Châsse et le chef-reliquaire de saint Ferréol de Nexon

La Châsse

 

Cette châsse de l'église paroissial de la Décollation-de-Saint-Jean-Baptiste, du milieu du XIIIème siècle, fait partie de la série des châsses limousines émaillées, on retrouve la forme de l'édifice à toit en bâtière.

 

En forme d'édifice à transept central au toit saillant, monté sur quatre pieds parallépipédiques, est couronnée d'une crête en motif d’ "entrée de serrure" sommée de deux acrotères.

 

La façade principale est divisée en trois parties par l'architecture du pignon du transept, parties ornées de cinq figures d'appliques émaillées, proches de celles de Chamberet, Lapleau  et séparées par des pierres montées en cabochon. Le revers est constitué à la caisse, d'une plaque de cuivre émaillée centrale flanquée de deux plaques quadrilobées rapportées et émaillées, d'anges à mi-corps et le toit de deux médaillons quadrilobés à gauche, comme ceux de Guéret ou de Limoges, et ronds à droite entourés par six motifs en forme de rosaces à huit pétales

 

(Source - Emaux Limousins du Moyen Age / Images du Patrimoine)

 

Le Chef reliquaire de saint Ferréol

 

L'histoire, l'auteur et la date précise de ce buste reliquaire nous sont heureusement connus par l'inscription gravée sur la plaque de cuivre fixée au revers de la pièce. Traduction de l'inscription latine gravée sur la plaque : "Le seigneur Guido de Brugières, de la paroisse de Saint-Martin-le-Vieux, chapelain de l'église de Nexon a fait faire ce chef à Limoges en l'honneur du bienheureux pontife Férréol. Moi, Aymeric Chrétien orfèvre du château de Limoges, ai fait ce travail à Limoges en l'an de notre Seigneur mille trois cent quarante-six sur la commande de Guido de Brugières.

 

Saint Ferréol, évêque de Limoges au VIème siècle, est ici représenté en buste, coiffé de la mitre épiscopale et vêtu d'un amict dont seul le col est apparent. Le reliquaire se compose de quatre pièces distinctes : le plateau horizontal servant de base, le chef proprement-dit composé de deux feuilles de cuivre repoussé soudées entre elles, l'amict formant collet riveté sur l'encolure et la mitre constituée de trois plaques de cuivre assemblées par soudure et emboîtées.

 

Les orfrois de la mitre sont ornés de pierres montées en cabochons dont une dizaine est aujourd'hui manquante. Quatre plaques quadrilobées, telles celles de Guéret ou de Limoges, en cuivre émaillé champlevé sont rapportées, deux sur l'avers, à figures d'anges, et deux sur le revers, à motif d'oiseaux affrontés.

 

(Source - Emaux Limousins du Moyen Age / Images du Patrimoine)

 

Grégoire de Tours fut le premier à faire le récit de l'histoire de saint Ferréol. Evêque de Limoges au Vième siècle, Ferréol était particulièrement connu pour avoir restauré l'église de Saint-Martin de Brive. D'après Bonaventure de Saint-Amable, les reliques du saint furent apportées à Nexon après les invasions normandes. Geoffoy de Vigeois (1185) les remarqua dans l'église de Nexon ; au début du XIVème siècle Bernard Gui signala qu'elles étaient conservées dans une capsa (châsse) qui d'après J. Collin fut offerte par la famille de Las Tours.

 

Le reliquaire de saint Ferréol, bien qu'appartenant à un large groupe d'oeuvres limousines en cuivre doré, est le seul qui soit daté et signé par l'artiste qui le fabriqua. C'est l'oeuvre la plus tardive conservée aujourd'hui parmi les sculptures sur cuivre réalisées à Limoges pendant la période gothique.

 

A. Erlande-Brandeburg a suggéré que ce reliquaire serait en fait une oeuvre composite fabriquée au milieu du XIVème siècle à partir d'un masque plus ancien. Il ne donne néanmoins aucun exemple lui permettant d'étayer sa théorie ; en outre, le rendu des traits du visage, des cheveux et de la barbe ferait plutôt penser à une date située aux alentours du XIVème siècle. La taille et la précision avec laquelle la tête a été réalisée font penser aux reliefs limousins réalisés pour des tombes émaillées, plus particulièrement la tête de l'effigie de Blanche de Champagne, datée vers 1306 dont les boucles de cheveux ondulant sur les tempes ne sont pas sans rappeler celles de notre oeuvre.

 

Des lignes gravées sur la base de la tête de saint Ferréol indiquent l'endroit où les éléments devaient être fixés, technique couramment utilisée dans les ateliers limouins. On observe des lignes semblables sur les épaules et dans le cou, marquant l'emplacement de l'amict, ainsi que sur la mitre, aux endroits précis ù devaient être disposés les médaillons quadrilobés. Ces lignes laissaient supposer que quelques éléments étaient fabriqués séparément par un apprenti pour être ensuite assemblés ; on remarque d'ailleurs que le buste dépasse légèrement de son emplacement indiqué sur le socle.

 

(Source - L'Oeuvre de Limoges du Moyen Age / Musée du Louvre)