Pentures médiévales

Les pentures romanes, qui maintiennent les pans de bois et ornent la porte, ont souvent disparu des églises pour être réutilisées ou fondues.

 

Il reste en Limousin de nombreux éléments très intéressants à découvrir, même si l'on peut regretter que les belles pentures de la collégiale de Saint-Léonard de Noblat, sont aujourd'hui conservées à New York au Musée Metropolitan.

La penture maintient des planches entre elles et assure les rotations. Elle est constituée d’une branche et d’un nœud (axe de rotation). Elle peut être une simple bande de fer plat ou s’orner de brindilles à décor modelé. 

La période romane voit des pentures et ferrures qui couvrent une grande partie des assemblages du bois, ainsi que l’attestent les vantaux de la collégiale du Dorat. Elles permettent le maintien de l’équerrage de l’ensemble et assurent un renfort mécanique contre les agressions humaines. On y rencontre fréquemment des décors de têtes humaines ou d’animaux fantastiques. (Source : Histoires et images médiévales)

Formées de bandes de fer fixées sur les vantaux des portes en bois par de gros clous, les pen­tures étaient terminées par un œil qui allait s'adapter aux gonds. C'est donc par ces bandes que les vantaux des portes étaient suspendus. Au-delà de leur grand effet décoratif, ces pentures avaient l'avantage d'empêcher le bois des panneaux de jouer en les maintenant fortement serrés les uns contre les autres. Néanmoins, dans certains cas, les pentures n'étaient pas fixées sur les gonds et n'avaient d'autre but que d'enrichir les vantaux de la porte tout en leur donnant une grande solidité. On les appelait alors des fausses pentures ou bandes indépendantes.

D'ailleurs, les forgerons du Moyen Age étaient très minu­tieux et, avant de poser leurs pentures, ils garnissaient les van­taux d'un feutre ou d'un cuir qui était collé sur le bois. Ces revêtements peints en rouge s'interposaient entre le bois et la ferrure pour empêcher les éraillures du bois et pour que les clous s'enfoncent mieux et empêchent les aspérités d'écorcher les mains.

 

Le XIIIème siècle a vu l'apogée de la ferronnerie du Moyen Age, car on ne peut considérer comme ouvrages de forge les pentures en fer battu et repoussé des siècles suivants. Les pentures du XIIIème siècle furent construites comme celles de l'époque romane. Elles se développèrent en dimension, et s'enrichirent de floraisons ornementales très variées . Ces ornements étaient exécutés à l'étampe.

L'étampe (employée encore de nos jours) est un moule d'acier dans lequel les formes que l'on veut obtenir en relief sont en creux et celles que l'on veut voir venir creuses sont en relief. II y a souvent la contre-partie, lorsqu'on désirait que l'ornement ait deux faces (certains ornements étaient volontai­rement traités de la sorte). Lorsque le fer est à la chaleur nécessaire, on l'incruste dans le moule, en frappant très fort de façon qu'il prenne bien à fond l'empreinte et ensuite on rap­proche les deux parties. A l'aide du burin, on fait disparaître les traces du raccord et toutes les petites bavures occasionnées par la juxtaposition des deux étampes.

 

Dès la fin du XIIIème siècle, les ferronniers ont donné à leurs pentures des formes découpées dans du fer battu. Les branches étaient découpées au burin et façonnées au marteau et, le plus souvent, il n'y avait plus d'embrasses ni de nerfs soudés comme dans la plupart des pentures du XIIIème siècle. Ce procédé avait l'avantage de demander un travail beaucoup moins pénible tout en obtenant des œuvres ayant un galbe délicat. Avec le XVème siècle, apparaît le procédé qui consiste à rapporter sur le corps principal de la penture des ornements en fer battu, découpé et repoussé. Souvent, il n'y avait pas de soudures ; mais parfois, ces fers battus, qui n'avaient comme épaisseur qu'un millimètre, étaient soudés sur une «âme» à chaud. Cependant, on n'avait pas entièrement renoncé aux fers soudés et étampés et on alliait parfois aux découpages à chaud des fleurons soudés aux tigettes, puis étampés et burinés.

Le début du XIIIe siècle donne lieu à des chefs-d’œuvre de montages soudés et estampés.  Aux XIIIe et XIVe siècles, les assemblages mécaniques du bois se font plus efficaces et les ferrures peuvent diminuer pour ne conserver que l’aspect défensif et décoratif. Les serrures sont couramment à bosse.

 

À partir de la seconde moitié du XIVe siècle, les serrures commencent à s’orner de décors riches. Au siècle suivant, on voit apparaître l’orbevoie : inspirée de l’architecture, c’est une superposition de plusieurs plaques métalliques ajourées d’un motif de dimension croissante entre chaque plaque, donnant ainsi une impression de relief accentué. Les ferrures comportent parfois des ajourages à motif ogival, qui sont mis en valeur par un fond de tissu ou de cuir teint de rouge. Les mécanismes des serrures se font de plus en plus complexes : les ajustages et les finitions se font à la lime après la forge.

 

Nous voyons aussi un développement important du cache-entrée à secret : l’entrée de la serrure est protégée par un motif métallique articulé qui ne se libère qu’en faisant fonctionner un mécanisme secret ; la serrure elle-même fonctionnant sans clef. Les verrous sont montés sur une plaque qui peut porter un décor similaire à ceux vus pour les autres éléments de serrurerie .

 

(Source : Histoire et images médiévales)

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LES PENTURES DE LIGINIAC DU XIIème


Selon Marie-Hélène Delaine, la structure anarchique des pentures de Liginiac serait le fait de « remaniements arbitraires », le vantail de droite offrant un « absurde désordre » et des ferrures « complètement informes ». Sans négliger la possibilité de réfections, il nous semble que le désordre bien réel du vantail droit n’est pas totalement absent du gauche, et surtout qu’il s’explique assez bien par la présence du verrou et de la serrure, éléments contemporains du reste des pentures, comme en témoigne la tête sculptée du verrou qui est du même style que les autres. Autrement dit, cette adaptation et ce désordre pourraient bien être d’origine.

Faut-il rattacher les pentures de toutes les églises citées à un unique atelier, voire à un unique artisan ? La concentration des exemplaires nous y incite, de même que certaines parentés de style. Mais les différences sont aussi bien réelles. Les pentures de Sérandon et de Palisse, qui sont les plus proches géographiquement de Liginiac, s’inscrivent par exemple dans des
compositions symétriques. Si, à Sérandon, l’ornement des tiges et la variété des clous sont comparables à ce que l’on voit à Liginiac, le traitement des têtes animales et humaines est plus fruste, et se fait toujours à plat, dans le même plan que la porte. De même, alors qu’on compte trois types de clous à Liginiac, il n’y en a qu’un à Jaleyrac, où par ailleurs la composition d’ensemble obéit strictement à la règle de symétrie. Les têtes animales et
humaines y sont bien plus souvent caricaturales, avec des visages mi-humains, mi-animaux. Les décors des tiges, entre les clous, sont également différents (par exemple, alignements de croix à Beaulieu), et les visages humains sont bien plus variés à Labessette, avec des stries marquant la barbe ou les rides qui sont totalement absentes à Liginiac. A Lanobre, l’aspect floral des terminaisons est plus accentué, les circonvolutions évoquant des rinceaux et les extrémités recevant un motif trifolié. En revanche, la gravure en « S » reparaît entre les clous. A Saint-Vincent-de-Salers, l’ordonnancement des tiges est plus sommaire, tandis que les têtes de clous sont de formes extrêmement variées et les tiges principales beaucoup plus larges qu’à Liginiac. Les têtes de clous d’Ydes sont encore différentes et surtout moins espacées. Bref, on doit admettre que si toutes ces pentures relèvent d’une même équipe d’artisans, ceux-ci ont mis un point d’honneur à ne pas se répéter tout à fait.

 

Ce qui est surtout intéressant, sur ces pentures, ce sont les nombreuses têtes animales et humaines ornant les extrémités des tiges, parfois recourbées perpendiculairement à la porte pour en dégager complètement l’ornement. Contrairement à d’autres exemplaires (Jaleyrac, Labessette…), la plupart des têtes humaines de Liginiac affichent une attitude sereine et ne relèvent pas de la caricature, une seule tête marque sa différence en affichant une bouche largement ouverte d’où émerge une langue surdimensionnée. Les têtes animales, très majoritairement des têtes de chien, tirent beaucoup plus souvent la langue. Deux modèles canins semblent coexister : l’un doté d’une gueule aplatie et carrée, oreilles dressées et langue visible, l’autre présentant un museau long et fin, gueule fermée à l’extrémité légèrement recourbée. Certaines têtes enfin évoquent davantage des serpents.

Les pentures de l'église de Serandon du XIIème siècle

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