Le vol de la châsse de Grandmont d'Ambazac !

Cette châsse reliquaire émaillée du XIIème siècle, provenant de l'abbaye de Grandmont, a failli disparaître. Pièce inestimable de l'Oeuvre de Limoges des ateliers d'émailleurs limousins, elle témoigne aujourd'hui encore de la richesse de l'Ordre de Grandmont, de la puissance des mécènes comme la famille Plantagenêt et Henri II et de l'importance du culte des reliques en ce XIIème siècle. Mais son histoire aurait pu s'arrêter en 1907 !


«Antony» Thomas, âgé de 29 ans, est un personnage sulfureux, membre de la loge maçonnique «les enfants de Gergovie», dont le Vénérable n'est autre que monsieur Guyot-Dessaigne, ministre de la Justice et député maire de Cunlhat.

Antonin Faure, ouvrier d'usine, rejoint la bande qui va sévir dans le Limousin. Les malfaiteurs dévalisent le trésor de Solignac, pillent le musée de Guéret, l'église de Laguenne près de Tulle (colombe eucharistique du 13ème« siècle)…et volent la châsse d’Ambazac...

La châsse d'Ambazac volée le 12 septembre 1907, très difficile à fourguer provoque la perte du «gang des auvergnats»...Arrivés à Paris, Thomas et Faure essaient de vendre la châsse à un antiquaire, M. Henri de Lannoy mais ne font pas affaire...

Ils rentrent à Clermond-Ferrand. "Antony" Thomas amène la châsse chez lui. Là, son frère, François, vingt-sept ans, la photographie. Il détache également une colombe et deux motifs ornant la partie supérieure pour la rendre plus difficile à reconnaître.



Les frères Thomas décident de la vendre en Angleterre. Emportant la châsse dans une malle, "Antony" accompagné de Faure, arrive à Londres pour la négocier. Après quelques tentatives infructueuses, il finit par confier la châsse à l'antiquaire Herpin, avec mission de lui trouver un acquéreur à 25.000 F ou 30.000 F.

" Antony" Thomas et Antoine Faure rentrent en France et sont arrêtés. Durant leur absence, des perquisitions ont été faites au domicile des Thomas, à Clermond-Ferrand. François n'a pu soustraire aux investigations des policiers les clichés photographiques de la châsse ni la colombe et la crête ajourée, retrouvée entre le matelas et le sommier de son lit. Au mois d’octobre 1907, la police met fin aux agissements de la bande des «pilleurs d’églises».


Une perquisition est effectuée chez M. Dufay , membre de la loge des Enfants de Gergovie et antiquaire rue Blatin à Clermont-Ferrand. Parmi les objets saisis, figurent une colombe eucharistique ainsi que de nombreux émaux anciens, plaquettes en ivoire provenant de cambriolages dont celui du musée de Guéret, La police retrouve le buste de Saint Baudime dans une cave louée par les Thomas rue Breschet à Clermont. L’objet était enveloppé de paille et placé dans un tonneau. Le gang est "tombé" grâce à la perspicacité d'un courtier en objets d'art, M. Gilbert Romeuf, trente-neuf ans, auquel "Antony" Thomas avait écrit le 19 septembre 1907 pour lui demander s'il aurait le placement d'un reliquaire émaillé du XIIIe siècle. Le procès en cour d’assises de la bande à Thomas, a lieu à Limoges du 27 février au 3 mars 1908. «Antony» est condamné à 6 ans de travaux forcés, son frère François, Antonin Faure et l'antiquaire Dufay à 2 ans de prison chacun.

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