Calendrier de l'église de Clairavaux

Le dégagement des peintures murales de l’église de Clairavaux a permis de mettre au jour un calendrier représentant les travaux des mois, sur l’intrados de l’arc doubleau ouvrant sur le chœur.

 

Le calendrier de Clairavaux, dont seuls les dix premiers mois sont lisibles, propose des types iconographiques traditionnels. Chaque scène se développe dans un cadre ocre jaune, doublé à l'intérieur d'une bande ocre rouge.

Le nom des mois est inscrit sur les bandes horizontales délimitant les scènes. Les techniques utilisées ainsi que les types iconographiques permettent de dater les peintures du XIIIème siècle.

Les illustrations du calendrier ornent aussi de nombreux manuscrits à l'exemple du Psautier à l'usage de Limoges du XIIIème.

La paysannerie au Moyen âge, au rythme du calendrier agricole de Clairavaux

 

Lorsque nous entendons parler du monde rural, c'est souvent, et bien à tort, l'image d'un monde immobile qui s'impose. Un monde qui n'aurait guère évolué dans ses structures et qui n'aurait que subi les évolutions techniques et sociales, modernes et contemporaines. Les études historiques menées sur la Creuse et ailleurs depuis maintenant presque un siècle nous montrent la fausseté de cette idée reçue. Le monde paysan, depuis le Moyen Âge, sait évoluer en fonction des circonstances politiques ou économiques, mais aussi adopter les innovations techniques et mettre en place des structures sociales nouvelles. Si ces évolutions ne doivent pas être vues à l'aune d'un « progrès » qui les lieraient à une amélioration continue de la condition paysanne, elles sont un objet d'histoire d'autant plus passionnant que cette vie rurale est celle de nos ancêtres à tous.

 Pour comprendre cette société, nous pouvons partir d'un témoignage direct, visuel, celui des calendriers agricoles. Ce type de décoration, dont l'idée remonte à l'Antiquité, se retrouve à plusieurs exemplaires dans notre département. L'un de ceux-ci, situé dans les murs de l'église de Clairavaux, a été redécouvert et restauré récemment. La beauté de ces peintures doit être vues par les yeux de nos ancêtres, qui pouvaient contempler, au milieu des splendeurs du culte, cette évocation de leurs labeurs quotidiens. Elles ne sont pas si nombreuses, ces fenêtres ouvertes sur notre passé.

(Source - Archives Départementales de la Creuse)

Au Moyen-Âge, les calendriers des mois définissent la vie des paysans et leurs travaux des champs tout au long de l’année. Ces travaux ont une importance capitale pour les occidentaux médiévaux car ils constituent leur principal mode de vie, dépendant des récoltes. Ils apparaissent à partir du XIIe siècle et se développent particulièrement dans les églises sous forme de peintures ou sculptures.

 

Ces décors permettent de remplacer les mots par des images et sont ainsi compris par un grand nombre de fidèles. Aussi, l’apparition de scènes de la vie quotidienne des paysans n’est pas surprenante dans une église rurale comme celle de Clairavaux.

L’église de Clairavaux est dédiée à l’Assomption de la Vierge et à saint Roch. Elle relevait de l’abbaye de Saint Martial et appartient au diocèse de Limoges. La nef prolongée par le choeur est construite au XIIe siècle, puis au XVe siècle une chapelle est ajoutée sur la façade sud de l’édifice. Au XVIe siècle, la façade occidentale de l’église est modifiée et achève ainsi sa construction. Par sa morphologie et les matériaux mis en oeuvre, elle est carctéristique des églises rurales de la Montagne limousine. Dans ce secteur, à partir du XIIIe siècle, on note la présence des moines-chevaliers de l’ordre de Malte. En attestent dans le sol de l’église plusieurs dalles funéraires gravées de croix maltaises ainsi que la croix monumentale classée monument historique, à proximité du bourg.

 

(Source - DRAC Limousin)

C'est aux XIIème et XIIIème siècles que la représentation des travaux des mois fleurit sur les portails ou les murs des églises, sur les vitraux mais aussi dans les livres de prières des clercs et des fidèles. L'apparition de scènes de la vie quotidienne dans les édifices de culte n'a rien de surprenant.

 

La volonté de maîtriser le temps, de le mesurer et de le rythmer par les fêtes et les travaux des champs est apparue très tôt chez les hommes de pouvoir, en particulier religieux.

Par ailleurs, les travaux des champs, qui dépendent des cycles de la nature créés par Dieu, rappellent aux fidèles que Dieu les a condamnés à réparer le péché originel par le travail : « C'est dans la peine que tu tireras du sol ta nourriture tous les jours de ta vie».

 

L'essor démographique et économique ainsi que les mutations agricoles des XIIème et XIIIème siècles accompagnent et favorisent probablement la diffusion des calendriers.

 

Peintures romanes de l'église de Sainte-Feyre  "Calendrier des saisons"

  • facebook-square
  • flickr-square
  • Twitter Square