Lectionnaire de Saint-Martial

Le lectionnaire ou épistolier est un livre liturgique contenant les passages des lectures de textes religieux chantés les dimanches et les jours de fêtes. Il est donc l'ouvrage qui contient les lectures des offices dans la liturgie chrétienne.

 

Le lectionnaire est orné de grandes figures qui s'inspirent d'oeuvres ottoniennes ou byzantines et dont les claves, très curieux, rappellent ceux des vêtements de certains personnages dans des oeuvres d'Italie du sud.

 

 

Le peintre du lectionnaire de la bibliothèque de l'abbaye de Saint-Martial de Limoges a joué un grand rôle dans la formation du style roman "aquitain" en Limousin. En effet il a décoré un nombre considérable de manuscrits pour son abbaye à une période charnière

 

Le manuscrit contient la vie de saint Géraud d'Aurillac, rédigé par Odon de Cluny et est, pour cette raison postérieur à 925. D'autre part, des tropes d'apostolicité de saint Martial ont été ajoutés après 1028-1031 et permettent de repousser le manuscrit avant cette date. C'est  peut être à cette époque que furent faites deux lettrines, dues à une autre main que celle du peintre. On peut donc conclure que l'activité de cet artiste se situe entre les décennies du Xème siècle et les premières du XIème.

 

L'oeuvre du peintre du lectionnaire a influencé de nombreux ouvrages postérieurs et a participé à la naissance d'un véritable style "aquitain". Ces derniers constituent donc une étape de la renaissance de l'enluminure de l'abbaye de Saint-Martial.

 

 

(Source - La décoration des manuscrits à Saint-Martial de Limoges et en Limousin / Gaborit-Chopin)

 

Par certains côtés l'artiste est déjà un artiste roman. Les feuillages des initiales reproduisent trop fidèlement des acanthes pour qu'on puisse parler ici de palmettes "aquitaines", mais les personnages et les animaux ont subi une forte stylisation. A côté des représentations humaines encore très classiques et qui sont des copies d'oeuvres antérieures, défile toute une théorie de petits saints et saintes d'un type bien différent : leur canon est beaucoup plus court, leurs grosses têtes sont couronnées de cheveux coiffés en godrons ; nombre d'entre eux tiennent dans leurs mains énormes une petite palme schématique.

 

Le dessinateur s'en est tenu à trois formules qu'il répète à satiété, au long des pages. Les moines ou hommes d'Eglise sont reconnaissables à leur tonsure, à leur coule ou à leur chasuble bordée d'un galon orné de gemmes ; ils serrent contre eux un livre aux plats orfévrés. Les saintes portent un manteau dont un pan leur couvre la tête et qui est retenu par un gros fermail rond. Enfin la dernière série montre de hauts personnages revêtus des insignes du pouvoir : couronne à étrier, manteau court agrafé sur l'épaule, sceptre ou globe impérial dans la main. Mais les visages sont semblables : tous les yeux, tombants, sont formés par un crochet fermé ; toutes les bouches dessinent une simple ligne sinueuse ; les joues sont toutes marquées de deux triangles rouges. Pour faire quelques différences entre eux, l'artiste s'est contenté de piqueter de petits points sur le menton d'un moine mal rasé, ou d'ajouter une barbe à quelque roi ou empereur. Tous les vêtements, robes, manteaux, tuniques, sont drapés de la même façon et tombent sur le corps en formant les mêmes plis en poche, aux épaules et sur les genoux. Les animaux sont tout aussi stéréotypés ; bien qu'ils dérivent des beaux félins souples de la Première Bible, leurs têtes rondes, leurs oreilles courtes et coniques, les lourds colliers renforcés de clous qui leur serrent le cou ne doivent plus rien à l'art de Bonebertus.

 

(Source - La décoration des manuscrits à Saint-Martial de Limoges et en Limousin du IXème au XIIème siècle)

 

 
  • facebook-square
  • flickr-square
  • Twitter Square