L'éperon de confluence s'étire sur un demi kilomère et les ruines se développent sur près de 400m de long, depuis le fossé de barrage méridional jusqu'à la tour Collin, au nord.

On comprend assez bien la hiéarchie des espaces dans la partie septentrionale du site : une fois passér la dernière porterie, on accède à une vaste bass-cour se développant sur le versant occidental de l'éperon rocheux, sous le contrôle d'une plate-forme supérieure cantonnée par la tour du Renard et la grosse tour. Il s'agit là d'une organisation assez classique entre la haute cour réservée éau seigneur et un enclos inférieur accueillant les activités annexes (stockage, stabulation, cuisines, logements divers).

 

Toute la zone méridionale du site, en revanche, s'avère plus délicate à interpréter. Elle constitue une sorte de premier château : la massive porterie, fruit de plusieurs générations de remaniements, permet d'accéder à une avant-cour isolée d'un second ensemble, lui-même dominé par un chicot rocheux, et un haut logis résidentiel qui ne peut prétendre au statut de tour-maîtresse du site ; il pourrait s'agir de l'habitation d'un officier, le capitaine par exemple.

 

(Source - "Crozant forteresse d'exception" / Christian Remy).

 

État II (datation proposée : 1200-1230)

La porte de la forteresse est défendue par un édifice quadrangulaire au milieu duquel se fait le passage. Bien que les élévations conservées ne dépassent pas plus de 2 m, il est tentant de voir ici soit une tour porte quadrangulaire, soit un passage encadré par deux petites tours carrées (4,80 m de côté). L’accès est désormais bien défendu, de manière passive (porte excentrée à l’ouest, beaucoup plus haute que le fossé, présence d’une herse avant les vantaux de la porte) et de manière active (les archères sont judicieusement disposées : du cotées une archère flanquait la courtine, l’autre défendait la porte en façade et la troisième menaçait l’espace situé entre la herse et le portail).

 

État III (datation proposée : 1230-1240)

La portées transformée en un véritable châtelet : un vaste édifice quadrangulaire chemise entièrement l’accès (et sans doutées il complété à ce moment là par la construction d’une tour à l’angle nord ouest). Ce chemisage, qui comporte plusieurs niveaux, se caractérise par la mise en place de murs épais (plus de 2 m en moyenne) percés de nombreuses archères à niche, et là encore à étrier. Ces archères semblent ici nettement d’inspiration plantagenêt. On proposera, provisoirement, une réalisation dans les années 1230 par les Lusignan, juste avant leur opposition ouverte au roi de France et à leur défaite (1242).

 

État IV (datation proposée : 1242-1440 ca)

L’état IV correspond à la mise en place d’un pont sur piles franchissant le fossé. Trois piles maçonnées sont réalisées (seules les bases de deux ont été retrouvées), ainsi qu’un avant corps de bâtiment dont il ne reste que le soubassement. Cet avant corps, d’après la documentation iconographique ancienne, disposait d’archères latérales et, au vu de la complexité architecturale de ses élévations, accueillait probablement un pont levis. Là encore il reste difficile de dater cette structure qui a cependant peu de chances d’être antérieure à 1240 : l’appareil de la maçonnerie (assises réglées en pierre de taille)est à première vue assez proche du chemisage supérieur de la Tour Collin ou de l’état II du contrefort (vers 1242) et le module semble être le même, mais une étude détaillée des hauteurs d’assises utilisées montre malgré tout un léger décalage. Cet appareil est également peu éloigné de celui de la tour maîtresse quadrangulaire de la plateforme sud (début XVe siècle ?) dont l’étude n’a pas encore été réalisée.

La tour porte, la 3e enceinte et la « Grosse Tour »

Les données présentées dans ce rapport sont le résultat de plusieurs opérations archéologiques menées de 2004 à 2006 sur le secteur sud de la plateforme septentrionnale du site. Elles ont concerné la tour porte de la troisième enceinte qui donne accès à cette plateforme castrale et la «Grosse tour» qui domine cette entrée à l’est.

 

La tour porte de la troisième enceinte

Parmi les différents édifices ruinés du château de Crozant, un vestige de maçonnerie verticale, communément appelé « le contrefort », était souvent interprété comme une petite tour ou une guette flanquant l’enceinte ouest du site castral. L’étude archéologique du bâti mené en 2004 lors de la cristallisation des maçonneries ayant montré que l’on avait peut-être affaire là à une porte, un sondage archéologique a été réalisé à l’est des vestiges.

 

Ce sondage a non seulement permis de confirmer l’hypothèse, mais a également mis au jour un édifice de défense relativement élaboré : une tour porte établie à la jonction de deux courtines. Cette tour porte était un édifice quadrangulaire de 8,70 m sur 5,60 m, comportant plusieurs niveaux. La partie ouest-correspondait au passage proprement dit : d’une largeur de 2,50 m, il était défendu par une archère percée dans le mur intérieur est, probablement par un assommoir à l’étage, par une herse et enfin par les vantaux de la porte. La partie orientale était une chambre de tir réduite, mais pourvue de trois archères à embrasement triangulaire : celle de l’est flanquait la courtine est ; celle du sud défendait au devant de la porte, et la troisième, à l’ouest, donnait sur le passage. Cette chambre de tir était accessible par un couloir partiellement établi dans l’épaisseur du mur de courtine est.

 

 

Dans son premier état, cette tour était également chaînée avec les courtines dont elle assurait la défense et participait donc à un programme architectural de plus grande ampleur. Ce programme semble d’ailleurs avoir concerné l’ensemble du site castral, car, à quelques détails près, cette tour porte quadrangulaire est la copie de la tour porte du deuxième état de la porterie permettant l’accès à l’ensemble du site. Il reste néanmoins difficile de dater cet édifice, bien que par comparaison avec la porterie sud on privilégie pour l’instant une période s’étendant entre la fin du XIIe siècle et le début du XIIIe.

Par la suite, probablement dans le courant du XIIIe siècle lors la réalisation de la campagne de travaux ayant entraîné, notamment, la construction de la tour du Renard, cette tour porte fut augmentée d’un puissant contrefort (le seul vestige visible avant travaux, donc) de 3 m de large sur 2,80 m de profondeur, conservé sur une hauteur de près de 11 m. Au sommet se trouvait une petite salle pourvue au moins d’une archère à étrier et d’un assommoir sur arc (un mâchicoulis unique ?). Elle communiquait avec l’étage de la tour porte par une porte dont certains éléments ont été retrouvés effondrés.

 

LA "GROSSE TOUR" DE CROZANT

 

L’étude qui s’est déroulée en septembre et octobre 2005 a duré quatre semaines. Elle constitue la première approche archéologique du secteur de la « Grosse Tour ». Les recommandations étaient de dégager, observer et comprendre les maçonneries de la tour et celles se trouvant dans l’environnement immédiat. Deux sondages avaient pour but d’identifier et de localiser les entités archéologiques pour pouvoir les préserver ou les fouiller. L’état de délabrement de la « Grosse Tour » édifice apparemment majeur du castrum est malheureusement très prononcé. des découvertes importantes ont néanmoins été faites dans l’environnement immédiat et neuf phases ont été déterminées, même si les chronologies de construction n’ont pas réellement pu être affinées. La construction la plus ancienne semblerait être une portion de courtine qui délimite l’angle sud est de la plateforme. Elle serait synchrone de la porterie située en contrebas et serait ainsi estimée entre la fin du XIIe siècle et le début du XIIIe. Cette enceinte serait attribuable à l’occupation Plantagenêt. La construction de la tour succède à l’édification de celle-ci. Les élévations qui, selon l’iconographie du XIXe siècle atteignaient encore trois étages ne sont pas conservées au-delà du premier niveau. La base de la tour se révèle être un cul de basse fosse probablement destiné à des fonctions pénitentiaires. Cet espace est, à l’origine, uniquement accessible à partir d’un oculus au centre de la voûte. Il est actuellement en partie comblé par des gravats mais, des aménagements maçonnés sont perceptibles dans la zone sud. Ainsi, il n’est pas exclu que cette architecture soit plurifonctionnelle. Le premier étage conserve très peu d’indice sur l’organisation et la fonction de la pièce. Une porte ouvrait l’édifice vers l’est. Cette communication entretenait une relation avec la courtine préexistante. Un escalier aménagé dans l’épaisseur de la maçonnerie de la tour desservait un second étage. des éléments lapidaires retrouvés dans les gravats d’effondrement et l’iconographie du XIXe siècle permettent de supposer que les niveaux supérieurs de la tour étaient voûtés sur ogives. Les éléments décoratifs et la stratigraphie n’offrent pas de repère chronologique suffisamment déterminant pour évoquer une date de construction. Le débat de l’attribution à Isabelle d’Angoulême ou à l’administration capétienne ouvert par Christian Rémy reste sans conclusion. Aucun niveau d’occupation médiévale n’a été mis au jour dans l’emprise des sondages. Une reconstruction de la courtine et une réfection des parements de la tour pourraient avoir été réalisées à l’issue d’un tremblement de terre en 1606. Cet événement, s’il n’a pas ruiné immédiatement la tour, l’a largement fragilisée. Les effondrements qui en découlent entraînant l’abandon définitif de ce secteur du site castral interviennent quelques années plus tard. Entre temps, une sépulture a été improvisée dans les gravats au sud de la tour. Il s’agirait d’un adulte décédé, comme le suppose le contexte, durant les guerres de Religion.

 

Compte tenu des analogies de procédés de construction, l’édification de la tour en fer à chevalets en partie supposée contemporaine. Bien qu’elle reste inachevée, la « tour carrée » sert temporairement d’habitation.

Le statut des occupants reste incertain. Leur mode de vie est principalement renseigné par des rejets de consommation alimentaire. L’hypothèse d’ouvriers du bâtiment est envisageable, mais celle de gardes à la solde de Louis IX est également intéressante.

Dans ce second cas, la phase correspondrait alors à l’application de l’accord de Pons signé entre le monarque et le comte de la Marche après la bataille de Taillebourg.

Le monarque impose une occupation militaire du château sur une durée de 8 ans.

La poursuite des constructions se caractérise par un changement de qualité de parement tout à fait cohérent avec la déconvenue d’Hugues X de Lusignan ou, en raison d’un investissement concentré sur d’autres édifices, comme la « grosse tour ». Les travaux débutent par la reconstruction intégrale de l’élévation nord de la « tour carrée ». À ce stade, la tour s’élève sur une hauteur d’au moins deux niveaux. Le rez-de-chaussée est occupé par une salle haute (environ 6 m). La seule ouverture connue est une porte d’entrée ouvrant au premier étage vers l’ouest. Son accès dépend probablement d’une relation avec la courtine précédemment établie.

L’évolution de la tour demeure imperceptible jusqu’au XVe siècle. Un état de dégradation prononcé est néanmoins suspecté en raison des partis architecturaux pris lors de la phase suivante. Celle-ci comprend d’importantes transformations et une surélévation. La tour est dorénavant composée de trois étages sur un rez-de-chaussée, desservis par une tourelle d’escalier en vis greffée sur le flanc nord. La présence d’une cheminée et d’une baie à coussièges par étage indique une fonction résidentielle. Le mobilier, notamment la céramique trouvée dans les niveaux d’abandon et de démolition, atteste le maintien d’une occupation durant le XVIe siècle, voire les premières décennies du XVIIe siècle (phase X). L’abandon pourrait en partie résulter d’un séisme ayant fragilisé sinon ruiné l’édifice (phase XI).

Au bilan, les nouvelles investigations n’ont livré aucun indice relatif aux occupations antérieures au Moyen Âge (périodes I à III). Ce constat ne remet pas en cause les connaissances acquises par Benjamin Lasnier. Il se justifie par une topographie initialement défavorable à la conservation des contextes sédimentaires dans l’emprise de nos fouilles.

 

Patrick BOUVART

La « tour carrée » et la « tour en fer à cheval »

 

Toutes deux sont situées à chaque extrémité d’une plateforme sommitale délimitée par des versants abrupts. L’échafaudage intégral de ces vestiges a facilité l’observation des élévations.

La date de la première occupation de la plateforme n’est pas encore établie.

Elle se matérialise par la construction d’un bâtiment rectangulaire en moellons liés au mortier de chaux. La faible superficie de l’espace intérieur, environ 15 m², n’autorise pas à l’interpréter comme une habitation. L’hypothèse privilégiée serait un oratoire. Celle d’une chapelle castrale est minorée par l’éventualité d’une localisation primitive du castrum à l’emplacement de l’actuel bourg. Les raisons et la date d’une importante destruction n’ont pu être déterminées. Une forte rubéfaction de l’un des murs évoque un incendie.

Après une phase d’abandon supposée assez longue, le réaménagement de la plateforme débuterait par la construction d’une courtine sur le versant ouest.

 

 

Compte tenu des analogies de procédés de construction, l’édification de la tour en fer à chevalets en partie supposée contemporaine. Bien qu’elle reste inachevée, la « tour carrée » sert temporairement d’habitation.

Le statut des occupants reste incertain. Leur mode de vie est principalement renseigné par des rejets de consommation alimentaire. L’hypothèse d’ouvriers du bâtiment est envisageable, mais celle de gardes à la solde de Louis IX est également intéressante.

Dans ce second cas, la phase correspondrait alors à l’application de l’accord de Pons signé entre le monarque et le comte de la Marche après la bataille de Taillebourg.

Le monarque impose une occupation militaire du château sur une durée de 8 ans.

La poursuite des constructions se caractérise par un changement de qualité de parement tout à fait cohérent avec la déconvenue d’Hugues X de Lusignan ou, en raison d’un investissement concentré sur d’autres édifices, comme la « grosse tour ». Les travaux débutent par la reconstruction intégrale de l’élévation nord de la « tour carrée ». À ce stade, la tour s’élève sur une hauteur d’au moins deux niveaux. Le rez-de-chaussée est occupé par une salle haute (environ 6 m). La seule ouverture connue est une porte d’entrée ouvrant au premier étage vers l’ouest. Son accès dépend probablement d’une relation avec la courtine précédemment établie.

L’évolution de la tour demeure imperceptible jusqu’au XVe siècle. Un état de dégradation prononcé est néanmoins suspecté en raison des partis architecturaux pris lors de la phase suivante. Celle-ci comprend d’importantes transformations et une surélévation. La tour est dorénavant composée de trois étages sur un rez-de-chaussée, desservis par une tourelle d’escalier en vis greffée sur le flanc nord. La présence d’une cheminée et d’une baie à coussièges par étage indique une fonction résidentielle. Le mobilier, notamment la céramique trouvée dans les niveaux d’abandon et de démolition, atteste le maintien d’une occupation durant le XVIe siècle, voire les premières décennies du XVIIe siècle (phase X). L’abandon pourrait en partie résulter d’un séisme ayant fragilisé sinon ruiné l’édifice (phase XI).

Au bilan, les nouvelles investigations n’ont livré aucun indice relatif aux occupations antérieures au Moyen Âge (périodes I à III). Ce constat ne remet pas en cause les connaissances acquises par Benjamin Lasnier. Il se justifie par une topographie initialement défavorable à la conservation des contextes sédimentaires dans l’emprise de nos fouilles.

 

Patrick BOUVART

LA TOUR DE LA CHAPELLE DE CROZANT

 

Elle flanque la courtine orientale de la plate-forme. Sa masse semi-circulaire (plus de 9 m de diamètre) extérieurement talutée est prolongée vers l'intérieur de la cour, par un appendice quadragulaire. L'ensemble se composait de deux salles superposées de près de 6.80 m de profondeur pour une largeur d'un peu moins de 6 m. L'appareil est fait de blocs de format moyen, assez soigneusement lités mais comprenant de nombreux rattrapages d'assises par de petites cales.

 

On accède à une salle basse par un escalier extérieur et par une porte, ménagée au sud-ouest, qui était fermée par un vantail dont on peut encore observer la feuillure et le logement de la targette. Cette pièce servait de cellier.

 

L'étage accueillait manifestement une chapelle, à en juger par la mise en oeuvre des voûtements, retombant sur des colonnes engagées circulaires, à chapiteaux et bases portées sur d'importants stylobates. Des éléments de nervures et une pierre d'autel ont été retrouvés dans les effondrements. L'intérieur de la chapelle était blanchi à la chaux. On manque de recul pour comprendre le fonctionnement de ce lieu de culte, sans doute réservé au comte.

 

(Source - "Crozant forteresse d'exception" / Christian Remy).

 

LA TOUR RENARD : une tour d’inspiration philipienne

 

D’un diamètre de 9,40 m, la tour du Renard possédait au moins trois niveaux et deux accès (un au rez-de-chaussée et un à l’étage, probablement accessible par la courtine est). Le premier niveau, voûté et haut de 6 m, ne dispose d’aucun aménagement particulier. La salle haute, par contre, multiplie les aménagements permettant de la rendre habitable. Un troisième niveau (disparu) était desservi par un escalier en vis dans œuvre. Pourvu d’archères, il s’agissait soit d’un niveau à part entière, mais voué à la défense, soit du sommet de la tour doté d’un parapet crénelé.

 

La tour du Renard s’avère être une tour mixte : elle allie éléments résidentiels et éléments défensifs. Cependant, tout en étant pourvue d’archères, elle ne paraît pas avoir de rôle majeur dans la défense du site. de même, tout en étant habitable, elle ne peut prétendre à être résidentielle. On s’interroge donc sur son rôle : s’agit-il d’une seconde tour maîtresse et quel rapport établir avec la « Grosse tour » située à l’autre extrémité de l’éperon ? Le sondage réalisé à l’extérieur de la tour a permis de reconnaître le tracé de la courtine ouest et les niveaux de circulations associés à cette tour (à un peu plus de 1 m sous le niveau actuel), et par ailleurs d’identifier des latrines.

 

De toute évidence, l’hypothèse d’une architecture inspirée des modèles philippiens, émise par Ch. Rémy en 1999, se trouve ici largement confirmée. Tous les éléments de la tour, tant dans la forme que dans la fonction (tour mixte) trouvent en effet comme modèles les édifices du pouvoir capétien. Avec un tel respect des modèles philippiens, l’hypothèse d’une construction royale (pendant la confiscation du château de 1242 à 1250) paraît renforcée : on imagine mal les Lusignan, même désireux de défier le roi de France, copier à ce point ses constructions. Un autre élément dans ce même sens peut être tiré de la découverte d’une archère à étrier dont l’apparition dans les édifices capétiens (années 1240) coïncide ici avec l’occupation du site par l’administration royale.

LA TOUR COLLIN A CROZANT

 

Elle marque l'extrémité septentrionale de cette basse-cour. De forme circulaire (diamètre 9.70 m), elle consiste en une salle basse quadrangualire munie de deux niches à archères, surmontée par une vaste chambre polygonale, dotée de tous les éléments de conforts du XIIIème siècle : escalier à vis, latrines en encorbellemnt, grande fenêtre à coussièges, ample cheminée.

 

Cette salle haute était voûtée en croisée d'ogives dont les nervures retombaient ssur des culots sculptés de têtes. On peut noter, sur la voûte, la présence d'arcs formerets qui pourraient plaider pour une datation vers le milieu ou la seconde moitié du XIIIème siècle. Pourtant plusieurs points communs avec la mise en oeuvre et le décor de la tour Renard semblent indiquer une certaine cohérence entre les deux chantiers.

 

L'étude monnumentale révèle pourtant que la tour Collin est le fruit de deux campagnes de constructions différenciées.

Forteresse de Crozant

La commune de Crozant, département de la Creuse, conserve les vestiges imposants d’un château médiéval qui occupe un éperon rocheux correspondant au confluent de la Creuse et de la Sédelle. Les vestiges du château s’organisent à l’intérieur d’une série d’enceintes dont les périmètres sont plus ou moins visibles.

 

L’occupation du site est attestée dès le néolithique moyen (culture chasséenne) et le néo final chalcolithique. Les sondages, réalisés entre 1964 et 1974 sur le versant ouest, mettent en évidence des indices d’occupation antique (tuiles à rebord) avec une fréquentation probable jusqu’à la fin de l’Antiquité (monnaies du Bas Empire, céramiques paléochrétiennes, sigillées d’Argonne). Pour la période médiévale, les tessons de céramiques (fragments de bords en bandeaux, becs pontés et tubulaires) se réfèrent à des ustensiles fabriqués entre le Xe et le XIIe siècle, mais dont l’utilisation peut perdurer jusqu’au XIIIe voire XIVe siècle.

 

L’examen des sources s’avère décevant comparé à l’envergure du site. Une mention du château apparaît, au début du XIIe siècle, dans une donation de Hugues Barriou, faite « apud castrum quod dicitur Crosenc, ante portem Sti Stephani ». En 1214, l’appartenance du château aux Lusignan est effective. Puis, on trouve dans les chroniques de Saint Martial (1220) une note en marge du texte, rédigée vers 1275, qui atteste l’existence, dans la seconde moitié du XVe siècle, d’une tradition faisant d’Isabelle d’Angoulême la bâtisseuse du Donjon de Crozant. Au XIIIe siècle, la forteresse constitue une place forte importante puisque Louis IX la prend en gage pour huit ans. En 1308-1314, Philippe Le Bel récupère l’héritage des Lusignan. Crozant devient alors l’apanage du prince Charles entre 1313 et 1322 avant d’entrer dans le domaine royal.

 

crédit Photo J.Damase - ADRT23

Pour plus d'info ...

La fondation de la forteresse de Crozant

 

Les origines de Crozant sont particulièrement délicates à retracer, en raison des lacunes documentaires. De manière directe, on ne sait quasiment rien de Crozant avant le XIIIème siècle. Le château n'est mentionné qu'une seule fois au cours du XIIème siècle, dans une donation au monastère d'Aureuil, faite "devant la porte Saint-Etienne, au château que l'on appelle Crozant".

 

Geoffroy,  prieur de Vigeois, dans la chronique qu'il rédige vers 1180, raconte comment Géraud "de Crozant" avait donné à l'abbaye Saint-Martial de Limoges la villa de La Souterraine. La donation est datable des années 1014-1023 et Géraud de Crosenc figure comme témoin dans une autre donation, de 1019.

 

Les précisions généalogiques fournies par le chroniqueur sur la descendance de Géraud permettent de déterminer que son lignage est celui des sires de Bridiers. Au début du Xième siècle, Géraud "de Crozant" n'est pas vicomte mais, personnage de premier plan, il domine le territoire assez étendu de la Grande Creuse et de la Gartempe. Il contrôle alors Crozant, avec le château que le site accueillait alors, et sans doute  les mottes de Bridiers, établies près d'un carrefour antique et des ruines d'un vicus galloromain. Geoffroi de Vigeois raconte comment le dernier descendant direct de Géraud de Crozant légua ses terres à Géraud, fils du vicomte de Brosse, avant de mourir en 1136.

 

(Source - "Crozant forteresse d'exception" / Christian Remy).

 

Ni les archives, ni les vestiges de maçonnerie ne permettent de proposer des datations précises. En réalité, il est impossible de conner une date assurée pour la construction du château, au demeurant façonné par plusieurs campagnes successives de travaux. Les secteurs comme la tour de Collin ou la Porterie ne sont pas homogènes et résultent de plusieurs phases de construction. Les indices concordent à mettre en évidence une forte acitvité constructive durant le XIIIème siècle, ce qui rend les interprétations délicates : à quelques années près, entre 1177 et 1250, nous passons des Plantagenêt aux Lusignan puis à l'administration capétienne.

Plan de la forteresse de Crozant par HADES - Bureau d'investigations archéologiques

LA PORTERIE DE CROZANT

 

L’intervention, qui a mêlé sondages, étude architecturale et recherches iconographiques, a permis d’identifier les limites (jusqu’alors inconnues), les différentes parties constitutives de la porterie et leur état de conservation. Ce dernier s’avère somme toute assez paradoxal.

 

Les élévations, encore nombreuses certes, sont pour la plupart dans un état de délabrement assez avancé (absence du parement extérieur, fruit important…), et menacent même de s’effondrer à très court terme. A contrario, les résultats des sondages ont fait apparaître des ensembles conséquents de maçonneries ou d’espaces de circulation qui sont encore conservés sur de grandes hauteurs et parfois même sur plusieurs niveaux, dans un état assez satisfaisant.

 

Une première réflexion sur la chronologie de cet édifice assez complexe a mis en évidence la présence d’au moins quatre phases d’aménagements successifs : État I (datation proposée : avant 1200 ?) Cet état n’est caractérisé que par une maçonnerie plus ancienne à l’extrémité nord d’un mur bordant le passage. En l’état des fouilles, elle ne peut être datée. Rappelons cependant qu’une porte du château est mentionnée dès le début du XIIe siècle.

 

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