Châsse reliquaire de Sainte-Valérie

Les enquêtes menées sur le Corpus des émaux méridionaux ont permis de compter quatorze châsses ou plaques de châsses historiées de sainte Valérie. 

 

 La place du culte de sainte Valérie au coeur du Moyen Age ne cesse de se développer en Limousin et en Aquitaine supporter par la famille des Plantagenêts. Il n'est donc pas surprenant de voir une volonté de promouvoir cette dévotion dans l'iconographie des châsses reliquaires.

 

 Compléter par certaines crosses et deux reliquaires, trente-trois oeuvres figurées ou historiées de saint Valérie ont été dénombrées. Le répertoire signalétique de ces oeuvres fabriquées par les ateliers limousins, entre la deuxième moitié du XIIème et le milieu du XIVème siècle, propose une datation pour chacun d'entre elles.

La série des châsses historiées de sainte Valérie peut être divisée en trois groupes dont l'éxécution correspond d'une part à trois périodes bien différenciées de l'Oeuvre de Limoges et d'autre part à u choix d'images bien spécifique.

 

L'étude du décor narratif de ces châsses montre que les émailleurs ont judicieusement sélectionné parmi les nombreux épisodes des vies légendaires de saint Martial et de sainte Valérie, ceux qui étaient visuellement les plus forts et les plus dramatiques; ils étaient aussi sans doute plus imple à identifier par les fidèles aussi divers que les clercs, de savants laïques ou de plus humbles voyants.

 

Le premier groupe comporte les deux plus anciennes châsses illustrant la légende de saint Valérie, elles sont datables des années 1170-1180 et se trouve aujourd'hui au British Museum et à l'Ermitage.

Une troisième châsse de même date dont l'imagerie concerne néanmoins presque exclusivement saint Martial, peut leur être adjointe : elle est conservée au musée du Louvre.

 

Ces châsses se distinguent par leur format, leur facture, et leur traitement stylistique. Les personnages sont émaillés dans une riche polychromie sur des fonds d'or parcourus de rinceaux vermiculés.

Sont simultanément représentés sur chacune des deux châsses les épisodes suivants : la condamnation de Valérie par le duc Etienne, l'exécution de la sainte et le miracle de la céphalophorie au moment où le corps se redresse pour saisir sa tête, la relation du miracle au duc Etienne par le bourreau qui tombe foudroyé, l'arrivée de Valérie qui s'agenouille dans la cathédrale et tend sa tête à saint Martial officant à l'autel.

Le second groupe de reliquaires émaillés illustrés de sainte Valérie, dont la fabrication remonte au premier quart du XIIIème siècle, est aussi le plus important en nombre, il comporte presque une vingtaine de châsses. Leurs dimensions, pour la plupart, sont bien inférieures à celles du premier groupe, elles présentent aussi un nouveau parti d'éxécution adopté par les ateliers limousins à partir de la fin du XIIème siècle.

La production limousine devient en effet une production de série. Les oeuvres sont alors réalisées beaucoup plus rapidement, les figures en particulier, pourvues ou non de petites têtes en relief, sont désormais réservées et dorées sur des fonds toujours émaillés en bleu et semés de disques, rosettes ou asters polychromes.

 

Les scènes représentées se réduisent à quelques images toujours répétées, cependant au delà de leur ressemblance, certains détails singularisent ces châsses les unes par rapport aux autres et empêchent de les confondre.

 

Pour sainte Valérie, comme pour saint Etienne et pour saint Thomas Becket, ont donc été préférées les scènes du martyre, de l'ensevelissement du corps et de la montée de l'âme au ciel.

A la caisse se trouve invariablement représenté l'épisode miraculeux de la céphalophorie à l'autel : les deux protagonistes occupent le centre de la composition, sainte Valérie est agenouillée à gauche et saint Martial, debout à droite, reçoit la tête de ses mains tendues, sur l'autel préparé pour la messe, se trouvent généralement un calice et un chandelier, une troisième figure apparaît presuqe toujours derrière saint Valérie agenouillée, il s'agit du bourreau armé d'une épée, il est représenté tantôt foudroyé, tantôt ressucité.

 

Dans la scène de la décollation est représenté un arbre indiquant que la scène se déroule à l'extérieur ainsi que le raconte la légende. 

The beheading scene features a tree as an indication that the event takes place outside, as narrated in the legend.

 

(Source - Valérie & Thomas Becket, de l'influence des princes Plantagenêts dans l'Oeuvre de Limoges / Musée de l'Evêché de Limoges)

Pour plus d'info ...

L'arrêt de la fabrication des châsses émaillées illustrées de sainte Valérie vers 1225-1230 semble correspondre à la fin d'une large distribution de reliques de la sainte à partir du monastère de Chambon.

 

Deux objets majeurs non émaillés viennent, semble-t-il faire le lien entre la série de châsses du deuxième groupe et les châsses du troisième groupe. Il s'agit de deux crosses abbatiales ou épiscopales en cuivre doré, sur les volutes desquelles est représenté l'épisode traditionel du miracle de la céphalophorie à l'autel avec sainte Valérie et saint Martial.

 

La forme de la seconde crosse, conservée aux Etats Unis au musée de Baltimore et datable des années 1260-1270, est unique dans toute l'Oeuvre de Limoges : elle comporte en effet deux volutes abritant chacune un des deux protagonistes de la scène, au sommet se trouve, en outre, une petite figurine qui porrait représenter l'archange saint Michel. S'agit-il, comme on l'a suggéré, du bâton du chantre de la cathédrale de Limoges.

 

(Source - Valérie & Thomas Becket, de l'influence des princes Plantagenêts dans l'Oeuvre de Limoges / Musée de l'Evêché de Limoges

Crosse de sainte Valérie / Musée de Baltimore

Le troisième groupe des châsses illustrant le thème de sainte Valérie relève d'une production plus tardive des ateliers d'émaillerie limousine dans les dernières décennies du XIIIème siècle. Deux châsses datant de cette période sont connues aujourd'hui dans les collections publiques, l'une vient d'être acquise par le Musée de limoges, l'autre se trouve aux Etats Unis au Musée de Toledo.

 

Elles diffèrent néanmoins dans leur parti structurel, celle de Limoges comporte encore une âme en bois sous-jacente, tandis que celle de Toledo est déjà entièrement métallique avec un toit ouvrant. Bien que la qualité d'exécution et le traitement stylistique des figures semblent moins séduisants sur ces deux reliquaires, on retrouve néanmoins dans les scènes représentées la veine et la proxilité narratives des premières châsses vermiculée.

 

Le martyre de sainte Valérie met en scène un soldat brandissant son épée, dont la silhouette a pu servir de référence, à l'échelle, aux émailleurs, pour mettre en oeuvre les premières châsses de saint Thomas Becket, le miracle de la céphalophorie montre un évêque détourné de l'autel, qui a pu, de la même manière, être "réutilisé" pour figurerThomas Becket.

Réciproquement sur les plus anciennes châsses de sainte Valérie, le récit se développe en commençant sur la caisse, comme l'a établi le schéma le plus courant des châsses de saint Thomas Becket. Le sens de lecture se trouve alors inversé par rapport aux premières châsses lorsque le martyre de la sainte se déroule sur le toit.

Il arrive ainsi que le martyre et céphalophorie soient présentés en raccourci sur la caisse, laissant place sur le toit à l'ensevelissement de la défunte ou à la montée de l'âme, selon le principe adopté alternativement pour orner le toit des châsses de saint Thomas Becket. Dans ce contexte, il est peu surprenant de trouver des châsses, illustrées de l'un et l'autre thèmes, dont on puisse raisonnablement supposer qu'elles aient été réalisées par les mêmes mains.

 

(Source - Valérie & Thomas Becket, de l'influence des princes Plantagenêts dans l'Oeuvre de Limoges / Musée de l'Evêché de Limoges

 

 

Châsse de Sainte Valérie - Le Louvre

Il s'est avéré que les châsses de saint Thomas Beckett ont été dispersées dans toute la chrétienté occidentale dès leur origine, ce qui s'explique aisément par la qualité exceptionnelle des reliques qu'elles étaient destinées à contenir.

Le caractère plus local de la légende de sainte Valérie pourrait laisser supposer une moindre diffusion des reliques de la sainte et, en conséquence, de leurs reliquaires. Ce serait cependant méconnaître le rayonnement de Limoges au Moyen Age et l'implication des institutions religieuses de la ville, et de leurs représentants, dans d'innombrables et efficaces réseaux.

 

Mais aussi, les Plantagenêts, grâce à leurs multiples alliances familiales, ont pu contribuer à diffuser le culte de la sainte, au renouveau duquel Aliénor avait sans doute activement participé.

 

Ainsi les moines de Saint-Martial consentent-ils à donner dans les années 1160, à trois chanoines venus de Lincoln, des reliques desaint Martial et de sainte Valérie (enfermées dans une châsse d'ivoire). De même, la présence dans plusieurs châsses de sainte Valérie dans le nord de l'Allemagne et notamment dans le trésor de deux cathédrales, Minden et Paterborn, permet d'envisager que des reliques de la sainte aient été importées de très longue date dans le Saint Empire.

 

Source - Valérie & Thomas Becket, de l'influence des princes Plantagenêts dans l'Oeuvre de Limoges / Musée de l'Evêché de Limoges).

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