Collégiale du Dorat

Jusqu'au Xème siècle il n'y eu semble-t-il qu'une chapelle dont on parte sous l'appellation de "Scotoriensis" qui figure dans les chartes et dans les chroniques d'Adémar de Chabannes, ce qui peut faire supposer la venue de moines anglo-saxons (disciples de la règle de Saint Colomban, lesquels dédiaient fréquemment leurs églises à saint Pierre). Les actes et le privilège du Pape Lucius III en 1185 utilisent la forme de "Deauratensis" et à partir du XIIIème siècle la forme "Doratensis" dans la chronique d'Etienne Maleu.

 

Le premier texte à retenir stipule l'établissement du Chapitre par Boson le Vieux, comte de la Marche. Boson prévoyait l'installation de chanoines réguliers. Adhémar de Chabannes quant à lui parle indistinctement du monastère et des chanoines du Dorat. Ceux-ci jusqu'à la fin du Moyen Age vécurent en communauté. Ils comptèrent dans leurs rangs saint Israël et saint Théobald, dont la collégiale garde aujourd'hui les reliques.

D'après une inscription relevée par P. Robert une nouvelle église fut entreprise en 1013, à la suite d'un incendie causé par les gens de Magnac-Laval pendant une guerre entre Bernard compte de la Marche et Hugues de Lusignan. 

Des textes conservés fixent en 1063 la consécration de l'édifice par les Evêques de Limoges et de Poitiers et en 1075 celle du maître autel par l'Evêque de Lisieux. Selon la tradition liturgique, les reliques des saints furent transférées en 1130 dans la crypte.

(Source - Limousin Editions Zodiaque)

 

La collégiale du Dorat est un pur chef d'oeuvre architectural du XIIème siècle. On y retrouve tout les archétypes du roman limousin de cette période du XIIème siècle pour une grand église, le déambulatoire, les chapelles rayonnantes, la crypte de soutènement, les baies limousines, des chapiteaux en serpentine, des portails limousins polylobés ... C'est un édifice homogène si ce n'est les fortifications du XIVème siècle. 

 

Cette collégiale reste une invitation à découvrir le travail des bâtisseurs au XIIème siècle et les similudes dans les choix architecturaux avec les collégiales de Saint-Junien et de Bénévent par exemple.

Pour plus d'info ...

La collégiale relève d'une grande maîtrise dans sa construction. Son plan est régulier et homogène. Il comporte trois vaisseaux pour cing travées, un déambulatoire à cinq chapelles rayonnantes et une nef sur berceau. La coupole sur pendentif est surhaussée d'une lanterne qui permet de faire entrer la lumière.

L'ARCHITECTURE ROMANE INTERIEURE

 

La structure de la triple nef répète, selon des proportions plus majestueuses, celle du choeur. Des bas-côtés étroits contrebutent à sa naissance la voûte principale et fournissent l'éclairage. C'est le même parti que la collégiale de Saint-Junien. Le plan s'allonge en cinq travées spacieuses, dont quatre sont voûtées d'un berceau brisée sur doubleaux, la dernière d'une coupole hémisphérique avec arcs gauchis et pendentifs semblables à ceux de la croisée.

 

Tous les doubleaux sont à deux rouleaux, en avant de dooserets constitués par le noyau des piles. Les piliers, dans leur puissance cadence, se ressemblent à première vue.

 

La travée ouest est entièrement occupée par le perron comme à Saint-Junien, Bénévent et La Souterraine, où la coupole supporte de même un clocher, des murs percés d'ouvertures vers les combles des bas-côtés extradossent les grandes arcades.

 

Le transept, plus haut de deux marches que les nefs, est profond et débordant. De discrets indices y révèlent un changement de campagne : les piles orientales de la croisée, les colonnes à l'intérieur des absidioles, ont des tailloirs à bandeau et double cavet comme les entrées du déambulatoire, au dessus de ces dernières et dans les chapelles, le cordon de base de la voûte reproduit celui du choeur, partout ailleurs, tailloirs et cordons sont en gros quart-de-rond, ce qui les rattache à la travée de la nef la plus voisine.

 

Le choeur se compose d'un déambulatoire à trois chapelles non contigües, déterminé par le plan de la crypte. Quatre marches le surélèvent au dessus du transept.  Le sanctuaire est sans éclairage direct. En berceau brisé et cul-de-four, la voûte présente de petites baies d'aération vers le comble inférieur.

Le déambulatoire n'a de doubleaux qu'à ses entrées, en arc brisé.sur demi-colonnes aux chapiteaux de granit, sans dosseret, les piles de la croiése sont dépourvues de ressaut. Une voûte d'arêtes assez irrégulière se relie directement à l'intrados des arcades ouvrant sur le centre du choeur.

 

Les trois chapelles ont les mêmes dimensions et même décor. L'arc et les piédroits de leur entrée dessinent un redan garni d'un tore, de colonnettes et de petits chapiteaux en pierre tendre, nouveaux exemples de ces oeuvres d'importation Charentaise ou Poitevine si fréquents en Limousin.

 

(Source - Limousin roman / Editions Zodiaque)

Dans le transept sud, l'on retrouve les deux sarcophages des saints Théobald et Israël de la collégiale. De taille réduite ces sarcophages ont été utilisés pour la présentation des reliques aux fidèles dans la crypte. Ils sont de la même époque que la collégiale du XIIème.

L'ARCHITECTURE ROMANE EXTERIEURE

 

 

Les clochetons du transept, les toits pentus des absidioles, la tour à mâchicoulis de la chapelle terminale, hérissent leurs silhouettes pittoresques sans amoindri le prestigieux élan de la lanterne et de sa flèche.

 

L'absidiole d'axe du chevet est prolongée d'aplomb par une tour de défense du XVème siècle, plate à l'ouest et bâtie de moellons, munie d'archères, de créneaux et de trois bretèches dont les encorbellements utilisent comme à l'abbaye du Chalard les modillons de l'ancienne corniche romane.

 

Toutes les baies sont à voussures "limousines", celles du déambualatoire légèrement plus grandes.

 

Le portail a deux baies, un tympan et un trumeau comme celui de Saint-Junien, des voussures festonnés comme celui de La Souterraine. Mais il ne reproduit pas exactement aucun de ces exemples, plus original que le premier, il est ordonné avec plus de grandeur et de logique que le second. Sous une archivolte à double boudin qui fait retour aux impostes, ses quatre voussures, et les tores qu'elles abritent, sont ondulées chacun de sept lobes, sans interposition d'autre ressauts. Les jambages par contre sont rectilignes, ils n'ont conservés qu'à droite leurs colonnettes qui continuent les trores sans chapiteaux. Ainsi combinée av ec le large mouvement des courbes supérieures, leur verticalité provoque une saisissante impression de force et d'équilibre.

Les deux portes en arc brisé, dont les doubles rouleaux sont arrondis ainsi que les montants, gardent à leurs vantaux d'élégantes pentures romanes.

 

Le lourd clocher carré évoque presque trait pout trait Bénévent.

 

Le tambour de la lanterne et l'étage qui renferme la coupole se rattache absolument aux campagnes qui ont bâti le transept et la nef. Comme à Saint-Léonard ou à Bénévent, l'octogone est planté de sorte que quatre de ses angles concordnet avec les axes de l'église. Les fenêtres en plein cintre ont dans leurs trois voussures "limousines" des chapiteaux incurvés et nus.

 

(Source - Limousin roman / Editions Zodiaque)

Aux linteaux en bâtière de la porte latérale nord de la collégiale Saint-Pierre du Dorat et de l’ancienne église paroissiale Saint-Michel, ce dernier réemployé dans le mur du Carmel du Dorat, la formule habituelle de « rex, lex, lux, pax » est gravée sur une branche de la croix qu’encadrent un alpha et un oméga.

 

(Source - JEUX DE MOTS ET JEUX DE LETTRES DANS LES INSCRIPTIONS MÉDIÉVALES par Robert FAVREAU)

Pentures du XIIème

LE DECOR SCULPTE ET LES CHAPITEAUX

 

 

Les plus anciens chapiteaux semblent antérieurs à l'édifice actuel.

 

Le déambulatoire comprend de beaux chapiteaux de végétations en granit, de riches rinceaux au nord, un acrobate entre deux bêtes dressés au sud et des petits chapiteaux en calcaires sans tailloir.

 

Le transept révèle des chapiteaux de feuilles côtelées, festonnés, sortant parfois de gueules monstrueuses, ils conservent malgré la disance toute leur "couleur" , tant la dure matière et vigoureusement travaillée. Celui qui termine la nef au nord se marque de lobes charnus qui se recourbent avec souplesse, dans un agencement très libre et original..

 

Au nord, le portail en arc brisé comporte trois paires de colonnettes répondant à trois voussures toriques et des petits chapiteaux en serpentine vert sombre lisses et carrés à leur partie supérieure.

 

Dans la nef, on retrouve des chapiteaux de lions aux queues entrelacées, des rinceaux s'échappant de mufles d'angle, des palmettes déployées ou enroulées en coquille.

 

(Source - Limousin roman / Editions Zodiaque)

Dans le déambulatoire on retrouve trois chapiteaux en calcaire provenant à l'évidence de l'édifice antérieur car ils ne s'intègrent pas correctement. L'utilisation de ces chapiteaux corinthiens dans le choeur de l'église est un rappel mémoriel à la continuité de l'édifice.

 

LA CRYPTE SAINTE ANNE

 

La Crypte est dédiée à Sainte-Anne, la mère de la Vierge. Elle a été le point de départ de construction de la Collégiale en 1013. Sa conception, déambulatoire desservant trois chapelles autour du choeur, est atypique et a servie de modèle pour le choeur de la Collégiale. 

 

La galerie est voûtée en berceau annulaire, entaillée de pénétrations face aux culs de four des absidioles. Celles-ci, de même que les travées du couloir, ont chacune une fenêtre ébrasée très simple. La crypte est presque complètement hors sol par suite de la forte pente extérieure.

 

Dans la chapelle axiale se trouve un petit musée lapidaire . Le choeur a été l'endroit où ont reposé les deux sarcophages d'Israël et de Théobald de 1130 à 1659 (date à laquelle ont eues lieu les premières Ostensions du Dorat).

 

(Source - Limousin roman / Editions Zodiaque)

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