Saints Alpinien et Austriclinien

Ces deux compagnons de saint Martial, connus dés le VIe siècle par Grégoire de Tours, ont été fêtés très tôt dans les églises limousines, le premier en ce jour, le second le 15 octobre. Ils étaient enterrés près de leur maître, mais le corps d'Alpinien fut transféré dans le prieuré que Saint-Martial avait en Berry à Ruffec, et il fut abrité au XIIème siècle dans la plus grande châsse émaillée connue à l'époque.

 

Même s'ils ne sont pas nommés dans la Vita Antiquior du IXème siècle, leur action est précisée, et l'un d'eux donne à Martial l'occasion d'accomplir un miracle. L'auteur de la Vita Antiquio s'appuie en outre sur Grégoire de Tours pour confirmer la présence de leurs tombeaux à côté de celui de Martial, et reprend d'ailleurs le récit du déplacement miraculeux des sarcophages. En outre, l'un deux, Alpinien, bénéficie au milieu du IXème siècle d'une courte Vita manuscrite. Ce texte, antérieur à la Vita Antiquior est écrite après 851, date à laquelleles reliques de saint Alpinien sont donc transportées à Ruffec dans un prieuré appartenant à l'abbaye de Saint-Martial de Limoges. Or les restes des saints étaient encore à Limoges quand écrivaient l'auteur anonyme de la Vita. Ce récit concorde pour l'essentiel avec les écrits de Grégoire de Tours, et ne parle pas de la mission de donnée par saint Pierre à saint Martial. Il est le premier à signaler les deux noms d'Alpinien et d'Austriclinien. S'ils n'ont pas vocation, dans l'esprit des moines de l'abbaye à connaître le même succès que Martial ; les deux saints sont déjà connus à l'abbaye de Saint-Germain des Près en 875, car Usuard les mentionne dans son Martyrologe, transformant toutefois Austriclinien en "Statoclinien".
 

(Source - Les saints limousins / JC Masmonteil)

 

 

Bas relief figurant saint Alpinien qui surmontait le portail de l'église Sainte-Croix d'Aix-sur-Vienne, la présence du marteau  est à mettre en relation avec une légende selon laquelle Alpinien aurait fait jaillir une bonne fontaine en lançant cet outil / fin du XVIème siècle

Sur le chapiteau de l'église d'Arnac on voit deux scènes : la première s'étend sur le petit côté gauche et comprend l'angle, la deuxième occupe le reste de la corbeille. Dans la première, un personnage nimbé, présenté assis dans une mandorle au contour brisé décoré d'une ligne de perle semble bénir une crosse tenue par un homme en tunique longue placé sous l'angle et muni également d'un nimbe.

 

Sur l'autre scène est représenté sous l'angle droit un personnage tout à fait semblable à celui de l'autre angle. Jambes fléchies, il présente sa crosse à un défunt sans auréole figuré dans un cercueil ovoïde au bord décoré de losanges en creux. Derrière lui, sur la face latérale droite, se presse un dernier personnage, lui aussi nimbé. De nombreuses volutes de taille réduite comblent les vides dans la partie supérieure de la corbeille. La deuxième scène a été identifiée par tous les auteurs comme la résurrection par saint Martial de son compagnon Austriclinien.

 

La Vita relate avec détails cet épisode : "il arriva que le bienheureux Austriclinien, un des compagnons de Martial ... quitta ce monde ... A cette vue le bienheureux Martial ... s'en revint vers Rome ... pour annoncer au bienheureux Pierre tout ce qui lui était arrivé ... Pierre lui dit : Dépèche-toi autant que tu peux, après avoir pris en main mon bâton. Dès que tu seras arrivé à l'endroit où tu as laissé ton frère sans vie, touches-en le cadavre du défunt ... Aussitôt il s'éveillera ... Sur la foi de ces paroles, le bienheureux, après s'être saisi du bâton arriva jusqu'au corps : dès  qu'il eut touché les membres privés de la chaleur du sang, ceux-ci furent rendus à la vie". Ce texte suggère de voir, dans la première scène du chapiteau d'Arnac, la remise à Martial du bâton par Pierre. Bien que l'ayant figuré avec le visage glabre et sans son attribue habituel, la clé, a pris soin de disposer ce dernier personnage dans une mandorle perlée.

 

( Source - E. PROUST / La Sculpture romane en Bas-Limousin)

 

Ces épisodes reliant saint Pierre, premier évêque de Rome, à saint Martial sont les premières représentations, bien tardive puisque du XIIème siècle, du manuscrit retraçant la vie de saint Martial intitulé Vita Antiquior du IXème siècle. Cette Vita raconte effectivement  que saint Pierre adresse à Martial l'impérieuse nécessité d'enseigner la foi chrétienne à toutes les nations, et particulièrement dans la ville de "Lemovix", où la situation est dramatique. Il lui enjoint de s'y rendre, accompagné de deux prêtres, qui ne sont pas nommés. Après un bref rappel des préceptes évangéliques, saint Pierre congédie les trois missionnaires.

 

(Sources - Les saints limousins - JC Masmonteuil)

Chapiteaux de l'église d'Arnac - Miracle du bâton de saint Pierre

Chapiteaux de l'église d'Arnac - Miracle du bâton de saint Pierre

Chapiteaux de l'église de Sainte-Fortunade - Miracle du bâton de saint Pierre