Croix émaillées

Il existait des croix de très grande dimensions dont on connaît un seul exemplaire conservé au musée de Stockholm et une descriton de celle qui se trouvait dans l'église de Mozac, haute de 84 cm, elle était "remarquablement riche et brillante" selon une description de 1846. Ces croix étaient revêtues de plaques de cuivre estampé ornées de nombreux cabochons et d'appliques en demi-relief sur leur face principal ainsi que des médaillons émaillés au revers.

 

Le musée du Louvre conserve deux Christs en demi-relief qui ornaient sans aucun doute le centre de grandes croix. Celui de l'ancienne collection Martin Le Roy offre un très bel exemple de Christ limousin où le Sauveur est représenté en gloire, vivant , les yeux grans ouverts, couronné et vêtu de robes superposées.

 

La croix processionnelle provenant de l'abbaye de Bonneval, conservée au musée national du Moyen Age, est des plus beaux émaux méridionaux du début du XIIIème siècle, haute à l'origine d'environ 60 cm. Elle a surtout la particularité d'être un des seuls exemple de croix ornée sur ses deux faces. Son décor se compose de platines de cuivre champlevées, émaillées et dorées et de figures émaillées sur un fond doré, animé par quelques ornements gravés.

De nombreuses plaques de croix de plus petites dimensions sont conservées dans les collections publique. Celles-ci sont souvent amputées des deux plaques figurant la Vierge et saint Jean ou des Anges thuriféraires qui se trouvaient aux extrémités des bras de la croix.

 

(Source - Les émaux de Limoges au Moyen Age / Dossier de L'Art)

Les croix émaillées limousines

 

Nombre de crucifix ne sont pas complets. Dans la majorité des cas il ne reste que la plaque centrale avec le Christ crucifié, et parfois juste une figure d'applique de la Vierge Marie ou de saint Jean, ou une plaque, voire même seulement un fragment de l'extrémité d'un bras.

 

A en juger par leur taille et leur type, la plupart des crucifix conservés étaient manifestement destinés à servir à double usage liturgique, comme croix d'autel et comme croix de procession. La base du montant vertical se terminait souvent par un tenon en bois ou en métal pouvant s'emboîter dans une sorte de tube émnagé sur l'autel, ou dans un embout fixé au sommet d'un bâton de procession. De cette manière, la fonction du crucifix pouvait facilement varier. Le tenon en bois subiste sur quatre des crucifix norvégiens. La représentation iconographique dominante du Christ est celle qui le montre couronné.

 

 

(Source - L'Oeuvre de Limoges et sa diffusion - Trésors, objets, collections)

 

Croix provenant de l'abbaye de Bonneval (Aveyron)

H. 61 cm, l. 35 cm / Musée de Cluny à Paris

La plaque centrale d'une grande croix processionnelle, aujourd'hui conservée à New York, précise l'attrait des Limousins pour l'art monumental de la Sicile ou de la Grèce Byzantine ; elle accentue aussi l'indépendance de rythme historique  qui leur fit choisir, au dernier quart du XIIème siècle, le style de Daphni ou de Cefalu, clui de Palerme au temps de Roger II, plutôt quele style dynamique qui lui succèda à Montreale.

Fait remarquable, cette phase animée de l'art byzantin, synchronique d'une phase identique dans l'émaillerie rhéno-mosane, semble ne pas atteindre cet atelier limousin, éminent pourtant par ses qualités de style et d'exécution. Il semble même revenir à l'esprit serein des oeuvres de la renaissance macédonienne au XIème siècle. Une série de croix très proches, datables de la décennie autour de 1190 en raison de leurs nombreuses similitudes avec la plaque de saint Etienne de Muret marque un changement dans le goût. Elles déclenchent une rupture des tensions romanes qui étaient encore en vigueur sur une autre séries de croix massives plus anciennes, liés de leur côté aux oeuvres du milieu du siècle. La plaque de croix de New York, pour la pureté et la noblesse de son dessin, nous semble la plus ancienne et la plus belle de son groupe et de ce fait datable des environs de 1185 ; l'allure de l'objet initial est garantie par l'état où se trouve encore la célèbre croix presque complète de lancienne collection Spitzer et aujourd'hui à Cleveland. Ces croix inaugurent un programme iconographique particulier à Limoges qui, sur la face, place volontiers saint Pierre à la base de la hampe et un ange à son sommet tandis, qu'au revers figure l'image corollaire, l'Agneau sur les croix les plus anciennes, ensuite la Majesté du Sauveur avec les symboles des évangélistes.

 

(Source - Emaux du Moyen Age - Marie-Madeleine GAUTHIER)

Les croix émaillées du trésor de l'abbye de Grandmont

 

Par ses dimensions et son origine, ce Christ en cuivre émaillé est une pièce majeure de "l'Oeuvre de Limoges". Il provient très probablement d'une croix de l'abbaye de Grandmont (Haute-Vienne), grand client des ateliers limousins. Ce Christ, réalisé vers 1220-1230, est par son style et sa technique proche des figures d'apôtres, réalisés pour le grand autel de la même abbaye, et révèle les premières tendances gothiques à Limoges dans les premières décennies du XIIIe siècle.

L'abbaye de Grandmont, près de Limoges, a été fondée par Étienne de Muret (mort en 1124). L'église prieurale, dont la construction était pratiquement achevée en 1166, reçut, à différentes époques, plusieurs œuvres en émail champlevé sur cuivre. L'abbaye eut une grande influence sur le développement de "l'Œuvre de Limoges" (Opus Lemovicense). On commanda pour l'église, vers 1190, un grand autel évoquant la vie d'Étienne de Muret. Vers 1220-1225, prit place la réalisation de l'autel majeur avec le collège apostolique. Grandmont conservait encore après la Révolution la Grande Croix de l'Autel de Prime, ornée d'émaux de Limoges. Cette grande croix est décrite à la fin du XVIe siècle par le moine Pardoux de La Garde, puis en 1790 par l'abbé Legros qui note que cette croix portait en effet un Christ couronné et qu'elle mesurait 2,70 m.

La taille du Christ  du Louvre correspond à la grande hauteur de la croix. Cette figure est repoussée avec une grande force plastique qui le rapproche des Apôtres de Grandmont dont deux sont conservés au musée du Petit Palais de Paris et un autre au Louvre. Une demi-coque de cuivre est soudée au revers de la tête du Christ qui lui donne le volume d'une ronde-bosse. Le Christ n'était pas la seule figure de cette croix qui était vraisemblablement ornée de deux autres figures puis d'une inscription. Une de ces figures étant probablement le Diacre des Billanges (Haute-Vienne, conservé dans l'église de la Nativité de Saint-Jean-Baptiste), légèrement plus petit que le Christ. Le revêtement en cuivre de cette croix a été acheté à la Révolution par Coutaud, un fondeur de Limoges.

Le Christ  est obtenu grâce à un vigoureux travail du cuivre au repoussé qui permit de dégager la statuette de la plaque de cuivre. Le corps est souplement modelé, légèrement fléchi et drapé d'un perizonium fluide. Le visage est serein et les yeux sont éclairés d'une perle d'émail. Les mèches de la chevelure et la barbe sont rehaussées de fins traits gravés. La qualité des reprises à la gravure est d'ailleurs un autre point commun avec les Apôtres de l'autel majeur de Grandmont. Ce visage est en rupture avec les traditions romanes et révèle un plus grand intérêt pour la réalité humaine et pour l'expression. Cette œuvre a été réalisée dans la période où les artistes de Limoges adoptèrent des plis fins, souplement incurvés et des visages pleins à l'expression grave et sereine. Ces nouveautés marquent l'ouverture des ateliers limousins au courant du premier art gothique. Le Christ du Louvre fait partie des plus belles créations limousines du début du XIIIe siècle.

 

(Source - Les émaux Musée du Louvre)