PRO. FRATRE. DEVM. DEVOCIVS. ORENT : XVII. KALENDAS SEPTEMBRIS OB[IIT] BONE ME/MORIE. BOSO. DEI MVN[ERE]. CVIVS ANIMA. REQVIESCAT IN PACE. AMEN.

 

L’épitaphe de l'abbé Gaubert (il serait le frère du comte de la Marche) où est inscrit  sur 12 lignes, cadre et lignes préalablement tracés : D/IST IVS./ECCLESIE. PRIOR. HIC./GAVBERTVS. HVMAT./VR : SPS. ILLIVS. REQVIE/ [SINE] FINE. FRVATVR : / [?] OCVIT. FE/ [?] TEVI/ [?] LECT/ [?] NTRARI/ [?] AI. QVIE/VIT AMEN.

 

L'étude paléographique menée a conduit à attribuer cette inscription au XIème siècle. Un relief de petite taille dans le même calcaire jaunâtre accompagne cette épitaphe. On y voit un personnage debout, tenant un livre devant lui, une figure en buste, placée au-dessus de sa tête, le saisit par les épaules et semble vouloir l'entraîner. Si l'habit et la tonsure du premier personnage le désignent clairement comme un moine, le second dont certaines parties, en particulierla tête, sont mutilées, est plus difficile à identifier. Il est néanmoins propable, malgré l'absence d'ailes dans l'état actuel, qu'il  s'agit d'un ange emportant Boson au ciel.

 

En dépit de l'usure de surface, on perçoit encore le style soigné de cette sculpture et le mouvement que l'artiste a voulu donner à la figure de l'ange. Ces caractères ne s'accordent pas avec la datation avancée pour l'inscription. En effet, des détails comme l'extrême largeur des manches de Boson et surtout la draperie rassemblée sous l'une des épaules de l'ange, tout à fait semblable à celles des représentations de Gabriel des Annonciations d'Arnac et de Vigeois, ne nous permettent pas de placer cette sculpture avant le deuxième quart du XIIème siècle.


(Source - E. PROUST / La Sculpture romane en Bas-Limousin)

La crypte de l'abbaye d'Uzerche

 

On admet de longue date que la crypte a été édifiée peu après l'incendie de 1028, ce qui en fait le plus ancien édifice de ce type en Bas-Limousin. Le plan de cette crypte ayant conditionné celui du chevet de l'église abbatiale, dont elle forme le soubassement, sans décalages ni vraie discontinuité constructive, on doit aussi placer à la même époque le projet et la réalisation du chevet.

 

De proportions tassées, la crypte présente un déambualtoire étroit voûté en berceau tournant desservant cinq chapelles rayonnantes profonds en cul-de-four (celle d'axe a été détruite au XVIIème siècle) couvertes en berceau. L'accès est double et symétrique : un escalier en retour d'équerre des deux extrémités ouest du déambulatoire de la crypte, descendait au sol de chacun des bras du transept de l'église. Au centre de la crypte se trouve une salle composée d'une abside en hémicycle prolongeant un volume barlong. L'ensemble est couvert d'une très originale voûte en berceau tournant sur un pilier central rectangulaire assez maigre. Cette voûte continue est annulaire dans la partie formant une abside en berceau à retours d'angles droits dans la partie barlongue. L'abside communique avec le déambulatoire, dans l'axe de chacune des chapelles rayonnantes, par cinq ouvertures, couvertes en berceau avec pénétration dans les voûtes annulaires. Si la volumétrie est savante, la mise en oeuvre de la crypte est grossière : les voûtes, montées sur un coffrage à couchis dont les  empreintes restent apparentes, et les parois sont réalisées en blocage de petits moellons noyés dans le mortier.

 

(Source - Guide du Congrès Archéologique 2005 Christian CORVISIER)