Lanternes des morts

Si le cimetière est un lieu important au Moyen Age, c'est qu'il recèle à la fois les corps des défunts et une partie de l'âme. Du reste, la possession des rites funéraires par l'église est primordiale.

 

Il va naître un phènomène architectural unique, localisé dans les diocèses de Poitiers, Saintes et Limousin, qui est l'élévation des lanternes des morts au XIIème siècle.

Les lanternes des morts : quelle fonction ?

 

Le seul témoignage écrit qui évoque une telle structure dans le contexte du XIIème siècle est un passage du De miraculis de Pierre le Vénérable où est décrite une lanterne des morts :

Il y a, au centre du cimetière, une construction (structura) en pierre, au sommet de laquelle se trouve une place qui peut recevoir une lampe (lampas), dont la lumière (fulgor) éclaire toutes les nuits ce lieu sacré, en signe de respect (ob reverentiam) pour les fidèles qui y reposent. Il y a aussi quelques degrés (gradus) par lesquels on accède à une plate-forme (spatium) dont l’espace est suffisant pour deux ou trois hommes assis ou debout.

 

Ces édifices, fûts de colonnes de quelques mètres de haut surmontés d'un fanal,  sont souvent localisés au centre du cimetière.

 

Les lanternes des morts restent symboliques, elles apportent la lumière en un lieu de passage où les corps sont en attente de leur jugement et restent parfois dans l'errance ...

Les lanternes, par la lumière qu'elles peuvent diffuser, sont riches d'un sens théologique et eschatologique. Elles représentent une véritable protection spirituelle voire corporelle pour les morts comme pour les vivants.

Leur implantation correspond à une zone où le cimetière possède une longue tradition de proctection juridique, réactualisée par le mouvement de la Paix de Dieu.

 

Depuis le Xème siècle, les lieux d'inhumation font l'objet d'un contrôle jaloux de la part de l'autorité ecclésiastique qui s'arroge également le droit, dans le même temps, d'excommunier ou de maudire ceux qui s'opposent à elle en les privant de la lumière éternelle. C'est le rôle des impressionnants rituels de malédiction monastiques accompagnés de l'extinction des cierges ou plus simplement celui de la privation de sépulture ecclésiastique. Avant même cette époque, le cimetière jouit d'un statut juridique particulier, protégé dès l'Antiquité tardive du droit d'asile. Cette immunité locale permet à toute personne qui le souhaite d'y trouver refuge, pour lui ou pour ses biens. Le droit d'asile est revivifié par le développement du mouvement de la Paix de Dieu à partir de la fin du Xème siècle en Gaule méridionale. Le premier concile de Paix de Dieu, celui de Charroux en 989, est suivi d'autres dans la province ecclésiastique de Bordeaux ou de Limoges.

 

La protection juridique est renforcée, à partir du XIème siècle pour le sud de la Loire, par la consécration épiscopale. En effet les premiers rituels de consécration ou de bénédiction de cimetière apparaissent dans les pontificaux à ce moment là. Consacré par le rite épiscopal, le cimetière protège les défunts qui y reposent des esprits immondes, mais rejettent de la terre d'inhumation ceux qui ne font pas partie de la société chrétienne. La consécration du cimetière a en effet pour but avoué de purifier l'espace, de l'affecter à la sépulture des fidèles et de défendre les corps ensevelis des attaques des démons.

 

La lanterne des morts peut apparaître, pour certains historiens, comme concurrente de la consécration du cimetière que tente de promouvoir l'ordre de Cluny dans la perspective de sa propre conception de l'espace sacré, sacralisé. En effet, le pays des lanternes des morts est le plus souvent en rébellion ouverte contre l'autorité clunisienne.

 

                 Lanterns of the Dead (French: lanternes des morts) is the architectural name for the small towers in stone found chiefly in the centre and west of France, pierced with small openings at the top, where a light was exhibited at night to indicate the position of a cemetery.

 

These towers were usually circular, with a small entrance in the lower part giving access to the interior, so as to raise the lamps by a pulley to the required height.

Carthographie des lanternes des morts en Poitou, Saintonge et Limousin.

La construction des lanternes des morts en Limousin

En Limousin, à l'exception de celle de Saint-Léonard de Noblat qui n'existe plus, les lanternes des morts sont d'une simplicité d'architecture. Les unes sont de forme ronde, comme à Rancon, les autres sont cernées comme à Cognac, Saint-Goussaud ou Oradour-sur-Glane, d'autres sont hexagones, comme à La Souterraine, un plus grand nombre, octogones, comme à Felletin, Saint-Barbant, Coussac-Bonneval ou Oradour-sur-Genest.

 

Elles sont presque toutes placées sur une plate-forme que trois ou quatres escaliers élèvent au-dessus du terrain. Leur hauteur varie peu. Celle d'Oradour-sur-Genest, qui est peut être la plus élevée, atteint 8.86 mètres. L'intérieur, qui est creux, livrait un passage, quelque fois bien étroit, pour monter jusqu'à la lampe. La plupart des lanternes des morts sont accompagnées d'un autel destiné aux cérémonies des funérailles.

 

En Limousin les recherches ont recensé 21 lanternes des morts, dont 15 en Haute-Vienne, 5 en Creuse et la mention d'une dans le cimetière de Dalon en Corrèze.

Pour plus d'info ...

 
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