Châsse d'Ambazac

Dans la commune d'Ambazac on conserve une des sept châsses reliquaires du trésor de l'abbaye de Grandmont. Cette châsse d'Ambazac est datée entre 1180 et 1200 et fait partie de la série des châsses limousines émaillées.

 

Elle est construite suivant l'élévation d'un édifice religieux à deux étages muni de trois transepts aux toits saillants. Formée d'un corps inférieur de forme parallélépipèdique reposant sur quatre pieds, elle est surmontée d'un second étage relié au précédent par un toit à quatre versants décoré d'un motif imitant la tuile. Cet élément supérieur qui se termine par un toit en bâtière est rythmé par les transepts. L'ensemble est couronné d'une crête pourvue de deux acrotères aux extrémités et d'un oiseau en son milieu.

 

Les pignons possèdent un décor architecturé présentant les mêmes divisions, celui de gauche étant constitué par une porte articulée sur deux gonds. L'émail est employé, sur la face principale et sur le revers, pour la ponctuation décorative des surfaces en caissons distincts mais sert également à imiter certains matériaux, comme les vitraux sur les pignons des transepts latéraux. Le programme symbolique est extrêmement simple. La structure évoque l'image de la Jérusalem céleste. La partie basse représente le tombeau renfermant les reliques, surmonté de l'étage céleste, lieu de séjour de l'âme du saint, dominé par l'image de la Croix et où se trouvent deux anges sur des plaques de cuivre champlevé émaillé rapportées.

 

L'oiseau dominant le tout pourraît être interprété soit comme l'âme du saint, soit comme la Colombe du saint Esprit, étape ultime de cette progression.


Cette châsse est, avec celles de Saint-Viance et de Chamberet, l'une des plus grandes conservées en Limousin.

 

Connue par des documents remontant à 1472, elle se trouvait placée en compagnie de six autres, sur un degré de l'autel majeur du chef d'Ordre de Grandmont pendant tout le Moyen Age. Elle fût déposée en 1790 dans l'église d'Ambazac lors de la destruction de l'abbaye de Grandmont. Elle contient aujourd'hui "un grand os de jambe" attribué à saint Etienne de Muret mais il est difficile de connaître la destination première de cette châsse. Elle est cependant la seule châsse de Grandmont à avoir survécu aux destructions révolutionnaires.

 

(Source - Emaux Limousins du Moyen Age / Images du Patrimoine)

 

Le décor émaillé est réalisé avec toute la perfection et les raffinements d'exécution des réalisations limousines les plus abouties des dernières décennies du XIIème siècle, présentant de plus un répertoire formel d'une grande variété. Toujours composé de plaquettes séparées, appliquées sur le revêtement de cuivre doré et faisant appel à deux motifs principaux : rosettes et fleurons, il prend la forme de frises d'encadrement ou de bordure, de rosaces en forme de quadrilobes, de losanges ou de carrés répartis sur les quatre faces, de plaquettes insérées dans les arcatures des tours de la façade principale, peut-être pour évoquer les vitraux, de croix ornant la partie supérieure de chacun des pignons, d'appliques isolées en forme de cercles ou d'oves à l'avers et enfin de bossettes en demi-relief, également en forme de fleurons.

 

Le décor figuré se limite à deux plaquettes, sur le toit de la face principale, portant des bustes d'anges, dont le style est proche de celui des oeuvres à fonds vermiculés mais dont les têtes sont faites d'appliques en demi-relief rapportées.

 

La variété  et l'éclat des coloris, la dextérité de la réalisation des dégradés, l'importance et la subtilité des reprises en gravure et ciselure, pour animer les fonds et dessiner les replis ourlés des pétales, placent ces émaux aux côtés des chefs d'oeuvres de l'émaillerie limousine.

 

(Source - L'Oeuvre de limoges / LOUVRE)

Les spécialistes s'accordent pour souligner la qualité et l'originalité du décor de la châsse. Image de la Jérusalem céleste ou évocation de l'église abbatiale de Grandmont, elle est surtout, comme l'a bien montré J.R Gaborit, un somptueux tombeau placé sous la protection du Christ et de l'Esprit Saint. La forme est d'ailleurs intermédiaire entre celle dite du sarcophage à laquelle se rattache le corps inférieur, et celle dite "architecturale" évoquée par la partie supérieure.

 

La réalisation minutieuse décrite par M.M Gauthier et G. François fait appel à toutes les ressources des orfèvres limousins dont elle montre, exemple unique, l'habilité dans le travail de l'orfèvrerie proprement dite autant que dans le décor émaillé. Les filigranes faits de l'enroulement serré d'un petit fil lisse sont un témoignage capital, annoncent l'épanouissement de cette technique dans l'orfèvrerie limousine du XIIIème siècle.

 

Les cabochons en cristal, accompagnés de nombreuses pierreries, forment par leur nombre comme par leur taille, le plus important regroupé sur une oeuvre limousine. Sur la face principale et les pignons, ces gemmes composent avec les plaquettes émaillées le décor principal. Au revers en revanche, se déploie un réseau de rinceaux en bas relief entrelacés que rehaussent de nombreuses plaquettes émaillées. M.M Gauthier a suggéré qu'un tel décor avait été inspiré de "modèles d'orfèvrerie byzantine ou grégorienne du XIème ou XIIème siècle". On ne sait pas quelles oeuvres de ce type les orfèvres travaillant pour Grandmont à la fin du XIIème siècle ont pû connaître.

 

(Source - L'Oeuvre de limoges / LOUVRE)

LES ECUMEURS D'EGLISE

 

Les frères Thomas sont tonneliers au 50 de la rue Saint-Dominique à Clermont-Ferrand mais ils sont surtout connus comme pilleurs d'églises...

François et Jean dit «Antony» qui est le cerveau du gang, vont écumer les églises du massif central entre 1905 et 1907, s'emparant de célèbres et précieux reliquaires.

 

«Antony» Thomas, âgé de 29 ans, est un personnage sulfureux, membre de la loge maçonnique «les enfants de Gergovie», dont le Vénérable n'est autre que monsieur Guyot-Dessaigne, ministre de la Justice et député maire de Cunlhat.

Antonin Faure, ouvrier d'usine, rejoint la bande qui va sévir dans le Limousin. Les malfaiteurs dévalisent le trésor de Solignac, pillent le musée de Guéret, l'église de Laguenne près de Tulle (colombe eucharistique du 13ème« siècle)…et volent la châsse d’Ambazac...

 

La châsse d'Ambazac volée le 12 septembre 1907, très difficile à fourguer provoque la perte du «gang des auvergnats»...Arrivés à Paris, Thomas et Faure essaient de vendre la châsse à un antiquaire, M. Henri de Lannoy mais ne font pas affaire...

Ils rentrent à Clermond-Ferrand. "Antony" Thomas amène la châsse chez lui. Là, son frère, François, vingt-sept ans, la photographie. Il détache également une colombe et deux motifs ornant la partie supérieure pour la rendre plus difficile à reconnaître.

 

 

Les frères Thomas décident de la vendre en Angleterre. Emportant la châsse dans une malle, "Antony" accompagné de Faure, arrive à Londres pour la négocier. Après quelques tentatives infructueuses, il finit par confier la châsse à l'antiquaire Herpin, avec mission de lui trouver un acquéreur à 25.000 F ou 30.000 F.

 

" Antony" Thomas et Antoine Faure rentrent en France et sont arrêtés. Durant leur absence, des perquisitions ont été faites au domicile des Thomas, à Clermond-Ferrand. François n'a pu soustraire aux investigations des policiers les clichés photographiques de la châsse ni la colombe et la crête ajourée, retrouvée entre le matelas et le sommier de son lit. Au mois d’octobre 1907, la police met fin aux agissements de la bande des «pilleurs d’églises».

 

Une perquisition est effectuée chez M. Dufay , membre de la loge des Enfants de Gergovie et antiquaire rue Blatin à Clermont-Ferrand. Parmi les objets saisis, figurent une colombe eucharistique ainsi que de nombreux émaux anciens, plaquettes en ivoire provenant de cambriolages dont celui du musée de Guéret,

La police retrouve le buste de Saint Baudime dans une cave louée par les Thomas rue Breschet à Clermont. L’objet était enveloppé de paille et placé dans un tonneau.

Le gang est "tombé" grâce à la perspicacité d'un courtier en objets d'art, M. Gilbert Romeuf, trente-neuf ans, auquel "Antony" Thomas avait écrit le 19 septembre 1907 pour lui demander s'il aurait le placement d'un reliquaire émaillé du XIIIe siècle.

Le procès en cour d’assises de la bande à Thomas, a lieu à Limoges du 27 février au 3 mars 1908. «Antony» est condamné à 6 ans de travaux forcés, son frère François, Antonin Faure et l'antiquaire Dufay à 2 ans de prison chacun.

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