Bible de Saint-Yrieix

Cette bible géante de 23 kilos est transcrite sur 376 feuilles de parchemin en peau de veau chèvre et mouton. Le texte est celui de la traduction latine de la Bible faite par saint Jérôme (Vulgate) : l'ouvrage contient tous les livres de l'Ancien Testament, mais le Nouveau Testament est incomplet (dans ce qui suit l'Epître aux Ephésiens de saint Paul) ; il est enrichi de préfaces, d'arguments et de signes marginaux indiquant des passages qui n'appartiennent pas aux bibles hébraïques ; en écriture caroline, il est réparti sur deux colonnes.

 

La Bible de Saint-Yrieix frappe au premier abord par ses dimensions et son épaisseur  : 376 folios, 585 * 410 mm. Soit un format atlas, hérité des bibles géantes produites à l'époque carolingienne dans le scriptorium de Saint-Martin de Tours.  Son format imposant, la qualité des feuillets, le soin apporté à la mise en page et à l'écriture, le luxe des illustrations constituent en eux-mêmes un hommage aux Saintes Ecritures.

 

(Source - Marianne BESSEYRE / Les chapitres séculiers et leur culture)

En dépit d'une certaine dégradation de la couche picturale, la Bible de Saint-Yrieix est un manuscrit très soigné et luxueux. La palette est enrichie de poudres d'or et d'argent plus ou moins pures, comme c'est souvent le cas à l'époque romane où l'on recourt à des mélanges composites afin d'économiser la matière précieuse.

 

Les peintures pleine page sont absentes. Le peintre a privilégié les bandeaux verticaux historiés, comme celui en tête du Livre de la Genèse, ou des tableautins faisant office de frontispice, comme au début du troisième livre des Rois.


Les lettrines tour à tour végétales, zoomorphes ou anthropomorphes témoignent d'une remarquable richesse d'invention qui ne laisse pas de doute sur la maîtrise picturale du peintre principal. L'artiste mêle aussi à plaisir l'ornemental et la figuratif pour donner du sens aux éléments du décor, témoignant ainsi d'un grand sens de la composition et de la mise en page.

 

(Source - Marianne BESSEYRE / Les chapitres séculiers et leur culture)

 

La datation de la Bible de Saint-Yrieix

 

Ce manuscrit a été réalisé à l'extrême fin du XIème siècle ou au début du XIIème siècle, probablement à Limoges. Il fait partie des manuscrits qui présenent l'apogée de l'enluminure romane en Aquitaine et en Limousin. C'est donc une véritable richesse de pouvoir le découvrir sur place à la bibliothèque municipale de Saint-Yrieix-la-Perche. Et en ligne sur ce lien.

 

Certains historiens pensent que son auteur était aussi fresquiste (crypte de la cathédrale de Limoges) ; qu'il était également familier du scriptorium de l'abbaye Saint-Martial de Limoges et avait assimilé l'art des manuscrits ottoniens ; son oeuvre connue semble compter au moins trois autres manuscrits : une Bible conservée à la Bibliothèque mazarine à Paris (lat. I et II), le Sacramentaire de la cathédrale Saint-Etienne de Limoges conservé à la Bibliothèque nationale de France (lat. 9438), le Recueil des Homélies de saint Grégoire de la collection Abbey (ancienne collection Chester Beatty de Dublin).

 

D'après les travaux de Danielle Gaborit-Chopin, le chanoine Pierre del Casta, cité dans le manuscrit Abbey, pourrait être soit l'auteur, soit le commanditaire de la Bible de Saint-Yrieix. Des analyses plus récentes révèlent une réalisation non par un seul et même peintre mais plutôt par une équipe de peintres. Ainsi le décor de la Bible de Saint-Yriex suggère-t-elle l'intervention de deux, voir trois personnalités différentes.

 

Il est permis de supposer que ce manuscrit était destiné aux chanoines de la collégiale de Saint-Yrieix : vraisemblablement saisi au nom de la Nation en 1790, il devint propriété de la commune.

 

 

La Bible et les peintures ornementales

 

Dans le prolongement des formules développées par ces peintres, il faut également constater une permanence dans les manières de peindre et d'utiliser la couleur en Limousin au XIIème siècle : elle relie ce groupe de manuscrit autour de la Bible de Saint-Yrieix aux ensembles romans plus tardifs peints dans la nef de Saint-Junien et des Salles-Lavauguyon. Tout en appartenant à la fois au grand ensemble des peintures de l'ouest de la France et aux tendances reconnues de la deuxième moitié du XIIème siècle, ces deux exemples s'en distinguent par des spécificités dans le traitement des personnages, le coloris, enfin des graphies et un répertoire ornemental originaux.

 

Le style pratiqué par les peintres de Saint-Junien et des Salles-Lavauguyon apparaît, en effet, ancré dans un répertoire formel et ornemental perçu à travers le filtre des manuscrits limousins du début du XIIème siècle, avec lesquels il offre ample matière à collecter les analogies. Il est frappant que ces analogies s'orientent tout particulièrement vers les oeuvres refroupées autour du peintre du Sacramentaire.

 

Un relais entre art monumental et manuscrits aurait pu être opportunément fourni par les peintures romanes de la crypte de la cathédrale de Limoges car elles ont été rapprochées de l'art du peintre de la Bible de Saint-Yrieix, pour lui être finallement attribuées.

 

(Source - Eric Sparhubert / Les chapitres séculiers et leur culture)

 

Ensemble des peintures du prieuré des Salles-Lavauguyon

La Bible et la sculpture romane

 

Il est bien établi désormais que les décors des manuscrits furent une importante source d'inspiration pour les sculpteurs romans limousins.  Vraisemblablement par le truchement de dessins relevés sur les précieux livres, ils transposèrent dans la pierre, dès leurs premiers essais au XIème siècle les images des manuscrits.

 

Les miniatures de la Bible de Saint-Yrieix montrent, à de nombreuses reprises, un type particulier de feuilles, systématiquement repliées en deux suivant un axe longitudinal et aux nervures nettement soulignées. Or des feuilles du même type sont fréquentes dans un certain courant de la sculpture romane du Bas-Limousin durant le deuxième quart du XIIème siècle. A Collonges, on les trouve sur la frise qui borde le tympan. mais le plus souvent, dans la sculpture, les feuilles repliées présentent un raffinement supplémentaire : les nervures sont rehaussées de rangées de perles, en particulier au porche de Lagraulière. Ce détail est aussi présent dans la Bible de Saint-Yriex, mais il est encore plus fréquent sur les enluminures qui lui est généralement associé par les historiens de l'art, la Bible de Mazarine.

 

Un autre motif singulier va nous permettre de mettre en évidence des liens entre la Bible de Saint-Yrieix et le plus prestigieux chantier de sculpture romane du Limousin. Ce détail est visible  à deux reprises sur la belle initiale qui ouvre le Livre d'Ezechiel au folio 130. De feuilles en éventail, peintes en bleu clair, émergent trois cônes ondulés, de couleur rouge, qui font penser à des pistils. Or ce motif insolite se retrouve sur le linteau du portail sud de l'abbatiale de Beaulieu-sur-Dordogne. L'oginalité et la rareté de ce motif suffisent à convaincre des rapports entre le décor de la Bible et le chantier de sculpture à Beaulieu, d'autant plus que l'on retrouve ce motif inchangé, pendant en avant d'une feuille lisse aux angles d'un chapiteau de la salle capitulaire de cette même abbaye.

 

(Source - Evelyne Proust / Les chapitres séculiers et leur culture)

 

Portail de l'abbaye de Beaulieu-sur-Dordogne

 
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