Châsses reliquaires émaillées

Pièces majeures de l'Opus lemovicense, dite "Oeuvre de Limoges", on compte encore près de 700 châsses conservées dans les plus grands musées du monde. Ces châsses sont en fait des sortes de sarcophages en miniature offertes aux reliques des saints. Le choix de leur décor vient amplifier toute la symbolique des reliques conservées. Les thèmes choisis correspondent à des effets de "mode" en vigueur à cette même époque et rappellent aussi les traits de la liturgie développée au travers de cette élévation des reliques.

 

Néanmoins, parmi l'iconographie de ces châsses reliquaires très large dans ses choix, l'Oeuvre des orfèvres limousins a révélé trois thèmes majeurs pour les châsses que nous connaissons :

 

Carte des émaux en Limousin
Carte des émaux en Limousin
Carte des émaux en Limousin

Carte des émaux conservés en Limousin in situ

La dévotion aux saints existent très tôt dans l'histoire de la chrétienté et les croisades en Terre Sainte ont accéléré le commerce des reliques en Occident. La christiannisation de nombreux sanctuaires païens ont vu naître des dévotions et processions dédiées aux saints locaux ou reconnus.

 

Qui dit reliques dit reliquaires ... et le commerce de ces derniers se multiplie. Ces coffrets reliquaires permettent de recueillir les reliques des saints après leur translation hors du tombeau, pour être déposées dans ou sous l'autel. Les cryptes où ont été déposés les tombeaux des saints sont souvent trop petites pour accueillir les pèlerins. De plus, l'évolution de la liturgie correspond à la multiplication des messes et des autels, qui nécessite plus de reliques.

 

Les émailleurs de Limoges sortiront une production importante de châsses, représentation miniature de l'église, dernier écrin des saintes reliques.

Les quelque sept cent châsses limousines conservées à ce jour, sortes de sarcophages en miniature offerts aux reliques des saints, constituent une part notable, un dixième environ, des pièces cataloguées par le corpus des émaux méridionaux.

 

Les plus nombreuses d'entre elles, cent environ, présentent en réducion la disposition inaugurée par les mausolées funéraires occitaniens. A l'exemple de la châsse de Malmesbury, où l'on retrouve deux champs rectangulaires médians timbrés par deux images résumant le dogme chrétien : la Crucifixion au registre inférieur et, au-dessus, l'Agneau apocalyptique, promesse du salut garantie par le sacrifice rédempteur. Des portiques abritent sur les ailes le collège des apôtres. Saint Pierre et saint Paul, sur les pignons sont distingués pour leur rang éminent dans la hiéarchie romaine ; les émailleurs de Limoges leur affecteront avec respect cette place pendant un siècle ; ils confieront à saint Pierre, il va de soi, la garde de la porte à l'extrémité du petit édifice, minuscule image du paradis terrestre. Les visages des deux princes des apôtres, aux traits dessinés par une incrustation d'émail, portent l'empreinte précise d'un modèle byzantin identifiable et datable : les mosaïques de la chapelle palatine de Palerme.

Bien avant les châsses émaillées issues des ateliers limousins, le premier exemple de châsse connu en Limousin reste la châsse-reliquaire mérovingienne (VIIe ou VIIIe siècle) conservée en l'église de Saint-Bonnet-Avalouze. La châsse a une forme de maisonnette à toit en bâtière aux pentes fortement prononcées et à pignons légèrement inclinés vers l'intérieur . Si le travail réalisé reste assez fruste, son antiquité en fait en revanche une pièce rare en Europe.

 

Il s'agit d'un petit coffret en cuivre estampé et doré, cloué sur une âme de bois de chêne ;  le décor présente, sur une face, une croix à branches égales entourée de motifs d'entrelacs ; sur l'autre face, une grande croix de saint-André détermine quatre espaces où apparaissent deux saints nimbés et deux croix potencées.

Châsse mérovingienne de Saint-Bonnet-Avalouze

 

      Voilà un panel de châsses émaillées limousines :

Quelques exemples de châsses reliquaires étudiées

Châsse de Saint-Calmine

LA CHASSE DE SAINT CALMINE

 

La châsse de saint Calmine est la plus grande châsse en « œuvre de Limoges » (opus lemovicense) qui nous soit parvenue.

Elle fut créée pour enchâsser les relique de saint Calmine, fondateur de l’abbaye au VIIème siècle, ancien sénateur romain devenu, selon la tradition, duc d’Aquitaine et comte d’Auvergne ; et saint Austremoine, premier évêque présumé de Clermont et dont les reliques parvinrent à Mozac au IXème siècle.

 

Les ossements des époux fondateurs de l'abbaye, Calmin et Namadie, sont entreposés dans ce coffre qui est la plus grande châsse en émaux champlevés du monde : 0,81 m × 0,24 × 0,45. Sa structure est en bois. On y a fixé quatorze plaques de cuivre sur lesquelles on a coulé l'émail dans de petites ciselures.

 

Le décor n'est pas très original. Il est assez répétitif avec en arrière-plan des rosaces et des motifs symétriques. Les personnes et autres montures ont été clouées puis dorées à l'or fin.

Cette châsse adopte la forme d'une église sans transept, ni chœur. Sur le faîte, une rangée d'une soixantaine d'arcs constitue la balustrade du coffre.

La face principale représente les douze apôtres (trois par panneau : symbole de la Sainte Trinité). Leur nom est inscrit en latin sur un bandeau les traversant au niveau des genoux. Au centre, le Christ est représenté deux fois : en gloire dans une mandorle avec le tétramorphe (symboles des quatre Apôtres, en haut) et crucifié accompagné de Marie et Jean (en bas).

Les deux pignons comportent respectivement une Vierge à l'Enfant assise en majesté et saint Austremoine, premier évêque et évangélisateur de l'Auvergne, dont les reliques sont aussi conservées à Mozac depuis 764 ou 848.

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LA CHASSE SAINT ETIENNE

A GIMEL LES CASCADES

 

A Gimel les Cascades ne passez pas à côté de cette châsse exceptionnelle de Saint Etienne, elle date du XIIème siècle.

 

Sur la face majeure les deux registres relatent le cycle de la Passion de saint Etienne ; à gauche de la caisse la prédication d' Etienne, assisté par le Christ, tandis que les juifs se bouchent les oreilles ; à droite Etienne, condamné au supplice, est emmené hors de la ville symbolisée par une tour d' enceinte ; sur le rampant Saül, assis, tient les manteaux des bourreaux et assiste à la lapidation d' Etienne.

 

La face mineure présente à la caisse quatre apôtres, dont saint Pierre, inscrits dans des arcades ; sur le toit trois anges en buste dans des médaillons ; sur la plaque du pignon droit figure un apôtre (saint Paul ?) qui tient un phylactère et une croix ; un ange aux ailes déployées garde la porte au pignon gauche ; le parement de cuivre doré est parcouru d' un réseau de rinceaux gravés (fond vermiculé), adouci de hachures et bordé de fleurettes carrées ; la crête est ajourée de 17 motifs en entrée de serrure et comporte trois acrotères.

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LA CHASSE DE BELLAC

 

Bellac recèle la plus ancienne châsse connue ayant une forme de maison au toit en bâtière, attribuée peut être à tort aux ateliers de Limoges mais plutôt d'origine hispanique.

 

Le flanc majeur est orné de six médaillons bombés: Le Christ est identifié par une inscription: IESUS SUTSIPX, le nom XPISTUS ayant été inversé par l’orfèvre peut-être dyslexique ou analphabète. Il est entouré par le taureau et un griffon à la place de l’aigle, symboles des évangélistes Luc et Jean. Au rampant du toit l’Agneau Pascal entre l’ange et le lion, pour Mathieu et Marc.. Au pignon droit une représentation de la Vierge Marie identifiée par  l’inscription SANCTA MARIA MATER D(omi)NI.

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CHASSE D'AMBAZAC

 

La châsse d'Ambazac provient du trésor de l'abbaye de Grandmont , qui en comptait sept exposées dans le choeur de l'édifice. Elle est construite suivant l'élévation d'un édifice religieux à deux étages muni de trois transepts aux toits saillants. Formée d'un corps inférieur de forme parallélépipèdique reposant sur quatre pieds, elle est surmontée d'un second étage relié au précédent par un toit à quatre versants décoré d'un motif imitant la tuile. Cet élément supérieur qui se termine par un toit en bâtière est rythmé par les transepts.

 

L'ensemble est couronné d'une crête pourvue de deux acrotères aux extrémités et d'un oiseau en son milieu. Les pignons possèdent un décor architecturé présentant les mêmes divisions, celui de gauche étant constitué par une porte articulée sur deux gonds. L'émail est employé, sur la face principale et sur le revers, pour la ponctuation décorative des surfaces en caissons distincts mais sert également à imiter certains matériaux, comme les vitraux sur les pignons des transepts latéraux.

 

Le programme symbolique est extrêmement simple. La structure évoque l'image de la Jérusalem céleste. La partie basse représente le tombeau renfermant les reliques, surmonté de l'étage céleste, lieu de séjour de l'âme du saint, dominé par l'image de la Croix et où se trouvent deux anges sur des plaques de cuivre champlevé émaillé rapportées. L'oiseau dominant le tout pourraît être interprété soit comme l'âme du saint, soit comme la Colombe du saint Esprit, étape ultime de cette progression. Connue par des documents remontant à 1472, cette châsse se trouvait placée en compagnie de six autres, sur un degré de l'autel majeur du chef d'Ordre de Grandmont. Elle est cependant la seule châsse de Grandmont à avoir survécu aux destructions révolutionnaires.

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