Emaux et orfèvrerie limousine

Le Limousin connaît pendant tout le Moyen Age une activité d'orfèvrerie qui portera la province au sommet d'une production qui se diffusera dans toute l'europe au XIIIème siècle.

 

Bénéficiant d'une place privilégiée au carrefour des routes de commerce et du soutien de mécènes prestigieux, les ateliers limousins feront rayonner leur savoir-faire et leurs créations au travers du travail de l'émail avec plus de 120 000 pièces diffusées. Aujourd'hui plus de 12 000 pièces sont conservées dans les plus grands musées du monde et en Limousin.

La production d'émaux des ateliers limousins va répondre à la demande en terme de mobilier liturgique que l'on retrouve jusqu'alors en argent, cuivre, laiton ou or.

 

L’orfèvrerie religieuse est essentiellement constituée d’objets liturgiques ou d’objets consacrés au culte des saints. L’orfèvrerie liturgique se décline en une gamme très diversifiée : croix d’autel ou de procession, calices, patènes, pyxides, ciboires, monstrances, autels portatifs, reliures de livres sacrés, devants d’autels, retables... Le culte des saints, très développé dès les premiers siècles du Moyen Âge, a donné lieu à la fabrication de reliquaires de formes variées (châsses, reliquaires-monstrances, reliquaires anatomiques), ainsi que de statuettes de saints. La dévotion mariale, très vive à par- tir du XIIe siècle, s’est traduite par la confection de statues – de taille variable – de Vierges à l’Enfant, qui font écho aussi bien aux statuettes d’ivoire qu’aux Vierges sculptées monumentales.  (Source : Histoire et images médiévales)

L’émaillage sur cuivre champlevé (plaque épaisse dans laquelle on a creusé des champs ou alvéoles destinés à recevoir l’émail) se développe au début du XIIe siècle dans deux foyers principaux : l’un septentrional (rhéno-mosan) et l’autre méridional (limousin et espagnol). Les ateliers limousins produisent à partir du deuxième quart du XIIe siècle des objets émaillés sur cuivre champlevé. L’Opus lemovicense ou « Œuvre de Limoges » a connu dès la fin du XIIe siècle une large diffusion dans toute l’Europe, favorisée à partir de 1215 par la décision du concile de Latran IV d’autoriser l’emploi de l’émail champlevé pour les vases sacrés.

 

(Source : Histoire et images médiévales)

Cette production d'orfèvrerie est incomparable dans toute l'histoire médiévale. En effet, l'Oeuvre de Limoges, avec celle des chantiers hispaniques, a laissé dix fois plus de pièces que les ateliers réunis de la Meuse, de la Rhénanie, de la Saxe, de l'Angleterre et de la Scandinavie. Cette production est unique tant à la quantité de pièces créées qu'à l'étendue de la nature de ces produits. L'Oeuvre s'étend des châsses reliquaires, des ustensiles appropriés à la liturgie chrétienne (Croix, chandeliers, burettes, gémélions, encensoirs ...), des plaques pour les vêtements liturgiques (Pans de chasuble agrafés par un grand fermail, mitre, ganté, crossé ...), jusqu'aux applications sur des pièces à usage profane et héraldique (Cassettes, chandeliers, siège d'apparat, coupes, flacons, fibules, pommeaux d'épées, chanfreins, brides, harnais, étriers, collier de chasse, boîte à onguent, fibules à parfum ...).

 

Si l'on ne connaît pas exactement l'origine des ateliers d'émaux en Limousin, l'histoire nous rappelle que, dès le VIIème siècle, d'origine de Chaptelat, Eloi suit son apprentissage auprès de l'orfèvre renommé Abbon à Limoges. Il devient contrôleur des mines et des métaux, maître des monnaies, puis grand argentier du royaume de Clotaire II, puis trésorier de Dagobert Ier avant d’être élu évêque de Noyon en 641. Il fonde les monastères de Solignac, et de Saint-Martial à Paris.

Le succès de l’Œuvre de Limoges s’explique par le prix relativement modeste des matériaux, la vivacité des couleurs employées et la diversité des objets, à la fois religieux et profanes, mais aussi par la capacité des ateliers limousins à mettre en chantier soit une véritable fabrication en série, qui permettait de réduire les coûts de production, soit une production en nombre, comme la cinquantaine de châsses de saint Thomas Becket connues aujourd’hui.

Mais les ateliers de Limoges pouvaient aussi confectionner des œuvres uniques pour des commanditaires prestigieux : c’est le cas de cette plaque de L’Adoration des Mages qui, avec son pendant conservé au musée de Cluny, saint Étienne de Muret et son disciple Hugo Lacerta, constituaient des éléments de l’autel majeur réalisé pour l’église prieurale de l’ordre de Grandmont près de Limoges.

 

Cette plaque, au décor ciselé et gravé très soigné, combine deux techniques qui se sont succédées dans l’Œuvre de Limoges : elle présente des figures émaillées sur un fond doré lisse, caractéristiques des premiers émaux champlevés limousins ; en revanche, l’Enfant est laissé en réserve (non émaillé), gravé et doté d’une tête en relief appliquée, selon une technique qui se développe à partir de 1180-1190 dans des œuvres à fond émaillé décoré de rosettes et de fleurettes. Plus rapide à réaliser que la première, et donc plus à même de répondre au besoin d’une production de masse, cette technique d’émaillage se substituera largement à la précédente dans l'Oeuvre de Limoges au XIIIe siècle. (Source : Histoire et images médiévales)

OPUS LEMOVICENSE

 

Le premier texte  faisant mention de l'Oeuvre de Limoges, rédigé en 1167-69, concerne une "couverture de livre" se trouvant dans l'abbaye Saint-Victor à Paris, mentionnée par un clerc, membre de l'entourage de Thomas Becket.

 

Ce texte est rapidement suivi d'autres : des couvertures de livres sont à nouveau mentionnés, cette fois dans l'Italie du Sud, à Santa-Maria de Veglia, en 1197 des "Croix de Limoges" apparaissent, à côté de marchandises bien différentes, dans le tarif du péage de Bapaume en 1202, des "Basiliques de Limoges" sont données  vers 1215 à l'église des Saints-Serge-et-Bacchus de Rome par le Pape Innocent III, celui-là même qui autorisa l'Oeuvre de Limoges.

Des "coffros Lemovinceres" sont légués par l'évêque de Paris Pierre de Nemours en 1218 à l'église de la Chapelle en Brie. En 1295, les inventaires ponteficaux rescencent des chandeliers et des coffres de Limoges.

OU SE TROUVAIENT LES ATELIERS ?

 

La localisation exacte et l'organisation de ces ateliers d'émailleurs limousins demeurent inconnues. La très grande cohérence de la plus grande partie de la production suggère une activité très concentrée, dans une même ville, voire un quartier de celle-ci. Mais des oeuvres exceptionnelles par leur virtuosité technique, comme la crosse de Poitiers ou plus encore les appliques de la Bible de Souvigny ont-elles été fabriquées à Limoges même ou dans d'autres centres ? Dans certains cas, une forte individualité stylistique autorise également à s'interroger sur le lieu d'activité de tel ou tel atelier, à l'évidence de formation limousine : les artistes ayant exécuté la châsse de Mozac ont-ils travaillé dans la cité aquitaine ou se sont-ils déplacés en Auvergne ? La question vaut plus encore sans doute pour les auteurs de l'ensemble d'Orense ou pour des réalisations destinées à l'Italie.

 

Certains similitudes permettent de reconnaître à coup sûr la main d'un même artiste, mais faut-il imaginer un petit nombre d'établissements importants, déjà rigoureusement organisés et peut être même spécialisés, ou plutôt de petites officines tenues par un seul maître ? La complexité des relations entre des relations entre les oeuvres conduit à envisager plus favorablement la seconde hypothèse.

 

(Source - Elisabeth TABURET-DELAHAYE / Naissance et évolution de l'Oeuvre de Limoges)

 

Prétendre alors que les ateliers d'émailleurs se seraient multipliés à Limoges, et que quelques autres se seraient créés en d'autres lieux du Limousin, pour répondre avant tout à cette demande régionale, expression d'une piété émanant plus spécifiquement des milieux monastiques ou canoniaux, n'a sans doute rien d'une hypothèse hardie. Que la maîtrise technique et artistique ainsi acquise et reconnue ait entraîné une demande élargie, qui permettait de dépasser le simple cadre local et de diversifier les objets, apparaît comme une conséquence logique de cette spécialisation. Le coût était considérablement moins élevé que celui de l'orfèvrerie pure, alors que le produit fini pouvait être du plus bel effet. La situation de Limoges, en outre, notamment grâce à Saint-Martial et à d'autres établissements religieux limousins tels qu'Uzerche, Tulle ou Grandmont, était excellente dans les réseaux de communication de l'Europe méridionale. Les marchands limougeauds ont certainement bien vu tout le parti qu'ils pouvaient tirer tant de la collaboration avec l'abbaye Saint-Martial que du bon fonctionnement des ateliers, et tout l'intérêt qu'il y avait, en occupant un tel "créneau", à répondre aux demandes les plus diverses.

 

(Source - Limousin médiéval, temps des créations / Bernadette BARRIERE)

Tabernacles de Cherves

LA DERNIERE FLORAISON FIN DU XIIIème ET XIVème

 

Un tournant important dans l'évolution de l'Oeuvre de Limoges s'observe ver 1240-1250. Comme au début du siècle, l'impulsion semble être venue principalement des contacts avec l'art des régions situées au nord de la Loire ; elle a été d'ailleurs, cette fois, accompagnée de commandes venues de ces mêmes régions. Le renouvellement manifeste dans le style mais aussi dans les formes et les types d'oeuvres exécutées. Si certains objets, tels les plats de reliure ne semblent plus guère avoir été produits, d'autres comme les gémellions connaissent une faveur nouvelle. On assiste surtout à l'essor de l'art funéraire, dont le plus ancien exemple daté avec certitude est offert par les tombeaux des enfants de saint Louis, Jean (1248) et Blanche (1243). Non sans relations avec les gisants fortement repoussés dans le cuivre, se développe aussi le goût pour les appliques en demi-relief, d'un style très plastique ornant grandes châsses et autels. L'évolution vers un traitement plus monumental, à la fois plus ferme et plus sobre, reflète les transformations stylistiques apparues sur les chantiers d'Ile de France autour des années 1240.

 

Le renouvellement se traduit aussi dans le décor émaillé. Les thèmes végétaux survivent mais s'appauvrissent incontestablement au cours de la seconde moitié du XIIIème siècle, tandis que le décor héraldique, introduit sans doute par les commandes funéraires, se répand notamment sur coffrets, gémellions ou chandeliers.

 

Mais comme à l'époque précédente, l'Oeuvre de Limoges apparaît, dans la seconde moitié du XIIIème siècle parcouru de tendances diverses où se manifeste aussi un fort attachement à des traditions et à des pratiques répandues dans les décennies précédentes.

 

Enfin les oeuvres sculpturales dépourvues d'émail, comme les statuettes ou chefs-reliquaires, semblent connaître un succès durable. C'est d'ailleurs à cette dernière catégorie qu'appartient la plus tardive des pièces de l'Oeuvre de Limoges qui nous soient parvenues : le Chef-reliquaire de saint Ferréol conservé à Nexon et exécuté en 1346 par Aymeric Chrétien "orfèvre du château de Limoges". L'extinction des ateliers des Limoges est traditionnellement attribuée au sac de la ville par les troupes du prince Noir en 1370, mais paraît s'être opérée progressivement au cours des décennies précédentes.

 

 

(Source - Elisabeth TABURET-DELAHAYE / Naissance et évolution de l'Oeuvre de Limoges)

 

LES EMAUX ROMANS

 

Le fulgurant essor des ateliers de Limoges au cours des trois dernières décennies du XIIème siècle demeure encore en partie inexpliqué. Très vite en effet, le succès de l'Oeuvre de Limoges sera celui d'une production ayant réussi une parfaite adéquation aux besoins d'une vaste clientèle européenne. Tout laisse penser que c'est au cours du troisième quart du XIIème siècle que celui-ci  se développa véritablement et connut une première diffusion international. C'est avec l'ensemble d'oeuvres "à fonds vermiculés" que débutent véritablement l'essor des ateliers limousin.


Ces dernières déploient toute la vitalité créatrice d'un art encore débutant. Des scènes narratives étonnamment animées et colorées, illustrant la vie des saints locaux ou particulièrement honorés en Limousin, tels Etienne, Martial et Valérie, contrastent avec des figurations plus "universelles" et plus statiques mais néanmoins d'une grande force expressive, où l'artiste s'est à l'évidence surtout préoccupé d'évoquer la majesté et la transcendance divines .

 

Si aucune de ces oeuvres à fonds vermiculés n'est précisément datée, pour d'autres produites à Limoges dans les deux ou trois dernières décennies du XIIème siècle, en revanche, la date de canonisation du saint représenté, de l'arrivée des reliques, ou celles du gouvernement du commanditaire, apportent parfois de précieuses données chronologiques. Un premier groupe peut être rassemblé autour des plus anciennes châsses de saint Thomas Becket (1170). Le style y est encore dominé par le goût de la narration animée et par une forte stylisation romane, mais l'émaillage adopte un procédé inverse de celui observé sur les oeuvres précédentes, puisque les figures sont réservées et gravées sur des fonds émaillés. Ces oeuvres font par ailleurs un large usage des petites têtes appliquées.

 

L'étude de cette première production qui connut un spectaculaire développement permet de dégager quelques caractères fondamentaux. Le premier est sans conteste son profond enracinement dans les traditions artistiques de l'Aquitaine et plus particulièrement du Limousin. Un lien direct et précis avec telle ou telle enluminure exécutée dans le scriptorium de Saint-Martial de Limoges dont l'activité brillante au Xème et XIème siècles n'a que rarement pu être mis en évidence. Cependant les émailleurs limousins se sont certainement appuyés sur cette tradition. En témoignent les orientations principales du style, mais aussi de nombreux détails, tels les monticules couverts d'imbrications en forme de flammèches qui évoquent le sol, les rosettes incrustées dans les fonds, les orfrois ornés de motifs géométriques ou les pois parsemant les vêtements.
 

 

Désignée dans les textes, à partir de 1169, sous le terme dŒuvre de Limoges ou "Opus lemovicense", la production des ateliers limousins, dont les premiers témoignages datent du 2ème quart du XIIe siècle, se diffuse dans toute l’Europe, favorisée par le soutien des commandes des grandes abbayes de Saint-Martial et de l'ordre de Grandmont et de leurs mécènes Plantagenêts, ainsi que la décision du concile de Latran IV, en 1215 qui autorise l’emploi de l’émail champlevé pour les vases sacrés.

 

Le prix relativement modeste des matériaux, la vivacité des couleurs, la verve narrative, l’abondance et la diversité des objets fabriqués ont contribué au succès des émaux limousins. Sa réputation fera écho dans l'ensemble de l'occident chrétien.

 

On estimera à près de 120 000 pièces d'émaillerie produite entre les XIIème et XIIIème siècle. Aujourd'hui nous conservons plus de 12 000 pièces représentatives de cette production unique dans l'histoire de l'art dans les plus grands musées du monde.

 

Au XIIème les créations sont influencées directement par le centre religieux le plus important du Limousin qu'est l'abbaye Saint-Martial de Limoges. La production s'est ensuite concentrée autour d'orfèvres laïcs qui ont répondu à une demande d'objets aussi bien dans le domaine du sacré que du profane.

 

L'art de l'émaillerie va bénéficier, aux temps des croisades, de la multiplication des pèlerinages, de la christianisation par l'Eglise du monde rude de la chevalerie et du renouveau spirituel et religieux (910 fondation du monastère de Cluny, 1095 prédication de la première croisade, 1115 fondation de Clairvaux par saint Bernard), d'un extraordinaire engouement pour le culte des reliques et de la vénération d'un très grand nombre de saints en Limousin, ainsi que du développement d'ordres monastiques originaux comme celui de Grandmont fondé par saint Etienne de Muret dans les monts d'Ambazac.

 

 

(Source - Elisabeth TABURET-DELAHAYE / Naissance et évolution de l'Oeuvre de Limoges)

LES EMAUX ENTRE ROMAN ET GOTHIQUE

 

L'Oeuvre de Limoges n'a pas évoulé par ruptures ou étapes aisément perceptibles. On y observe, au contraire, une exceptionnelle permanence des formes et des thèmes décoratifs, parfois même des retours à d'anciens modes de traitement, tandis que des tendances nouvelles répandues dans des centres voisins ne furent acceptées que progressivement. Ainsi, au début du XIIIème siècle, l'abondante production des ateliers limousins ne refète-t-elle que partiellement les tendances du "premier art gothique" qui domine alors dans les régions situées au nord de la Loire. Les artistes de limoges en ont d'ailleurs adopté une version simplifiée, définie surtout par le traitement souple des drapés, aux fins plis serrés, et par la forme pleine et arrondie des visages, tout en conservant certains traits de l'art roman tardif de l'Ouest, en particulier le goût pour une narration animée et des figures en mouvement.

 

Le ciboire de Maître Alpais se retrouve dans ce groupe d'oeuvres. Il est l'une des premières et des plus belles créations où se perçoit cette "ouverture" à l'assouplissement des formes et une conception plus libre dans les scènes. Les figures ornant les deux coupes sont encore conçues  en fonction de la stylisation romane et munies de têtes en demi-relief de type "classique", tandis que les figures du pied  et celle de l'ange relèvent pleinement du "premier art gothique".

 

Plus encore que dans la période précédente, s'observent d'importantes différences dans la qualité des oeuvres. La fabrication de certains types d'objets, répondant à une demande importante et peu diversifiée, tels les plats de reliures ou les crosses, laisse paraître le recours presque systématique à des modèles bien établis, dont la répétition n'exclut pas le stéréotype.

 

Dans les mêmes années d'autres artistes adoptent plus franchement les tendances nouvelles en rupture avec l'art roman.

 

Le style souple et plus naturaliste du premier art gothique s'exprime néanmoins surtout sur des reliefs destinés à être placés sur les parements émaillés d'autels, tabernacles ou châsses. On le retrouve en effet sur des ensembles importants tels l'autel majeur de Grandmont et le Tabernacle de Cherves. Les larges rinceaux à grands fleurons des supports émaillés sont directement issus de ceux rencontrés à la fin du XIIème siècle, mais la simplification et l'épanouissement du motif floral leur confèrent une tonalité définitivement "gothique".

 

C'est donc à une époque où la production des ateliers limousins est très diversifiée, que d'autres objets ont été exécutés en marge de tous courants stylistiques, comme les croix, plats de reliures ou châsses ornées de figures en demi-relief émaillées d'un traitement très stylisé, mais aussi quelques pièces dont l'absence de décor figuré confère un caractère intemporel, dont les colombes eucharistiques offrent sans doutent le meilleur exemple.

 

(Source - Elisabeth TABURET-DELAHAYE / Naissance et évolution de l'Oeuvre de Limoges)

 

Plaque de l'autel majeur de Grandmont

Plaque de l'autel majeur de Silos

Le poids des princes

 

C'est surtout à partir de 1167 que la présence d'Henri II et de ses fils semble se faire sentir sur l'Aquitaine. Ce qui frappe alors c'est la distorsion profonde que l'on perçoit entre l'intérêt reconnu et soutenu que marquent Henri II, Aliénor, Henri Le Jeune et Richard Coeur de Lion pour le Limousin, pour Limoges, pour les sanctuaires régionaux et surtout pour Grandmont, avec le cortège de générosités ou de commandes d'oeuvres d'art qui l'accompagne, et les relations difficiles et heurtées qui ont opposé el père aux fils, les fils entre eux, le roi à son épouse, et obligé les habitants des deux villes de Limoges et à subir violences, réquisitions ou représailles.

 

Toutefois, Grandmont qui avait servi à maintes reprises de lieu de rencontre et de pourparlers de paix entre les fiddérents belligérants, et qui fut en diverses occasions un lieu de retraite pour Henri II, bénéficia, en cette fin du XIIème siècle, des largesses les plus grandes, telles qu'elles permirent sans doute à ce prieuré non seulement de poursuivre ses constructions, mais aussi de se doter de cet autel magnifique, oeuvre conjointe d'orfèvrerie et d'émaillerie, dont on pense que la création coïncida peu ou prou avec la célébration de la canonisation d'Etienne en cour de Rome en 1189.

 

L'importante production d'objets émaillés qui correspond à cette période troublée étonne donc dans un tel contexte. Elle témoigne de ce que les activités économiques et les échanges commerciaux qu'elle impliquait à l'amont comme à l'aval du produit, ont réussi, malgré tous les écueils, à se maintenir. Réduits au silence sur le plan politique pour plusieurs décennies, les bourgeois du Château se sont manifestement consacrés aux affaires.

 

(Source - Limousin médiéval, temps des créations / Bernadette BARRIERE)

Pour plus d'info ...

Guibert, Louis (1840-1904). Les vieux émaux de Limoges à l'Exposition de 1900. 1901

Gonzalès V, . L'émaillerie cloisonnée dans Al-Andalus. In: Revue de l'Occident musulman et de la Méditerranée,

L'Oeuvre de Limoges - Librairie des Archives Nationales et de la Société de l'Ecole des Chartres / Ernest Rupin 1890

L'ancien trésor de l'abbaye de Silos 1901 - Dom Eugène Roulin