LE CIBOIRE D'ALPAIS

 

D'après une tradition ancienne, ce ciboire aurait été trouvé à Montmajour près d'Arles. Faute de documents, cette provenance demeure encore invérifiable. Il s'agit de l'une des plus célèbres créations des émailleurs limousins. Cette oeuvre porte en effet une inscription qui atteste son exécution à Limoges et précise le nom de son auteur, éléments essentiels de l'histoire des émaux limousins. Par ailleurs la perfection technique et le style en font un chef-d'oeuvre des années 1200.

 

Le ciboire se compose de deux coupes renflées s'emboîtant l'une dans l'autre et reposant sur un petit pied conique. Ce dernier est orné de personnages et de monstres courant parmi des rinceaux traités de manière très douce. A l'intérieur de la coupe supérieure est gravée la main de Dieu bénissant et, à l'intérieur de la coupe inférieure, on peut voir un ange à mi-corps entouré de l'inscription. A l'extérieur les bustes de plusieurs anges, des douze apôtres et des quatre prophètes, inscrits dans des losanges, sont traités en émail champlevé. Enfin la coupe supérieure est surmontée d'un bouton composé de bustes d'anges. L'élément du décor qui a suscité le plus de commentaires est la frise de caractères "pseudo-coufiques" qui court tout autour de la lèvre de la coupe inférieure. Cet ornement était récurrent à Limoges et acclimaté en Aquitaine depuis fort longtemps.

 

Le traitement des figures des coupes, assez stylisées, se retrouve sur de nombreuses oeuvres du XIIe siècle et en particulier à Limoges, sur la châsse d'Ambazac par exemple. Cependant ces têtes se distinguent de celles d'autres œuvres par un adoucissement du contour et de l'expression, tendance qui se retrouve sur les personnages du pied et du bouton. De même les drapés des bustes sont encore marqués par les tendances linéaires romanes, mais les personnages du pied présentent une certaine animation qui annonce le gothique. Le ciboire est donc une œuvre charnière marquée par le premier art gothique tout en étant encore empreinte de survivances romanes.

 

L'inscription de l'intérieur de la coupe inférieure révèle qu'un certain G. Alpais a réalisé ce ciboire à Limoges et qu'il revendique la paternité de son œuvre. Ce personnage est désigné comme "Maître" et apparaît à plusieurs reprises dans les archives limousines. Même si peu d'informations nous sont parvenues à son sujet, ce ciboire est la preuve que le Maître Alpais était un virtuose du travail en émail champlevé. Il a su en outre déployer un large éventail de techniques d'orfèvrerie appliquées ici à la perfection.

 

 

(Source - Musée du Louvre)

LES PYXIDES OU CUSTODES

 

Le terme pyxide provient du grec pyxis et désigne un coffret. C'est une réserve eucharistique pour les hosties consacrées destinées à la communion des fidèles et des malades ; de forme cylindrique, à fond plat, elle est fermée par un couvercle cônique surmonté d’une croix ou d’une boule. L’intérieur, obligatoirement doré, peut être constitué d’une cupule. Certaines pyxides sont pédiculées. La pyxide a le même usage que le ciboire, qui va la supplanter à partir de la fin du Moyen Age.

 

Vers 1220 apparaissent les premières mentions de pyxides (ou petits coffrets) limousines. En 1229 au concile de Worcester, l'évêque Guillaume de Blois mentionne parmi les objets liturgiques nécessaires à une  église : "deux pyxides une en argent, en ivoire, ou en Oeuvre de Limoges, ou tout autre pyxide pour y ranger les hosties et, munies d'une clef, pour les conserver sous bonne garde".

 

On utulisait plusieurs pyxides, une pour les hosties de l'eucharistie avant la consécration, une pour les hosties consacrées, enfin il est fait mention de pyxides utilisées pour donner la communion aux malades. Fabriqués en grande quantité, ces objets présentent un décor assez simple, fleur de lys, monogramme du Christ IHS, entrelacs végétaux, armoiries souvent fantaisistes. La pyxide du musée du Louvre présente un gracieux décor d'angelots, fréquent sur les pyxides limouines, peut être par allusion à la désignation de l'Eucharistie comme le "pain des anges".

 

(Source - Les émaux de Limoges au Moyen Age / Dossier de l'Art)

COFFRE EUCHARISTIQUE

 

D'autres coffrets eucharistiques se présentaient sous des formes différentes ...

 

Ils sont appelés capsella, de forme carrée avec un toit à quatre pans et de taille beaucoup plus importante que les pyxides. Les quatres faces de ces objets permettent d'y développer une iconographie insistant sur le sacrifice et la résurrection du Christ, établissant ainsi un lien entre l'aspect et l'utilisation des tabernacles eucharistiques.

Coffret euchristique du trésor de Grandmont

Ce coffret rectangulaire en ivoire et décor d’émaux des ateliers de Limoges appartenait au monastère de Santo Domingo de Silos. (Musée de Burgos)

Il est coiffé d’un couvercle en tronc de pyramide qui était composé à l’origine de plaques d’ivoire fixées sur une âme de bois. Alors que les califes ‘Abd al-Rahmân III et al-Hakam II eurent accès à d’importants stocks d’ivoire leur permettant la réalisation de nombreux objets, au cours du XIe siècle, à l’époque des Taifas, l’approvisionnement se réduisit nettement, comme en témoigne ce coffret, réalisé à partir de plusieurs plaques allant en s’amincissant, assemblées entre elles par des chevilles du même matériau et fixées sur une âme de bois.

Sa forme, en lien avec des modèles byzantins, se retrouve sur d’autres coffrets d’ivoire et d’orfèvrerie. A l’origine, toutes les faces du coffret étaient en ivoire sculpté, mais très vite le côté gauche et la partie supérieure du couvercle ont été perdues, puis remplacées par des plaques de cuivre ornées d’émail champlevé. Sur les deux faces principales, un bandeau meublé d’un élégant rinceau végétal souligne la partie supérieure de la boite. Sur l’un des côtés, une scène chrétienne s’inspire de l’histoire du monastère de Santo Domingo de Silos où ce coffret fut longtemps conservé, on peut voir Santo Domingo tenant une châsse, flanqué de deux anges, rendu à la manière byzantine. Sur la partie supérieure du couvercle, l’Agneau mystique, entre l’Alpha et l’Oméga, occupe un rondeau central, encadré d’oiseaux aux queues achevées en volutes.

 

Des scènes sculptées dans l’ivoire figurent les plaisirs princiers habituels dans la civilisation islamique : chasse au lion, combats d’animaux, cavalier au galop se défendant contre un lion attaquant son cheval. Ces motifs sont d’origine orientale ; le thème du combat entre un quadrupède vigoureux (lion) et des animaux plus faibles (bovidés, chevaux), est déjà attesté dans la Perse pré-achéménide où il figure le pouvoir du souverain. On trouve également un grand nombre de représentations animales : griffons, licornes ailées se faisant face de part et d’autre d’un arbre, gazelles et lionceau. Sur l’un de ses côtés, des paons aux longs cous entrelacés, flanqués de cerfs aux longues cornes occupent le panneau central. Le paon, symbole de l’immortalité de l’âme dans le monde chrétien, fut repris dans le monde islamique avec d’autres connotations. Les paons aux cous entrelacés sont une constante dans les décors islamiques entre les Xe et XIIIe siècles. Si ce coffret témoigne encore de l’influence des ivoiriers de Cordoue, en particulier dans le traitement des végétaux, il s’en éloigne par l’échelle amenuisée du décor, en petits panneaux répétitifs, et par le traitement souvent sec et fruste du décor, tel qu’on le retrouve sur le coffret de même forme, lui aussi enrichi d’émaux champlevés, trouvé dans la cathédrale de Palencia.

LES CROIX ET CROIX DE RELIQUAIRES

 

 

Fort nombreuses dans la production limousine, on peut distinguer deux types de croix. Il existait des croix de très grande dimensions dont on connaît un seul exemplaire conservé au musée de Stockholm et une description de celle qui se trouvait dans l'église de Mozac, haute de 84 cm, elle était "remarquablement riche et brillante" selon une description de 1846. Ces croix étaient revêtues de plaques de cuivre estampé ornées de nombreux cabochons et d'appliques en demi-relief sur leur face principale ainsi que des médaillons émaillés au revers. Le Musée du Louvre conserve deux Chists en demi-relief qui ornaient sauns aucun doute le centre de grandes croix. Celui de l'ancienne collection Martin Le Roy offre un très bel exemple de Christ limousin où le Sauveur est représenté en gloire, vivant, les yeux grands ouverts, couronné et vêtu de robes superposées.

 

La croix processionnelle provenant due l'abbaye de Bonneval, conservée au musée nationale du Moyen Age, est un des plus beaux émaux méridionnaux du début du XIIIème siècle, haute à l'origine d'environ de 60 cm. Elle a surtout la particularité d'être un des seuls exemples de croix ornée sur ses deux faces. Son décor se compose de platines de cuivre champlevées, émaillées et dorées de figures émaillées sur un fond doré, animé par quelques ornements gravés.

 

De nombreuses plaques de croix plus petites sont conservées dans les collections publiques. Celles-ci sont souvent amputées des deux plaques figurant la Vierge et saint Jean ou des Anges thuriféraires qui se trouvaient aux extrémités des bras de la croix.

 

(Source - Les émaux de Limoges au Moyen Age / Dossier de l'Art)

 

Les croix sont portées à l'avant des processions chrétiennes. De telles croix possèdent une longue histoire : la mission grégorienne d'Augustin de Cantorbéry en Angleterre en portait une devant eux, comme ils en avaient l'habitude, selon Bède le Vénérable. D'autres sources suggèrent que toutes les églises devaient en posséder. Ces croix deviennent détachables, pour être retirées du manche et posées sur un socle à la fin de la procession. Les églises les plus importantes ont des « Crux gemmata », croix de procession richement ornées, parfois de joyaux et de métaux précieux.

 

 

 

Croix provenant de l'abbaye de Bonneval (Aveyron), hauteur de 61cm et largeur 35cm, Paris, Musée national du Moyen Age

Nombre de crucifix ne sont pas complets. Dans la majorité des cas il ne reste que la plaque centrale avec le Christ crucifié, et parfois juste une figure d'applique de la Vierge Marie ou de saint Jean, ou une plaque, voire même seulement un fragment de l'extrémité d'un bras.

 

A en juger par leur taille et leur type, la plupart des crucifix conservés étaient manifestement destinés à servir à double usage litugique, comme croix d'autel et comme croix de procession. La base du montant vertical se terminait souvent par un tenon en bois ou en métal pouvant s'emboiter dans une sorte de tube émnagé sur l'autel, ou dans un embout fixé au sommet d'un bâton de procession. De cette manière, la fonction du crucifix pouvait facilement varier. Le tenon en bois subiste sur quatre des crucifix norvégiens. La représentation iconographique dominante du Christ est celle qui le montre couronné.

 

 

(Source - L'Oeuvre de Limoges et sa diffusion - Trésors, objets, collections)

 

LES GEMELLIONS

 

Issu de l'adjectif latin gemellus (jumeau), le terme "gémellion" désigne des coupes circulaires peu profondes conçues par paires, à usage de fontaine et de bassin pour le lavage des mains. Leur vocation liturgique est attestée par les textes, mais le décor profane de type héraldique ou courtois, le plus fréquent sur les gémellions émaillés conservés, témoigne plutôt de leur succès dans le monde civil.

 

Le bassin supérieur est doté d'une gargouille en masque de lion, alimentée par six trous. Ces récipients vont donc par paire, gémellions veut dire jumeaux , mais ils n'ont pas toujours été conservés ensemble.

 

Dès le IXème siècle et tout au long de l'époque médiévale, on trouve mention dans certains inventaires de don de gémellions ou bassins en assez grand nombre, parfois en matières  précieuses, mais le plus souvent en cuivre émaillé. Ils semblent ne plus guère être employés à partir du XVIème siècle.

 

(Source - Les émaux de Limoges au Moyen Age / Dossier de l'Art)

 

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LES CHANDELIERS

 

Placés sur l'autel, le plus souvent par paires, c'est à partir du XIIème et surtout du XIIIème siècle que des chandeliers ont été fabriqués par les ateliers limousins. De taille modeste, ils se composent d'une tige cylindrique souvent ornée d'imbrications et coupée dans le milieu par un noeud, lieu privilégié de décors d'enroulements, de fleurons ou d'oiseaux fantastiques.

Au sommet de la tige, la bobèche retient la cire de la chandelle fichée sur la broche. La base pyramidale généralement suportée par trois pieds est également décorée d'entrelacs. Dans le courant du XIIIème siècle, on exhausse des chandeliers en multipliant les noeuds.

 

On connaît également des chandeliers de voyage, dont les pieds peuvent se glisser les uns sur les autres pour n'en former qu'un seul, facilitant ainsi le rangement. Ces derniers, ainsi que les chandeliers itinéraires, s'emboîtant les uns dans les autres, dont un ensemble est conservés au musée du Louvre, paraissent  plutôt relever de l'usage profane, il est difficile en effet de connaître avec certitude leur utilisation.

 

(Source - Les émaux de Limoges au Moyen Age / Dossier de l'Art)

Mobilier liturgique

Traditionnellement les objets liés au culte étaient plutôt fabriqués en or ou en argent, matières précieuses propices à exalter le sentiment divin mais trop onéreuses pour les églises rurales ou les petites communautés qui ont eu recours, semble-t-il, aux émaux champlevés pour orner l'autel de leurs sanctuaires.

 

Le grand nombre d'objets liturgiques conservés prouve que les ateliers de limousins les produisaient en grande quantité et les exportaient à travers l'Europe.

 

Largement diffusés en Europe occidentale dès le XIIIème siècle, les objets liturgiques, grâce à leur matériau de base peu précieux, ont sans doute échappé aux nombreuses fontes ayant détruit ceux-là même qui étaient en or ou en argent. Par contre souvent dissociés au XIXème siècle, ils sont parvenus dans les collections parfois amputés d'une partie de leur décor, ils n'en présentent pas moins un aspect très intéressant de l'Oeuvre de Limoges.

 

(Source - Catherine GOUGEON, documentaliste au département des Objets d'Art, musée du Louvre / Les émaux de Limoges au Moyen Age - Dossier de l'Art)

 

La vague de construction d'églises au début du XIIème siècle amplifie la demande de mobilier liturgique, vasa sacra et vasa non sacra. Le premier groupe concerne les vases sacrés qui servent à la communion avec le pain et le vin : un calice, une pyxide et un ciboire (récipients pour les hosties), mais aussi des burettes  contenant l'eau et le vin. Ces objets étaient consacrés ou bénis avant usage car ils entraient en contact avec les éléments sacrés de l'Eucharistie.

 

Seuls les vasa sacra, ainsi qu'un petit reliquaire et un évangéliaire, étaient autorisés sur l'autel jusqu'à la fin du Xème siècle. Par la suite, des règles liturgiques furent progressivement introduites et régulièrment modifiées. Dues en partie à l'évolution du rite liturgique, ces modifications concernaient l'ensemble de l'église romaine. Conformément aux nouvelles prescriptions, les vasa non sacra furent peu à peu admis sur les autels de l'Europe continentale, d'abord les croix d'autel et les chandeliers, puis d'autres objets non consacrés, tels les encensoirs, les aquamaniles pour le rite du lavage des mains du prêtre et les chrismatoires (ou vases aux saintes huiles).

 

L'ensemble des émaux limousins conservés révèle que ces articles furent introduits petit à petit dans les églises à partir du début du XIIème siècle. A la même époque, les dimensions des autels augmentèrent en longueur et en largeur, probablement parce qu'il fallait plus d'espace. Par ailleurs, des autels latéraux furent introduits dans la nef, peut être d'abord destinés à la contemplation individuelle pendant le service ou en dehors. Les autels latéraux accueillaient sans doute au moins un crucifix et une sculpture représentant le saint. Ainsi au cours du siècle, la demande de mobilier d'autel ne cessa d'augmenter.

 

(Source - L'Oeuvre de Limoges et sa diffusion - Trésors, objets, collections)

 

 
 
 
 
 
 

LES BOITES AUX SAINTES HUILES

 

D'une utilisation plus restreinte, les boîtes aux saintes huiles sont assez rares dans la production limousine. De la forme d'un petit coffret pourvu d'un double fond percé de trois trous, qui permettait de conserver dans trois flacons différents les huiles rituelles, le saint chrême employé pour la consécration des églises, des prêtres et le sacrement du baptême, l'huile des catéchumènes pour la confirmation, la bénédiction des fonds baptismaux et le baptême et enfin l'huile des malades servant à l'extrême-onction.

 

La boîte aux saintes huiles conservée dans l'église de Saint-Viance en Corrèze en est un des plus beaux exemples.

 

(Source - Les émaux de Limoges au Moyen Age / Dossier de l'Art)

 

LES ENCENSOIRS

 

Au cours de la messe, le prêtre encensait tout d'abord l'autel, le livre des évangiles, puis l'offrande du pain et du vin. Il utilisait également l'encens pour bénir les cierges, les palmes et les fidèles. Guillaume Durand dans son traité Rationale divini officii datant de la seconde moitié du XIIème siècle, présente l'encens comme le symbole de la prière et de l'encensoir comme une méthaphore du corps du Christ.

 

Les encensoirs pouvaient être en matières précieuses ou simplement en cuivre ou en bronze. Ils étaient génralement accompagnés d'une navette petit réceptacle de forme rectangulaire ou allongée contenant l'encens.

 

De nombreux encensoirs ont dû être fabriqués par les émailleurs limousins mais leur utilisation fréquente explique que peu d'entre eux soient parvenus jusqu'à nous.

 

Leur fonction permettait ce beau travail de repercé et d'ajour assez rare sur les objets liturgiques et l'emploi du riche vocabulaire ornemental, fait d'entrelacs végétaux, d'animaux fantastiques et de têtes d'angelots, réhaussé par la vive coloration des émaux.

 

(Source - Les émaux de Limoges au Moyen Age / Dossier de l'Art)

 
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