Autels liturgiques

Table d'autel en serpentine de l'abbaye du Chalard du XIème

Autel sculpté du XIIIème de la crypte de l'église de Soubrebost

L'AUTEL LITURGIQUE


Dans la hiérarchie médiévale des espaces, c’est donc l’autel qui représente le point culminant. L’autel est, bien évidemment, le lieu où l’on consacre le corps du Christ, où l’on « fait le Dieu ». Il est aussi le lieu où l’on dépose le corps : les espèces transsubstantiées à la messe, certes, mais aussi dès les rites originaux de la consécration. L’Ordo romanus XLII – daté de la première moitié du VIIIème siècle – prévoit l’introduction dans le sépulcre, avant sa solennelle fermeture, de trois fragments d’hostie, qui viennent ainsi se mêler aux reliques des saints. Le même ordo fait amener les ossements sur une patène, support spécifique du pain eucharistique.

 

Ces prescriptions croisées relient de façon exemplaire corps du Christ et corps saints, Eucharistie et reliques. Il paraît indéniable que le culte des secondes, dans toute la richesse de ses harmoniques médiévales, eût été impossible sans le développement dogmatique qui a valorisé la première. Il y a de « vrais corps » des saints comme il y a le vrai corps du Christ, et le lieu naturel de cette connexion est l’autel. C’est que l’autel dépasse les phénomènes de confection et de dépôt dont il vient d’être question. Son rapport au Christ peut aller – sans qu’il y ait là un mouvement systématique – jusqu’à l’assimilation. Pour toute une branche de la théologie monastique, l’autel est – en figure, cela va de soi – le corps même du Christ.

(Source - Les espaces de la liturgie au Moyen Âge latin)

 

Dans le cas romain, la plupart des églises sont « occidentées », c’est-à-dire que l’abside est tournée vers l’occident ; c’est le cas par exemple de la basilique du Latran, l’église de l’évêque de Rome fondée par Constantin, dont l’entrée est située à l’est et l’abside (avec l’autel) à l’ouest. Ce phénomène n’est pas unique, notamment à haute époque, mais il va tendre à perdurer dans la Ville et devenir au Moyen Âge un véritable « motif romain » – dont témoigne aussi les textes liturgiques – qui n’eut que très ponctuellement une influence ailleurs. Il a pour conséquence que le célébrant, placé derrière l’autel, regardait vers l’est, autrement dit vers les fidèles, ce qui a nécessité d’adapter le rite romain dans des contextes où dominait l’« orientalisation » de l’abside. Au Latran ou à Saint-Pierre, le pape, « selon les coutumes romaines », officiait « le visage tourné vers le peuple » .

 

À la fin du Moyen Âge toutefois, notamment à partir du XIIIe siècle, la multiplication des autels latéraux dans les églises, à Rome, mais également ailleurs en Occident, tend à rendre moins prégnante la question de l’orientation est-ouest (même si celle-ci domine toujours d’un point de vue architectural) et à dissocier orientation architecturale et orientation liturgique. Associés à un retable peint ou sculpté, ces autels latéraux, mais plus encore le maître-autel, réorientent la célébration liturgique, puisque celle-ci s’opère désormais face à la représentation et donc dos à l’assistance : « en conséquence de quoi, la célébration versus populum était adoptée d’après des considérations tout-à-fait étrangères à l’orientation vers l’est » , comme c’est le cas par exemple dans la chapelle Sixtine. Plus tard, à compter du XVIe siècle, l’effacement du lien ancien entre architecture, liturgie et symbolisme a rendu caduc le principe même d’orientation vers l’est.

(Source - Art médiéval. Les voies de l’espace liturgique, éd. Paolo Piva)

 

Si l'on retrouve communément en Limousin des tables d'autels en granit, certaines comme celle de l'abbaye du Chalard seront en serpentine, ce "marbre du Limousin". Pour des abbayes prestigieuses, les matériaux peuvent provenir de plus loin. La chronique de Geoffroy de Vigeois nous rapporte le transport d'une table d'autel en marbre provenant de Narbonne et ramenée par le moine Simplicius (par Albi, Figeac et Tulle) pour l'abbaye Saint-Martial de Limoges. La chronique conte le fait d'avoir dû agrandir l'entrée de Castrum de Capdenac en abbatant un pan de murailles afin de livrer passage à la charette.

LES AUTELS PORTATIFS

 

Ils ont joué un rôle majeur dans la définition de l'espace sacré dans l'Antiquité et au Moyen Âge. Les autels portatifs constituent un objet liturgique indispensable au dispositif liturgique nécessaire au déroulement de rites tels que la célébration de l'eucharistie dans le cadre de pèlerinages, sur le champ de bataille en temps de guerre ou bien encore nécessités par des missions d'évangélisation.

 

À côté de ces fonctions liturgiques, les autels portatifs ont permis tout au long de l'Antiquité et du Moyen Age une réflexion théologique approfondie sur l'espace sacré chrétien et la notion de "lieu rituel ". Plutôt qu'un ouvrage sur les objets eux-mêmes, ce livre propose une vaste exploration de l'espace sacré chrétien à partir du discours à la fois théologique, liturgique, exégétique et iconographique sur les autels portatifs.

 

La producion de l'Oeuvre de Limoges en émaux, à partir du XIIème siècle, donnera plusieurs réalisations d'autels couverts de plaques émaillées et de tabernacles.

Tabernacle de Cherves du XIIIème en émaux de Limoges

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