Speculum Grandimontis

Le  « Miroir de Grandmont » est un gros registre de parchemin écrit vers 1200, relié au XVII° siècle et conservé aux Archives Départementales de Haute-Vienne. C’est une biographie hagiographique du fondateur de l’Ordre, à l’intention de ses disciples: pensées et maximes, traité de la discipline monastique, récit de la canonisation et des miracles.

 

Le gros volume de parchemin connu sous ce titre de Speculum grandimontis est l'œuvre du septième prieur de l'ordre de Grandmont, Gérard Ithier, qui vit la canonisation du fondateur de l'ordre, Étienne de Muret.

 

Il contient la biographie hagiographique de saint Étienne (vita), le recueil de ses pensées et maximes destinées à ses disciples, le récit de sa canonisation et de ses miracles, un traité de la discipline monastique, etc. il est orné de superbes initiales rouges et bleues, parfois dorées à la feuille, et de quelques miniatures de facture assez maladroite.

 

Né au milieu du XIe siècle en Auvergne, Étienne fit connaissance avec la vie d’ermite en Calabre et se retira vers 1075 dans le désert forestier de la paroisse d’Ambazac, où il passa ses jours entre les mortifications et l’enseignement de l’Évangile et des pères de l’Église faisant de nombreux miracles. Il mourut en 1125 et fut canonisé en 1189. À l’époque où le Miroir fut rédigé, l’ordre de Grandmont comptait déjà plusieurs dizaines d’établissements.

Les Archives départementales de la Haute-Vienne conservent ce qui reste des archives de l’abbaye de Grandmont.

 

(Source - Archives de Haute-Vienne)

 

Comme la plupart des saints de son époque, saint Étienne de Muret, fondateur de l’ordre de Grandmont, est crédité de nombreux miracles. Ces miracles sont racontés dans plusieurs œuvres hagiographiques composées au XIIe siècle. Elles nous permettent d’étudier l’action thaumaturgique de saint Etienne et de la comparer à celle d’autres saints contemporains. Elles nous permettent aussi d’apercevoir une nette évolution de l’attitude des Grandmontains vis-à-vis des miracles de leur saint fondateur. Ce sont ces deux aspects que je voudrais examiner ici.

 

Pour bien situer la question, il est nécessaire, au préalable, de rappeler quelles sont les sources qui nous permettent de connaître la vie et les miracles de saint Etienne de Muret. Nous disposons d’abord d’une Vie composée par le prieur Etienne de Liciac (1139-1163) ou sur son ordre avant 1155. Elle porte le titre de Vita venerabilis viri Stephani Muretensis et est connue sous le nom de Vita A. Cette première Vie fut complétée, vraisemblablement à deux reprises, par des récits de miracles anonymes, chaque additif comprenant deux miracles. Il est probable que ces récits furent ajoutés sous le successeur d’Etienne de Liciac, Pierre Bernard (1163-1170). Il faut ensuite attendre le priorat de Gérard Ithier (1189-1198) pour voir apparaître de nouvelles productions hagiographiques en l’honneur d’Etienne de Muret : une réfection de la Vita A par Gérard Ithier, la Vita Siephani Muretensis ampliata et, du même auteur, le De revelatione beati Stephani qui est un recueil de miracles. Ces compositions furent ensuite intégrées par le même auteur dans un vaste recueil intitulé Speculum Grandimontis.

 

La comparaison de ces écrits permet donc d’abord de saisir l’attitude des Grandmontains à propos des miracles de leur fondateur. Au lendemain de la mort de saint Étienne, sous les priorats de Pierre Limousin (1124-1137), Pierre de Saint-Christophe (1137-1139) et Étienne de Liciac, l’attitude dominante chez les prieurs et les intellectuels de Grandmont est de refuser les miracles et de minimiser leur manifestation.

 

Dès son prologue, l’auteur de la Vita A, qu’il s’agisse d’Étienne de Liciac ou d’un autre, annonce qu’il parlera peu des miracles du saint et de sa faculté de connaître les pensées des frères. Il craint, dit-il, que la vérité n’apparaisse aux incrédules comme un mensonge. Le peu qu’il en dira suffira aux convaincus pour répandre la réputation du saint « car tout est possible a celui qui croit ». C’est donc essentiellement la crainte de l’incrédulité qui l’arrête : attitude assez curieuse car beaucoup d’hagiographes précisent, au contraire, que les miracles se produisent pour les incrédules et non pour les convaincus et insistent sur leur valeur apologétique. D’ailleurs, notre auteur lui-même en reprenant le thème des miracles dans la conclusion de son œuvre, invoque une autre raison pour ne pas en parler, même si les miracles du saint ont été abondants pendant sa vie et après sa mort : la foi pure et la vraie charité aiment mieux les opera que les signa, c’est-a-dire les actions plutôt que les signes. [...]

 

(Source - Les miracles de saint Étienne de Muret († 1124) au XIIe siècle / Pierre-André SIGAL)

Un manuscrit, le Speculum Grandimontis (Miroir de Grandmont) , fait le récit des cérémonies de canonisation de Saint Etienne et des miracles qui l’accompagnèrent.

 

Les deux miniatures  représentent l’une à g. le souverain pontife Clément III prononçant le décret qui met le saint ermite de Muret au rang des bienheureux; la seconde figure deux évêques portant la châsse où sont contenus les restes du saint – ses reliques – qu’ils placent sur un reposoir. La colombe qui descend du ciel et survole la châsse, c’est le Saint Esprit. Toute brillante des feux des pierreries et de l’éclat des émaux, le frère Pardoux de la Garde la décrit ainsi:   « Sur le contretable, au plus éminent lieu de l’autel, est élevée la fort belle et grande châsse dans laquelle repose le corps de sainct Estienne, confesseur, premyer instituteur  de l’Ordre de Grandmont. Ladite châsse est en cuivre doré, esmaillé, enrichie de perles, de cristal et autre petite pierrerie, où est par personnaiges, le pourtraict en bosse de la vie du sainct… »