Les chroniqueurs

Au Moyen Âge, une chronique (du grec chronos, « temps ») est un ouvrage, parfois écrit collectivement, relatant une série de faits chronologiquement. Cette littérature historique en langue vulgaire prend le relais de la chanson de geste en relatant des épopées légendaires héroïques qui mettent en scène les exploits guerriers de rois ou de chevaliers, ou en racontant l'histoire officielle de communautés, d'une cause ou de grands personnages qui sont les protecteurs des chroniqueurs à leur service.

 

Les évêques et presque toutes les grandes abbayes perpétuent leurs chroniques qui relatent les faits importants dans l’ordre de leur succession, autrement dit chronologiquement. L’intérêt de ces chroniques, est de conserver la lignée des rois, des nobles, des abbés, surtout s’ils furent saints ou conquérants, afin de reconstituer les généalogies et de servir de « référence » à leurs descendants. Elles servent également à mémoriser les donations, achats, échanges, mises en usufruit des villas (centres agricoles), églises, chapelles ou parcelles de terres.

 

Les chroniques ont également pour vocation de permettre la datation des événements, dans la mesure où il n’existe pas de calendriers, sauf de très rares exceptions. Tout fait important est situé en fonction de l’année du règne d’un pape, d’un roi ou d’un empereur. Cette notation est fonction du lieu où la chronique est écrite.

 

Des moines chroniqueurs du Limousin nous ont laissé leurs témoignages et permettent aujourd'hui une relecture plus affûtée l'histoire de la province.

* Adémar de Chabannes (1034), moine de Saint-Cybard d'Angoulême, qui a toutefois été formé dans l'abbaye limousine de Saint-Martial de Limoges sous la férule de son oncle, le chantre Roger, et du prévôt de l'abbaye Adalbert et qui a pu mettre à profit la riche bibliothèque de l'abbaye,

* Geoffroy de Vigeois, profès de l'abbaye de Saint-martial en 1160 puis prieur de Vigois en 1178, une ancienne abbaye soumise à Saint-Martial,

* Bernard Itier, sans doute le mieux connu grâce aux nombreuses notes dont il a enrichi les marges des manuscrits de Saint-Martial (1153, moine en 1177, bibliothécaire en 1204, mort en 1225),

* Pierre Coral, moine de Saint-Martial, prieur de Saint-Martin de Limoges vers 1247 puis de Saint-Martin de Tulle en 1276, un des compilateurs du Majus chronicon Lemovicense, qui reste à étudier. Les notes rassemblées par Pierre Coral et ses confrères se retrouvent dans deux volumes. il ne s'agit plus de marginalia au sens codicologique du terme, mais elles s'apparentent par certains côtés à celles de Bernard Itier, car elles ne forment pas un récit construit, tout en témoignant d'une largeur de vue ou d'une information beaucoup plus vaste. Pierre Coral rapporte beaucoup plus largement des évènements dépassant le cadre strictement régional. Citons par exemple, ce qui concerne l'année 1271, avec l'inhumation de Louis IX, le sacre de Philippe III et la perte en Terre Sainte du Crac des chevaliers et du château de Margat.

* Etienne de Maleu, chanoine de Saint-Junien (mort en 1322),

* Bernard Gui enfin (1261-1331), dont la réputation dépasse largement le Limousin, mais qui a consacré à sa patrie bon nombre de travaux, mineurs certes, mais qu'il faut prendre en compte.

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