Psautier à l'usage de Limoges

Un psautier est un recueil de psaumes, souvent associé avec d'autres textes religieux comme un calendrier liturgique ou les litanies des saints. Il était au Moyen Âge et à la Renaissance généralement enluminé et rédigé en latin issu de la traduction de la Septante.

 

Le psautier, dont l’utilisation est définie dans les différentes règles monastiques, est le plus ancien livre liturgique de l’office. Détaché de la Bible, il se charge de nombreuses foncions. Il devient le manuscrit de prédilection du chantre, pour la direction du chœur des moines, et le livre fondamental du moine pour suivre la liturgie des heures (matines, laudes, prime, tierce, sexte, none, vêpres, complies). Il constitue aussi le support privilégié de l’apprentissage de la lecture.

Au XIIIe siècle, son évidente commodité favorise son exportation hors de l’enceinte monacale, pour gagner les bibliothèques laïques. Ici également, le psautier devient un livre de méditation et un livre d’apprentissage de la lecture, alors que grandit, dans les familles de la noblesse, un double engouement pour la lecture et pour la dévotion privée.

Le psautier est composite. Son agencement varie au cours des siècles, selon la liturgie en usage et selon les besoins de ses usagers. Ainsi, il ne cesse de se perfectionner depuis les Ve-VIe siècles. Fondamentalement, il s’agit d’un recueil de psaumes, textes poétiques religieux rassemblés dans l’Ancien Testament. Sur cette base, le psautier liturgique signale les sept subdivisions de la semaine et, pour chaque psaume, sa place dans l’office. Le livre se conclue systématiquement par des cantiques, le Te Deum, le Gloria et une litanie. D’autres textes et chants, par exemple un calendrier ou des hymnes pour les jours de la semaine, complètent cet ensemble selon les besoins particuliers. Au XIe siècle, la création du bréviaire vient compléter ce recueil.

 

L’illustration du psautier varie aussi selon les époques et ses usages. Une miniature pleine-page figurant David, peut débuter le manuscrit, mais, en général, l’essentiel des miniatures viennent mettre en image le texte, voire le développer, le commenter, dans des initiales. Plusieurs systèmes d’illustration sont employés, choisissant de mettre en image chaque psaume ou au contraire de se concentrer sur le premier ou les premiers psaumes de chaque groupe, lorsque le psautier est divisé en trois ou cinq groupes de psaumes. Enfin, les psautiers de dévotion privée offrent parfois la particularité d’être de très petites dimensions. Ici, l’illustration se résume souvent au décor ornemental et la représentation de David.

 

(Source - Manuscrits DRAC BNSA Aquitaine.fr) 

 

 

La bibliothèque de Besançon conserve un Psautier à l'usage de Limoges de la première moitié du XIIIème, provenant du Couvent des Capucins.

 

 

On y retrouve des médaillons enluminés présentant le calendrier litugique illustrés par les travaux des saisons.

Calendrier des saisons, thème que l'on retrouve fréquemment dans les enluminures et les peintures

(voir l'église de Clairavaux).

 

Voilà quelques détails qui présentent souvent chaque mois :

 

  • Janvier : l’extraction de l’argile sous la neige

Pietro de Crescenzi consacre plusieurs chapitres aux travaux de préparation des champs. Ces scènes agraires sont rarement reprises par les enlumineurs. Cette scène peut aussi représenter l’extraction de l’argile sur la berge d’une rivière, par un paysan. L’argile récoltée est mis en tas derrière lui.

Rappelons que l’argile entre dans la composition des tuiles et dans la construction des murs des maisons paysannes et des étables à pans de bois. Les mois d’hiver sont propices à l’entretien des bâtiments.

 

  • Février : l’épandage de la fumure animale

La fumure, c’est-à-dire l’amendement d’une terre agricole par épandage de fumier, a toujours été l’un des points faibles de l’agriculture médiévale. Si les traités d’agronomie insistent sur sa nécessité, c’est précisément parce que la pratique en était rare, limitée à quelques grands exploitants agricoles comme les communautés monastiques. La stabulation restait courte (de quelques semaines à environ trois mois), et la litière, insuffisante en raison de la rareté de la paille, ne permettait pas de constituer des quantités importantes de fumier. Par conséquent le fumier ne pouvait être répandu sur tous les terrains et la plus grande part en était destinée aux cultures à la bêche dans des lieux enclos : jardins, potagers, comme le montre l’enluminure. L’usage de la jachère était donc indispensable pour préparer les terres agricoles.

 

  • Mars : la taille de la vigne

Cette activité symbolise souvent la viticulture au Moyen Âge. En fait, ce travail se reproduit plusieurs fois dans l’année : d’après Pietro de’Crescenzi, en février ou mars seulement dans les régions froides, en octobre ou novembre et en février ou mars dans les zones les plus chaudes.

 

  • Avril : la tonte des moutons

Recherché avant tout pour sa laine, le mouton était aussi considéré comme une bête à viande et servait accessoirement pour le lait et les fromages. En France septentrionale, l’essentiel du cheptel était constitué d’animaux de très petite taille, semblables aux actuels moutons de pré salé d’Ouessant.
Le parcage des animaux permettait de compléter les apports de fumier pour la fertilisation des terres. Les bergers étaient généralement des hommes mûrs, comme ici. Emmitouflé dans un chaperon bleu, son bonnet sur la tête, il immobilise entre ses jambes de sa main gauche l’animal choisi parmi le troupeau, qu’il se prépare à tondre.

 

  • Mai : la chasse au faucon

Le thème de la chasse au faucon provient des calendriers liturgiques et n’a pas de rapport avec le texte du Rustican, consacré à l’agronomie. En revanche, il ne peut que plaire aux lecteurs qui sont susceptibles de pratiquer cette chasse, considérée comme la plus noble et la plus distinguée de toutes. Il s’agit ici vraisemblablement d’un clin d’œil aux Très Riches Heures du duc de Berry, qui la montrent en août. Le personnage est vêtu d’un pourpoint à manches fendues, vêtement élégant devenu à la mode depuis le XIIIe siècle, et il est coiffé d’une toque. Un faucon blanc se tient sur son poing gauche ganté.

 

  • Juin : la fenaison

La fenaison est traitée dans le chapitre 3 du livre VII, qui évoque brièvement le travail de prés et des bois. Le pré fauché est clos pour être protégé du vagabondage des animaux, mesure que préconise Pietro de ’Crescenzi. Il fait chaud, le faucheur est vêtu d’une simple chemise blanche fendue sur le côté, un chapeau de paille à larges bords le protège du soleil de juin.

 

  • Juillet : la moisson

Ce moment essentiel de la vie paysanne est relativement peu présent dans le texte de Pietro de’Crescenzi, et par conséquent dans les illustrations de son ouvrage. L’auteur conseille de planter un mélange d’orge, de millet, d’épeautre et de froment, mais il semblerait qu’on soit en présence ici d’une seule et même espèce.
La moisson ne prélevait que le haut de la tige, laissant une importante quantité de paille après la récolte, et permettant la pousse d’une deuxième herbe, le regain, que l’usage de la vaine pâture livrait aux animaux de la communauté villageoise.

 

  • Août : le battage du blé

Pietro de Crescenzi énumère dans son ouvrage différents procédés pour battre les céréales. Le battage s’effectue en plein air, sur une aire enclose de murs. Le paysan porte des vêtements adaptés à la liberté de mouvement nécessaire et à l’effort requis : jambes et pieds nus, une chemise courte fendu sur le côté, la tête protégée par un chapeau de paille.

 

  • Septembre : les semailles

Le labour n’est pas représenté dans le calendrier, contrairement aux Très Riches Heures du duc de Berry. L’image insiste plutôt sur les semailles, auxquelles l’auteur consacre tout un chapitre de son ouvrage. La représentation des champs labourés se réduit à quelques sillons parallèles, dont on constate à l’arrière plan qu’ils sont disposés perpendiculairement les uns aux autres. Le calendrier situe les semailles en septembre, ce qui correspond à la date préconisée par l’auteur pour les régions froides, tandis qu’il les repousse à la fin octobre ou en novembre pour les endroits ensoleillés.

Le paysan porte un tablier de semailles, ce qui correspond à l’usage français, alors que les enluminures des versions italiennes montrent la semence transportée dans un récipient en bois ou en osier que tient le paysan.

 

  • Octobre : le foulage du raisin

Il s’agit de la seconde allusion du calendrier à la viticulture, dont c’est l’une des activités essentielles. La scène se passe dans une petite pièce couverte. Le raisin, avant d’être mis en jarres, devait être foulé deux fois, mais il est impossible de déterminer à laquelle des deux opérations nous assistons. Le paysan est enfoncé jusqu’aux cuisses dans la cuve contenant les raisins, tandis qu’un second vendangeur verse le produit de la récolte contenu dans un panier d’osier. La cuve à fouler, large d’environ un mètre et haute d’à peu près soixante dix centimètres, est posée sur deux cales en bois. Elle est constituée de lattes de bois parallèles cerclées d’osier. Le jus de raisin en dégouline par plusieurs coulées verticales.

 

  • Novembre : la glandée

Le mois de novembre est symbolisé par quatre porcs, en bordure de la forêt, qui se nourrissent des glands que fait tomber du chêne, à l’aide de sa perche, le paysan qui les surveille. Pratique courante que recommande Pietro de’Crescenzi, la glandée consiste à laisser les porcs, animaux peu exigeants, se nourrir de glands, de racines et d’herbes dans les bois. L’auteur conseille au paysan de récolter des glands et des châtaignes en prévision des grands froids. Mieux, il suggère d’emmener les porcins manger dans les vignes après la vendange, pour nettoyer et gratter le sol à la manière du laboureur.
Dans les provinces septentrionales dominent les races celtiques, à robe blanche, aux longues oreilles tombantes, représentées ici, et que l’on peut opposer aux races ibériques, à poil noir, qui sont disséminées du Pays basque à la Corse.

 

  • Décembre : l’égorgement du cochon

Un homme tranche la gorge de l’animal avec un couteau tandis qu’à ses côtés une femme, protégée par un tablier, est prête à recueillir le sang dans une bassine. Le porc constituait une part importante de l’alimentation médiévale. Il servait de base à la nourriture dans toute l’Europe chrétienne. Chaque région avait ses modes de cuisson, de préparation, et de conservation. On pouvait saler le porc et on le conservait en grande partie dans des saloirs ; ou bien on en faisait du confit en cuisant les morceaux dans la graisse. Le jambon était tantôt fumé dans la cheminée, tantôt séché à l’air. Il était conservé pendu aux poutres du plafond ou sous la cendre. Comme dans la scène précédente, l’artiste semble avoir puisé son inspiration dans les calendriers peints de l’époque, alors que le texte de Pietro de Crescenzi ne s’intéresse pas à la mise à mort du cochon.

 
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