Saint Junien

Contrairement à son maître, saint Junien bénéficie d'un parcours terrestre bien documenté et surtout riche en miracles. Ces récits, sans doute issus de la Vie du IXème siècle, ont été largement reprise par Maleu au XIVème siècle, puis par le chanoine Collin e 1675.

 

L'hagiographie fait de saint Junien un contemporain de Clovis (481-511) et, selon un processus extrêment classique, un fils de noble lignage qui refuse les avantages liés à son rang pour se retirer au désert et mener une vie solitaire.

 

Junien choisit le Limousin et, parvenu à Limoges, entend parler de la vie érémétique d'Amand. Il décide d'aller à sa rencontre. On a vue toute la difficulté de l'arrivée du saint à Comodoliac, un soir d'hiver. Cependant, sa Vie précise que, cette nuit-là, la neige l'épargne tout le temps que dure son attente, alors qu'elle se déverse abondamment autour de lui. Collin explique d'ailleurs que depuis ce temps-là "on fait dans la ville une grande fête, en mémoire de cette première merveille, arrivée en la personne de ce jeune saint, et ce jour s'appelle aujourd'hui la fête de saint Junien des neiges".

 

D'après sa Vie, l'arrivée de saint Junien auprès de saint Amand se traduit par la venue à Comodoliac de malades espérant une guérison, ou de simples visiteurs en quête de conseils. Devant une telle affluence, Junien obtient d'Amand la permission de se retirer en un lieu de la forêt de Comodoliac plus isolé encore. La vie du saint en ce lieu est évoquée par l'un des vitraux modernes de la collégiale de Saint-Junien. Nimbé, vêtu en ermite, il est agenouillé dans l'attitude de la prière.

 

(Source - Les saints limousins / JC Masmonteil)

La Vita de saint Junien et ses miracles

 

D'après Collin qui s'appuie sur des textes antérieurs, il y avait "dans cette effroyable forêt, où saint Junien s'isole, un grand et vieux aubépin qui étendait ses branches étirées d'épines très piquantes de toutes parts". Plus encore, l'arbre devait devenir la demeure même du saint :

 

"Sous les branches de cet arbre, il y avait autant de lieux, comme il en fallait pour recevoir un homme à genoux, ou couché de son long ; il semble même que la nature avait longtemps auparavant prévu que saint Junien devait un jour faire sa demeure, en ce lieu : car la terre y était toute couverte de mousse ou de terre épaisse : comme pour y recevoir unn hôte si précieux plus délicatement, et avec un appareil plus ancien".

 

Après la mort de saint Amand, saint Junien demeure à Comodiliac. S'ouvre alors pour lui une période riche en miracles. Le premier d'entre eux apparaît sur un reliquaire, conservant les restes d'Amand comme de Junien. il remonte au milieu du XIIIème siècle,  et il est peut-être de fabrication limousine. Il provient de l'abbaye de Grandmont, et a été attribué à l'église de Saint-Sylvestre, lors de la dispersion du trésor de l'Ordre grandmontain. Les reliques des deux saints sont identifiées par un papier manuscrit et par une inscription gravée sur le pied qui précise également le nom du commanditaire, un certain Pierre de Montvalier, chanoine de Saint-Junien. qui l'aurait offert à l'abbaye en 1255. Le pied accueille la figure de saint Junien terrassant le dragon. Le saint nimbé enfonce une pique dans la gueule de l'animal. Il est probable que cette histoire découle d'un ancien récit, sans doute plusieurs fois modifié. Collin évoque :

 

"un serpent monstrueux ... par sa grandeur énorme qui par son extraordinaire cruauté, faisait mille ravages dans le voisinage de Saint-Junien ... le serpent se fait dragon qui dévorait tous les jours, sans aucune pitié bêtes et paysans.

 

Junien rencontre alors la bête, et la somme de quitter le pays, celle-ci obtempère et alla se précipiter dans la mer vers les Sables d'Olonne.

 

(Source - Les saints limousins / JC Masmonteil).

Saint Junien contre les épidémies

 

Le miracle, cependant , ne s'arrête pas là. Alors qu'il se précipite dans la mer des Sables d'Olonne, le dragon "laissa une si horrible puanteur par là où il passa qu'elle engendra dans toute la province une cruelle maladie". Les symptômes ressemblent à ceux développés lors du Mal des Ardents : "c'était un feu dévorant qui faisait pourir misérablement ... les pauvres malades brûlaient des ardeurs d'une fièvre inconnue, allumée dans leurs entrailles".

 

Tel un nouveau Martial, Junien, par intercession, met un terme à l'épidémie.

 

Après avoir reconduit dans le droit chemin Rurice II, saint Junien s'éteint vers 540. On a vu avec Grégoire de Tours qu'un culte impportant se développe, dès les années suivantes, sur les lieux mêmes de sa sépulture, autour de laquelle s'érige une bourgade, qui devait devenir Saint-Junien. Il faut néanmoins attendre l'année 1100 pour constater un véritable renouveau de son culte, avec la construction d'un nouveau tombeau réalisé à l'occasion des travaux de reconstruction de la collégiale. L'oeuvre remplace le sarcophage primitif, dans lequel Rurice II avait lui-même déposé le corps de saint Junien.

 

Même si l'image de saint Junien n'apparaît pas sur son propre tombeau, celui-ci demeure néanmoins une pièce centrale de la dévotion qui a pu lui être rendu, et qui l'est encore lors des ostensions.

L'iconographie  réduite du saint tend à prouver un culte resté concentré à proximité de Saint-Junien. dans cette perspective, les deux saints sont caractéristiques du culte rendu aux ermites du Limousin, qui le plus souvent, demeure autour de l'ermitage primitif. Cette relative exiguïté géographique n'enlève en rien à leur importance ni à la vitalité de la dévotion, et l'on mesure à la majesté du tombeau de saint Junien combien leur image est mise en valeur par les autorités ecclésiastiques.

 

(Source - Les saints limousins / JC Masmonteil).

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