Abbaye de Meymac

Le monastère Saint André de Meymac a été fondé au XIème siècle. Le 3 février 1085 Archambaud III, vicomte de Comborn, fit édifier un monastère qu’il remis à l’abbaye d’Uzerche pour y envoyer une communauté sous la règle de Saint Benoît. L'abbaye de Meymac compte alors comme dépendances : les églises de St Gilles les forêts, St Clément de Lestrade et Ste Madeleine du Longeyroux.


Au début du XIIème siècle ce monastère put acquérir une main et la tête de saint Léger, évêque d’Autun. Le monastère devient abbaye en 1146.

 

Au XIIIème siècle cette abbaye était tombée dans un grand relâchement par suite des guerres entre Plantagenêt et le roi de France. Ce relâchement dura jusqu’au XVIIème siècle date à laquelle les moines reprennent la vie commune.

 

En 1648, la communauté s’affilie à l’abbaye de Cluny, et en 1662 à la congrégation des Exempts. En 1669, la communauté adopte la réforme de St Maur jusqu’à la Révolution. Sa communauté ne fut jamais supérieure à plus de six moines.

L'architecture de l'abbaye de Meymac

 

En matière d'architecture médiévale, l'église de Meymac offre des centres d'intérêt divers : le massif occidental à étage renvoie à des modes et à des savoir-faire limousins de la première moitié du XIIème siècle, avec des chapiteaux romans d'une grande qualité ; la partie orientale, de bel effet mais aux irrégularités manifestes, doit à l'évidence être la deuxième du site ; enfin la nef à vaisseau unique voûtée d'ogives révèle elle-même deux projets successifs datables entre la fin du XIIème et le début du XIIIème siècle.

Une lecture "éclatée" est donc la seule possible : pourtant il faut penser que les constructeurs et les commanditaires ont fait au mieux et qu'une grande part de ce que nous jugeons incohérent vient de la volonté de pérenniser le monument conçu comme un tout, avec le maximum de perfection convenant à une petite Jérusalem céleste. Ajoutons qu'à l'inverse le monument est maintenant silencieux sur certaines de ses "grandes heures" : si l'intervention des Mauristes est bien visible, qui pourrait penser qu'il fut le panthéon des Ventadour, pourvu de glorieux monuments funéraires et constamment doté.

(Source : Monuments de la Corrèze - Congrès Archéologique de France / Claude Andrault-Schmitt)

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Le massif occidental de l'abbaye de Meymac

C'est la partie la plus ancienne encore visible. Le mauvais raccord entre ce massif occidental et la nef ainsi que la construction ultérieure de tout le reste obligent à penser que cette excroissance présentant l'abbatiale n'a été qu'un embellissement , installé devant une église antérieure disparue : église modeste, à coup sûr, aux dimensions limitées.

Ce massif occidental correspond à l'un des types de terminaison monumentale bien connus et répertoriés dans le diocèse. On rencontre des clochers relativement isolés en avant de l'édifice où le Rez-de-chaussée sert de porche à l'ouest du portail (Evaux, Saint-Etienne de Limoges, probablement Saint-Martial de Limoges, Eymoutiers ainsi que Tulle, Solignac, Chambon et Beaulieu). On trouve aussi des massifs occidentaux complètement intégrés à l'espace de la nef, leur partie basse servant de première travée comme à Saint-Junien, au Dorat, à La Souterraine et à Bénévent. Et enfin une forme intermédiaire, comme à Meymac ou à Saint-Yrieix, avec un Rez-de-chaussée qui assure une fonction de porche, des salles hautes, mais surtout une façade élargie sur les côtés qui enlève au volume son aspect de tour indépendante. Cette typologie n'a évidemment pas de valeur archéologique stricte, mais donne une idée de l'évolution des goûts entre le début du XIème siècle et le début du XIIème siècle.

(Source : Monuments de la Corrèze - Congrès Archéologique de France / Claude Andrault-Schmitt)

La fondation de l'abbaye de Meymac

 

L'ampleur des bâtiments signaler un établissement religieux qui connut un succès exceptionnel et rapide, par une sorte de pari tardif mais réussi, dans un monde où la création d'un nouveau culte, et donc d'un nouveau pèlerinage appuyé par des foires, n'allait pas de soi en raison de la concurrence.

Le premier vocable de Saint-Léger, auquel sera accolé celui de Saint-André, évoque le saint important d'aucun, commun à l'Ouest, au Bourbonnais et à la Bourgogne, dont les reliques, répertoriées par le chroniqueur Geoffroy de Vigeois dans son palmarès dressé cent ans plus tard, seraient venues d'Ebreuil. Légende mal étayée bien sur : ayant fait la partage de leur trésor avec ceux d'Ebreuil, les religieux de Saint-Maixent auraient été détroussés en chemin du retour et le porteur assassiné ; mais les reliques auraient refusé de bouger pour manifester leur mauvaise humeur contre le seigneur de Ventadour.

Cette fondation de l'abbaye de Meymac relativement tardive n'appartient donc pas aux installations "au désert", mais répond encore aux principes de la réforme ecclésiale du XIème siècle, tout en ajoutant un jalon à ceux qui sont installés sur les voies de passage par les bénédictins alliés aux grandes familles dont ils sont issus, lesquelles en attendent tout simplement des bénéfices spirituels. On peut remarquer qu'il n'y avait pas de fondation bénédictine en Limousin depuis la fondation d'Ahun en 997, elle aussi réalisée par l'esprit d'entreprise d'Uzerche

L'appui des Comborn, puis des Ventadour qui leur ont succédé, n'ont jamais fait défaut, l'église étant destinée à devenir un mausolée familial : on en a des preuves pour le XIIIème siècle avec Elles V par exemple.

(Source : Monuments de la Corrèze - Congrès Archéologique de France / Claude Andrault-Schmitt)

 

 

En 1147, un demi-siècle après la donation, l'établissement est suffisamment puissant pour obtenir d'Uzerche son autonomie de fait ; ce n'est plus alors un prieuré, mais une abbaye. 

En 1285, lors du passage de l'archevêque de Bourges, Simon de Beaulieu, les bénédictins furent tancés pour nombre d'irrégularités et se virent imposer le retour à la vie commune en réfectoire et en dortoir. 

En 1326 la communauté était composé d'un abbé, d'un prévôt, de douze moines et de quelques autres moines chargés des prieurés-cures. Elle a continué au XIVème siècle à acquérir des dîmes et des dotations des seigneurs et même des cardinaux, ce qui allait de pair avec un certain succès du pèlerinage.

(Source : Monuments de la Corrèze - Congrès Archéologique de France / Claude Andrault-Schmitt)

Le décor sculpté de l'abbaye de Meymac

La grande homogénéité des chapiteaux à décor végétal suppose l'oeuvre d'un seul et même sculpteur. Mais ce sont évidemment les chapiteaux figurés qui captent l'attention : deux lions affrontés, un lion unique accompagné d'une figure démoniaque, des têtes ailées monstrueuses avalant des personnages qui sont de véritables nus, au modelé très sensuel. 

La seule corbeille historiée est énigmatique : elle possède la même composition foisonnante et dynamique que la corbeille aux nus, mélangeant clercs, arcades, présentation d'un livre sur un autel, et on a pu penser à une scène de la vie de saint Martial, reconnaissable àau bâton remis par saint Pierre. Evelyne Proust comprend à juste titre cette série comme l'adaptation sur du granit des types "languedociens" répertoriés à Arnac et à Vigeois, adaptation au matériau qui n'implique pas une différence de qualité. En outre, on a utilisé à Meymac dans les baies, des petits chapiteaux de calcaire sans tailloir, mais ce décor n'est pas spécifique au porche.

 

(Source : Monuments de la Corrèze - Congrès Archéologique de France / Claude Andrault-Schmitt)

Vierge noire du XIIème siècle - dite l'Egyptienne - Culte de la fécondité

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