LE TRESOR DE GRANDMONT

LE TRESOR DE GRANDMONT

Après plusieurs passages en Limousin le roi Henri II choisit le prieuré de Grandmont, où le successeur d'Etienne de Muret, Pierre de Limoges (1124-1137) avait établit les frères, pour confier aux Bons Hommes la mission de garder les tombes de la famille royale et le soin de prier pour leurs âmes. Sa mère Mathilde n'oubliait pas les tombeaux impériaux  à Spire, son gendre de Castille disposait du panthéon royal de Saint-Isidore de Léon, son gendre de Sicile déplaçait celui de Palerme vers Monreale, la reine Aliénor n'oubliait pas le Saint-Denis des Capétiens. Il renonça toutefois à son projet funéraire après qu'ils eussent été enterrés les yeux, le coeur et les entrailles de son fils révolté et repentant, Henri Le Jeune, tué en 1183. Mais les dons du roi, accomplis après sa mort en 1189 par Richard Coeur de Lion, permirent d'orner l'humble église d'un magnifique autel émaillé dont firent presque certainement partie deux belles plaques entrées au musée de Cluny. L'une figure l'Adoration des Mages, l'autre le bienheureux fondateur Etienne de Muret en conversation avec son disciple, comme l'indique l'inscription, probablement la plus ancienne inscription vernaculaire existant. Canonisé par une bulle du Pape Clément III du 21 mars 1189, à la suite des démarches du septième prieur Gérard Ithier, le saint grandmontain apparaissait sur ce frontal d'autel dans des scènes de sa vie.

 

Au cours d'une imposante cérémonie, le 30 aout 1189, l'autel de Grandmont fut inauguré. Au-dessus de l'autel, un ciborium, tout revêtu de plaques de cuivre doré décoré de rosaces peut-être émaillées abritait l'ensemble.

 

(Source - L'art Grandmontain / Editions ZODIAQUE)

Plaque émaillée représentant saint Etienne de Muret

et son disciple Lacerta

LA CHASSE RELIQUAIRE D'AMBAZAC

 

Si nombre de châsses reliquaires ont pû être produites dans les ateliers d'émailleurs de Limoges cette châsse reste unique aujourd'hui par le style abstrait de sa décoration, presque dépourvue d'images. Elle contient depuis 1790, époque de son dépôt dans l'église d'Ambazac, des reliques de saint Etienne de Muret. Elle subsiste seule parmi les sept châsses posées en gradin sur le maître-autel de l'église anéantie de Grandmont.

 

La châsse, originale détruite où reposa le corps du saint Etienne de Muret de 1472 à 1790 au moins, lui ressemblait par la forme et le nombre de pierreries, mais en différait par un grand nombre de petites figures en bosse. 

 

Cette châsse est insolite dans l'Oeuvre de Limoges, par son caractère aniconique, par l'abondance des pierres précieuses et des entailles, par la présence des filigranes. Elle est unique par l'emploi des cabochons de céramique orientale à glaçure turquoise, par la richesse ornementale de sa crête où perche une colombe, unique par l'exécution au repoussé des rinceaux, leurs grappes, leurs boutons d'émail, les compositions rayonnantes et concentriques des gemmes.  La jeune invention, la densité, la richesse des formes font de la châsse de Grandmont une sorte de bourgeon destiné à sépanouir en une généreuse descendance jusqu'en 1215-1220. Cette charge d'énergie exemplaire la situe donc dans une preière phase d'un atelier appelé à un succès international, vers 1180-1190.

 

Plusieurs inventaires dès 1496 nous présentent le riche trésor de l'abbaye de Grandmont. A travers les péripéties de l'histoire les religieux réussirent à le protéger juqu'à la veille de la Révolution. Lorsque l'abbaye fut supprimée par une bulle du pape Clément XIV, ce riche trésor fut distribué entre les églises du diocèse de Limoges par les soins de l'évêque. Plusieurs pièces furent réquisionées par les agents du gouvernement révolutionnaire qui les envoyèrent aux fondeurs pour en récupérer le métal et les pierres.

 

(Source - Emaux du Moyen Age / Marie-Madeleine GAUTHIER)

Ange-reliquaire de l'église de Saint-Sulpice-les-Feuilles 

 

Vers 1120-1140 et XIIIe siècle

 

Cette pièce exceptionnelle est le résultat du montage de trois parties distinctes : une figure d'ange coulée à la cire du début du XIIe siècle, un socle rectangulaire monté sur quatre pieds centrés, peut-être contemporain, et un cylindre reliquaire de cristal, probablement ajouté au XIIIe siècle.


Les ailes éployées présentent un remarquable travail d'émail. La partie supérieure est traitée à l'imitation de petites écailles de couleur verte, noire, turquoise et bleu de cobalt profond alternées. Elle est séparée du bas de l'aile par une bande horizontale où, sur fond noir, apparaissent de petits cercles rouges cloisonnés. Les plumes de l'extrémité inférieure comportent la même palette enrichie d'une teinte ivoire. Cette statuette est fixée à son socle par deux rivets venant s'accrocher à une partie métallique verticale solidaire de la base.
Mentionné dans les inventaires de Grandmont dès 1496, il fut attribué à la paroisse de Saint-Sulpice-Les-Feuilles en 1790, lors de la dispersion du trésor après la suppression de l'Ordre.


Il convient de noter que cette oeuvre unique de l'art aquitano-hispanique et de l'émaillerie limousine fut l'objet de répliques modernes dont trois furent signalées par Marie-Madeleine Gauthier, à Chicago, Madrid et Bruxelles (cette dernière ayant disparu depuis 1972), et dont le musée du Louvre possède également un exemplaire dans ses collections.

 

(Source - L'art Grandmontain / Editions ZODIAQUE)

Parmi le mobilier liturgique produit en émaux de Limoges, nous conservons ce coffret eucharistique (Christ en gloire, entouré de la Vierge, d'apôtres et d'anges). Ce coffret a été volé le 1er janvier 1981 avec 27 autres objets.au musée des Beaux Arts de Limoges.

 

De composition très pure, il présente sur la caisse, trônant chacun en majesté dans une mandorle, le Christ bénissant encadré par la Vierge, saint Pierre et une série d'apôtres, et sur chaque rampant du toit un ange en médaillon. Un ange à mi-corps, les ailes déployées, figure dans chaque écoinçon. Les mandorles sont jointes entre elles par une fleurette en métal ciselé, et unifiées par un bandeau turquoise médian qui ceinture tout le coffret.


Les figures réservées dans le métal et ciselées avec délicatesse, s'enlèvent sur le fond émaillé de bleu, rehaussé de fleurettes. Les têtes, d'une très belle facture classique, sont toutes rapportées en relief.


Ajustées directement les unes aux autres, les plaques de cuivre émaillé et doré constituent la structure du coffret en même temps qu'elles portent son décor.

MAITRE AUTEL DE L'ABBAYE DE GRADNMONT

 

Parmi les frontals et maîtres-autels en émaux des ateliers limousins, on conserve quelques plaques de celui qui ornait l'autel de l'abbaye de Grandmont.

 

Vers 1231 Ces plaques ornées présentent les apôtres Jacques (New York, Metropolitan museum), Philippe (Saint-Pétersbourg, Ermitage), Matthieu (Musée du Louvre), Martial (musée du Bargello, Florence), Paul et Thomas (musée du Petit Palais, Paris). Exceptionnels par leur facture et par leur style, ces apôtres sont des exemples d'interprétation du style « 1200 » en Limousin.

 

La figure de saint Matthieu comme les cinq autres plaques est de forme cintrée et percée de sept trous de fixation. Ces apôtres, tous identifiés par une inscription, proviendraient de l'autel majeur de l'abbaye de Grandmont détruit en 1790. 

 

L'autel devait comporter treize plaques car la tradition locale voulait que Martial, saint patron de Limoges, soit associé au collège apostolique. Les saints sont  traités en haut-relief. Très plastique, assis sur un petit édicule et tenant à la main gauche son Évangile, ils se détachent sur un fond de rinceaux émaillés. L'aspect monumental et exceptionnel est renforcé par les cabochons qui ornent les vêtements, la reliure du livre et les yeux. Ce puissant relief au modelé sensible est repris à la gravure avec beaucoup de raffinement et rappelle la statuaire du début du XIIIe siècle.

 

Les figures d'apôtres du maître-autel de l'abbaye de Grandmont sont effectivement proches de certaines sculptures de la grande statuaire gothique, telles les statues des portails des transepts de la cathédrale de Chartres (vers 1210-1230). Ces grandes figures d'applique par leur expression grave, le traitement des drapés quelque peu classique et l'auréole formant comme une calotte font de ces œuvres une expression du style « 1200 » en émaillerie. Ce style « 1200 » connut un développement dans le nord de la France et dans les vallées de la Meuse et du Rhin mais, comme le révèle le traitement longiligne des apôtres et les plis de leurs vêtements, il s'est aussi répandu, au début du XIIIe siècle, dans la région de Limoges.

 

(Source - Musée du Louvre)

L'ARCHITECTURE GRANDMONTAINE

 

Au travers de ses 150 fondations, l’ordre de Grandmont a su imposer une architecture monastique originale correspondant à l’esprit de l’Ordre : simplicité et austérité. L’art grandmontain apparaît aujourd’hui comme la troisième architecture monastique après celles des Bénédictins et des Cisterciens.

 

Implantés «au désert»

À part quelques exceptions, les monastères grandmontains furent implantés au « désert » c’est-à-dire en un lieu retiré du monde, loin d’un village et souvent situé à la lisière ou au milieu d’une forêt. La présence d’un ruisseau ou d’une source était nécessaire tant pour l’alimentation en eau de la communauté que pour l’élevage de poissons dans des étangs.

 

L’enclos monastique

Comme le voulait la règle primitive, chaque monastère ne devait pas posséder de terres en dehors de l’enclos ou du domaine qui lui avait été octroyé. L’enclos monastique était entouré d’un fossé et parfois d’une muraille de pierres (Les Bronzeaux). il comprenait un vaste jardin pour la culture des légumes nécessaires à la communauté et un verger. Le cimetière était inclus dans l’enclos, généralement au chevet de l’église.

 

Un plan type de monastère

Le monastère grandmontain est en principe constitué d’une église et de trois bâtiments conventuels qui forment un quadrilatère complet autour de la cour du cloître de forme souvent carrée. il semble que ce soit le plan du premier monastère de Muret qui ait servi de modèle aux autres fondations de l’Ordre. L’originalité de l’architecture grandmontaine est liée au traitement assez rigoureux d’un plan type mais avec une grande diversité dans les détails. L’abside de l’église fait toujours saillie à l’ensemble. Dans les deux tiers des cas l’église est située au nord des bâtiments conventuels et dans un tiers l’église a été implantée au sud. Le bâtiment situé à l’est comprend au rez-de-chaussée: le passage du cimetière accolé à l’église, la salle capitulaire et un cellier. Lorsque le cellier s’ouvre au sud on note un avant-cellier faisant saillie au quadrilatère (Comberoumal, Saint-Michel de Lodève, les Bronzeaux).

 

Une église au nord ou au sud des bâtiments conventuels. Ce choix était dicté par la pente générale du terrain pour que l’église soit sur le point haut permettant ainsi l’écoulement des eaux provenant des toitures intérieures en utilisant le passage de la cuisine. Le vestibule évitait le réchauffement intérieur du cellier par les rayons directs du soleil. L’accès à l’étage où se trouve le dortoir se fait par un escalier extérieur implanté dans la galerie est du cloître. Le bâtiment ouest était réservé à l’accueil des hôtes (hôtellerie) avec un réfectoire au rez-de-chaussée et un dortoir à l’étage. Parfois ce bâtiment ne joignait pas toujours l’angle de l’église. Quant au bâtiment sud ou nord, selon les cas, il comprend le réfectoire au rez-de-chaussée avec la cuisine et l’étage une grande salle (dortoir annexe?) qui communique avec le dortoir.

Chapelle d'Etricor (Charente)

Prieuré St Michel à Lodève

Prieuré des Bronzeaux - Dernier monastère Grandmontain en élévation en Limousin.

Dortoir des moines - Prieuré des Bronzeaux (Haute-Vienne)

Les dimensions des monastères

L’ensemble du quadrilatère constitué par l’église et les trois bâtiments conventuels ne dépasse guère en moyenne 30 à 40 m de côté. Toutefois quelques monastères étaient plus modestes: 20 m à Étricor et Châteauneuf ou plus vaste: 47 m à Louye.

 

La décoration grandmontaine

La décoration intérieure tant de l’église que des bâtiments conventuels consistait essentiellement en un décor de fausses pierres au trait rouge sur un enduit à la chaux blanche recouvrant la maçonnerie de pierres. Dans le cas d’un appareillage en pierres de taille, seul le joint de chaux était souligné d’un trait rouge sur un fond blanchâtre. Les fenêtres et les arcs formerets ont été parfois décorés d’une frise peinte en dents de scie rouge.

Quant au décor sculpté des chapiteaux, il apparaît très simple, jamais composé de scènes historiées, mais seulement de palmettes, de crosses ou de feuilles d’eau. On note toutefois exceptionnellement des têtes humaines (culots dans l’église de Dive).

 

L’église grandmontaine

L’église des monastères grandmontains ne comprend qu’une seule nef qui se termine à l’est par un sanctuaire plus large composé d’une partie droite prolongée d’une abside semi-circulaire.

 

L’abside

Elle peut être couverte d’une voûte en cul-de-four, d’une voûte d’arêtes vives ou d’une voûte à nervures toriques sur dosseret. Dans ce cas, les tores, délimitant les voûtains, retombent soit sur des culots dans les murs, soit sur des colonnettes jusqu’au sol. Une clé de voûte sert de point de départ aux tores. Les trois fenêtres du chevet, à larges embrasures intérieures sont souvent soulignées chacune d’une moulure torique. La partie droite du sanctuaire comporte parfois de chaque côté deux arcatures aveugles avec la même moulure. En outre on note dans le  sanctuaire deux grandes niches voûtées aménagées dans la muraille: à droite une piscine, à gauche une armoire liturgique.

 

La nef

Aucune fenêtre n’était ouverte dans les murs gouttereaux. La nef était toujours couverte d’une voûte en berceau brisé dont le point de départ est marqué par un gros cordon semi-torique. Seules les églises de Grandmont et de Dive possédaient dès l’origine une nef voûtée avec des travées en croisée d’ogive. Par contre le pignon occidental est toujours percé d’une haute fenêtre à large embrasure intérieure.

L’abbaye chef d’ordre de Grandmont fut totalement rasée et la moitié des cent cinquante monastères fondés au cours des xiie et xiiie siècle présentent encore des vestiges qui témoignent de cette originalité architecturale.

Abbaye de Grandmont

Si il ne reste plus rien de la grande abbaye de Grandmont dans les monts d'Ambazac, à proximité de Limoges, la naissance de cet ordre unique en Limousin nous laisse de nombreux témoignages.

 

L'Ordre de Grandmont s'inscrit dans le renouveau du monachisme aux XIe et XIIe siècles.

Une élite spirituelle rejetait à cette époque la vie monastique installée dans le confort matériel et recherchait la solitude pour la prière et la contemplation, à l'exemple des ermites des premiers temps de la chrétienté, en créant une communauté charismatique dans les bois au nom de l'Évangile. Contrairement aux Chartreux qui vivaient un érémitisme solitaire, ils conçurent un érémitisme communautaire, repas pris en commun

et dortoir commun aux frères et aux convers.

Étienne, né en 1046, était le fils aîné du vicomte de Thiers. Après avoir passé son adolescence à Rome, il revint à Thiers mais Il abandonna tous ses biens matériels pour se retirer en 1076 dans le bois de Muret près d'Ambazac. Étienne avait entendu l'appel du Christ au jeune homme riche : "Si tu veux être parfait, va, vends ce que tu possèdes, donne le aux pauvres et tu auras un trésor dans le ciel. Puis, viens et suis moi ! ". Il enseigne une règle unique : suivre l'Evangile, base de la Règle de l'Ordre : "L'Évangile, tout l'Évangile, rien que l'Évangile". Vivant en ermite dans la forêt, il fut rejoint par quelques disciples attirés par son exemple. Étienne consacre une partie de son temps à les former . Ainsi se forma une petite communauté spirituelle autour d'Étienne. La qualité de son enseignement le rendit célèbre et très nombreux furent les visiteurs qui vinrent s'instruire auprès de lui. Après sa mort un très grand nombre de miracles eurent lieu confortant la sainteté de sa vie.

La fondation de l'Ordre de Grandmont

 

A la mort d'Étienne, le 8 février 1124, ses disciples furent chassés du Bois de Muret par les bénédictins d'Ambazac, qui avait donné la jouissance du lieu sa vie durant à St Étienne, mais non à sa communauté. La communauté dut s'installer à 16 km plus au Nord sur un plateau granitique situé au lieu-dit Grandmont, paroisse de St Sylvestre. C'est à Grandmont que l'Ordre fut fondé, d'où son nom. Grâce aux libéralités du roi d'Angleterre, Henri II Plantagenêt, alors maître du Limousin par son mariage avec Aliénor d'Aquitaine, la communauté de Grandmont fit construire un prieuré dont l'église fut consacrée en 1166.

 

La règle de l'Ordre de Grandmont a été rédigée vers 1140-1150 par Étienne de Liciac, le 4ème prieur, en suivant les enseignements d'Étienne de Muret rapportés par Hugues de Lacerta, son disciple préféré. Cette règle comprend 65 articles et se base sur l'ÉVANGILE.

 

Les grandmontains devaient vivre dans la solitude d'un lieu retiré, refuser les possessions de terres et de bétail. Ils refusaient toute fonction paroissiale, mais accueillaient les pauvres dans leur maison. Le Coutumier organisait avec précision la vie de la communauté, imposant le jeûne et le silence aux religieux. L'Ordre de Grandmont comprenait des frères laïcs, les convers, pour les tâches matérielles, et des frères religieux, les clercs, qui se consacraient à la prière. Mais tous se trouvaient sur un pied d'égalité. Un dispensateur était choisi parmi les convers pour diriger chaque maison. cette disposition originale allait entraîner de multiples conflits entre clercs et convers, et un seul prieur existait pour réglementer tout l'Ordre à la Maison Mère de Grandmont. Cette disposition entraînait en outre trop de restrictions envers la propriété collective pour que l'organisation de l'Ordre reste viable.La Règle de l'Ordre fut approuvée par le Pape Adrien IV le 25 mars 1156. Étienne de Muret fut canonisé en 1189 par le Pape Clément III. La cérémonie eut lieu à Grandmont, le 30 août 1189.

 

La bienveillance des rois de France et d'Angleterre vis à vis de l'Ordre de Grandmont fut à l'origine de sa grande extension en France. Plus de 168 maisons avaient été ainsi créées à la fin du Xllle siècle avec 1200 religieux. Les celles étaient réparties en 9 provinces sur les fiefs du roi d'Angleterre : la Normandie, le Poitou, la Saintonge, la Gascogne, ou sur le territoire du roi de France ou du Duc de Bourgogne. Avec l'extension de l'Ordre celui-ci reçoit des aumônes. Des bienfaiteurs donnent des rentes, des dîmes, des domaines. Les biens à gérer deviennent importants. Mais de nombreux conflits apparurent entre clercs et convers. En 1216, les maisons furent placées sous l'autorité d'un Correcteur choisi parmi les clercs. La révolte des convers entraîna la réforme du Pape Jean XXII en 1317, avec la création de 39 prieurés regroupant des maisons annexes, le prieuré de Grandmont devenant abbaye, chef d'Ordre.

 

La Guerre de Cent Ans, les Guerres de Religion et la commende furent les causes de l'affaiblissement de l'Ordre du XlVe au XVle siècle.

 

Au XVIIe siècle, Léon X par Concordat avait laissé au Roi de France la faculté de présenter ses candidats aux évêchés et abbayes. Il était stipulé par cet accord que les candidats devaient appartenir au même ordre religieux que l'abbaye où ils étaient nommés, mais cette disposition fut vite écartée. Le candidat, appelé abbé ou prieur commendataire, ne recevait aucune juridiction spirituelle sur les religieux, mais percevait une part des revenus sous le nom de mense abbatiale ou prieurale. Les revenus d'une abbaye ou d'un prieuré provenaient des dons reçus en contrepartie de services religieux que les moines devaient remplir. La commende était donc une taxation sans contrepartie pour les ordres monastiques.

 

Malgré une réforme de ses institutions menée au XVlle par Charles Frémon, l'Ordre périclita.La destruction de l'Ordre de Grandmont fut menée par Mgr Loménie de Brienne, archevêque de Toulouse, et rapporteur devant la Commission des Réguliers instituée par Louis XV en 1765, et Mgr. Plessis d Argentré, évêque de Limoges, grand bénéficiaire de l'opération. L'extinction de l'Ordre fut prononcée par le pape Clément XVI cédant aux instances de la Cour de France le 6 août 1772, mais ne fut confirmée par Louis XVI qu'en Mai 1784, le parlement de Paris ayant mis obstacle. Malgré la résistance du dernier abbé de Grandmont, Xavier Mondain de la Maison Rouge, l'Ordre disparut à sa mort le 11 avril 1787. Les derniers grandmontains quittèrent l'abbaye en Juillet 1788. Les bâtiments de l'abbaye furent démolis à la Révolution. L'Ordre de Grandmont avait vécu.

Dénombrement des maisons et des effectifs de clercs. À la fin du XIIIème siècle l’ordre de Grandmont était organisé dans le royaume en 9 provinces ou nations:

  • province de France: 15 maisons ou celles avec 87 clercs

  • province de Bourgogne: 18 maisons avec 105 clercs

  • province de Normandie: 15 maisons avec 92 clercs

  • province d’Anjou: 16 maisons + 2 léproseries avec 100 clercs

  • province de Poitou: 20 maisons avec 99 clercs

  • province de Saintonge: 16 maisons avec 98 clercs

  • province de Gascogne: 16 maisons avec 92 clercs

  • province de Provence: 13 maisons avec 66 clercs

  • province d’Auvergne: 15 maisons avec 68 clercs + chef d’ordre à Grandmont avec 40 clercs.

 

En outre on comptait 2 maisons en Navarre avec 11 clercs et 3 maisons en Angleterre avec 24 clercs, soit un total de 149 maisons de Grandmont, avec 882 clercs.

Cet ordre de Grandmont était à la fois marginal et austère. Austère car c'était un ordre érémitique. Marginal, car il ne suivait pas la règle de saint Benoît, pourtant théoriquement imposé à tous les ordres religieux depuis Louis le Pieux.

 

Il avait la particularité que la place faite aux convers y était particulièrement importante. Les convers, c'est à dire "convertis", étaient à l'origine des moines qui n'avaient pas été placés au monastère dès leur enfance, mais qui étaient entrés à l'âge adulte par une démarche volontaire, à la suite d'une "conversion", d'un mouvement personnel et intime qui les avaient tournés vers Dieu. Mais le terme désignait aussi les frères laïcs ("frères lais") chargés ddes travaux matériels, ce qu'étaient souvent les convers. Placer les convers à égalité avec les autres moines dans la conduite des affaires du monastère ou dans l'élection de l'abbé était une audace qu'au XIIIème siècle saint Dominique n'arrivera pas à imposer à l'Ordre des Prêcheurs. Même à Grandmont, les conflits entre les deux catégories de moines seront fréquents et durs.

 

Des troubadours dans l'Ordre de Grandmont

 

A l'exemple de Peire Rogier ou de Guilhem Adémar qui ont fini leur vie  à Grandmont, que signifiait pour un troubadour d'entrer en religion ?

 

C'était manifester sa conversion en choisissant de se soumettre à une règle particulièrement rigoureuse. Mais c'était aussi entrer dans un ordre où les tard-venus, les convers qui se faisaient moines après une vie passée dans le monde, avaient toute leur place. C'était peut être ainsi s'assurer une retraite honorable pour ses vieux jours. Tout "honorés dans le monde", comme dit la vida du premier, ou "par la bonne société", comme dit celle, très brève, du second, qu'ils aient été, Peire Rogier comme Guilhm Adémar étaient d'une certaine façon des déclassés devenus jongleurs, l'un après avoir quitté sa chanoinie, l'autre parce qu'il était trop pauvre pour tenir son rang de chevalier.

 

(Source - Michel ZINK "Les troubadours, une histoire poétique")

 

 

 

 

Le buste-reliquaire représentant saint Etienne de Muret a été offert en 1496 par le cardinal Guillaume Briçonnet à l'abbaye de Grandmont dont il fut le onzième abbé. Le chef en argent pourrait être attribué à un atelier toscan ou proche de la Toscane. A la suite de la dissolution de l'ordre de Grandmont, le reliquaire fut attribué à la paroisse de Saint-Sylvestre. A la Révolution, il perdit son corselet d'argent et ses émaux, remplacés en 1875 par un buste en bois.

Le gros volume de parchemin connu sous ce titre Speculum grandimontis est l'œuvre du septième prieur de l'ordre de Grandmont, Gérard Ithier, qui vit la canonisation du fondateur de l'ordre, Étienne de Muret.

 

Il contient la biographie hagiographique de saint Étienne (vita), le recueil de ses pensées et maximes destinées à ses disciples, le récit de sa canonisation et de ses miracles, un traité de la discipline monastique, etc. il est orné de superbes initiales rouges et bleues, parfois dorées à la feuille, et de quelques miniatures de facture assez maladroite.

 

Né au milieu du XIe siècle en Auvergne, Étienne fit connaissance avec la vie d’ermite en Calabre et se retira vers 1075 dans le désert forestier de la paroisse d’Ambazac, où il passa ses jours entre les mortifications et l’enseignement de l’Évangile et des pères de l’Église faisant de nombreux miracles. Il mourut en 1125 et fut canonisé en 1189. À l’époque où le Miroir fut rédigé, l’ordre de Grandmont comptait déjà plusieurs dizaines d’établissements.

 

(Source - Archives Haute-Vienne)

Pour plus d'info ...

La règle de l'Ordre de Grandmont / Dom Jean Becquet

Documentation générale sur les monastères de Grandmont

L'autel majeur de Grandmont In: Cahiers de civilisation médiévale. 19e année (n°75), Juillet-septembre 1976. pp. 231-246. / Jean-René Gaborit

L'Ecole Monastique d'Orfèvrerie de Grandmont 1888 / Louis Guibert

Approvisionnement et alimentation à Grandmont depuis le Moyen Age / Martine Larigauderie-Beijeaud

Le coutumier de l'Abbaye de Grandmont / Dom Jean Becquet

Les sé&pulptures à Grandmont - La mort à Grandmont

Martine Larigauderie-Beijeaud

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