Château de Ségur

Ségur est un ensemble monumental complexe mais qui conserve de nombreux jalons favorisant l'appréhension de son évolution structurelle. Les vestiges de l'important et ancien château des vicomtes de Limoges permettent une première approche archéologique. L'analyse des élévations conservées autorise d'échafauder une chronologie relative entre les diverses structures et de proposer une trame des évolutions de ce castrum.

 

En outre, le site bénéficie d'une documentation écrite plutôt fournie. Les périodes hautes ne sont que partiellement couvertes par les cartulaires de quelques établissements périphériques. A partir du XIIIème siècle, en revanche, la connaissance du site est largement documentée par plusieurs fonds d'archives qui couvrent les derniers siècles du Moyen Age.

 

Ségur a été, durant tout le Moyen Age, une forteresse majeure de rang vicomtal. Création carolingienne, peut-être forteresse publique au IXème siècle, en tout cas attestée au cours du Xème siècle, elle correspond à un sitee éponyme d'un lignage de rang vicomtal. Ces vicomtes de Ségur s'avèrent peu présents dans les sources. Le premier personnage ainsi désigné, le "vicomte Foucher" est signalé au milieu du Xème siècle.

 

(Source - Monuments de Corrèze / Congrès Archéologique de France - Christian REMY )

A partir de la fin du Xème siècle jusqu'au XVIème siècle, Ségur n'a cessé d'être une possession des vicomtes de Limoges. Ceux-ci en prêtaient hommage au doyen du chapitre collégiale de Saint-Yrieix. Néanmoins, durant le dernier quart du XIVème siècle la forteresse de Ségur fut confisquée par le roi de France. Ségur devenant dès lors une place-royale, administrée au nom du roi par des capitaines sur lesquels les vicomtes n'avaient aucun droit.

 

Ségur est considéré par l'historiographie limousine comme la "capitale" de la vicomté. Il est indéniable que les vicomtes y ont souvent résidé, ce qu'attestent à la fois les chroniques et les actes de la pratique.  Ségur servait aussi de "prison centrale" et plusieurs mentions signalent l'incarcération de prisonniers dans ce château. La forteresse joua le rôle de citadelle administrative et logistique. Ainsi, un compte des revenus et dépenses de la châtellenie de Ségur pour l'année 1345 montre la place de Ségur dans la géographie vicomtale, dépéchant des troupes et du matériel aux autres châteaux vicomtaux menacés par les armées du roi d'Angleterre ; des troupes y sont hébergées, le sénéchal, les capitaines et d'autres officiers de la vicomté y séjournent.

 

C'est aussi l'une des résidences les plus fréquentées avec Excideuil, cette dernière surpassant d'ailleurs Ségur dans le nombre de séjours effectués par les vicomtes au cours des XIII-XIVème siècles. Il faut attendre le XVème siècle, après l'éclipse royale, pour voir Ségur devenir la résidence privilégiée et Jean d'Albret, fils d'Alain d'Albret et de Françoise de Bretagne, y serait né.

 

La châtellenie de Ségur, mentionnée au XIIème siècle, s'étendait sur des portions d'une dizaine de paroisses et était entourée par les juridictions de Saint-Yrieix, de Bré, de Pompadour, d'Ayen, de Moruscle et d'Excideuil.

 

A partir de la fin du XVème siècle, les vicomtes établirent à Ségur le siège de leur cour d'appel de justice : la "cour des appeaux". Il s'agissait d'un tribunal de premier appel, s'intercalnt entre les justices ordinaires seigneuriales et le Parlement du roi. Certains grands princes, comme les vicomtes de Turenne, ont obtenu ce privilège régalien dès le XIVème siècle.

 

(Source - Monuments de Corrèze / Congrès Archéologique de France - Christian REMY )

 

 

 L'analyse archéologique montre que, dans son organisation médiévale, le château de Ségur était assez différent de ce qu'il est aujourd'hui. Tout d'abord, ce que les textes désignent par castrum correspondait , aux XI-XIIIème siècles, à l'ensemble de l'agglomération constituée autour du site fortifié. Ensuite et surtout, la plate-forme rocheuse acueillant les structures fortifiées était fractionnée en deux entités nettement disjointes, que la restructuration issue du XVIème siècle a en partie gommées.

 

La portion méridionnale, initialement celle des vicomtes, est alors délaissée ; elle n'est plus habitée et commence à se ruiner. La partie septentrionale en revanche, dévolue anciennement au logement des familles de chevaliers, devient le coeur de la vie castrale ; le logis des Pérusse y est reconstruit et agrandi, en partie au détriment des fiefs voisins, et les autres hôtels sont abandonnés ou convertis en annexes agricoles. Il faut donc bien avoir à l'esprit que le site a connu une inversion dans la hiéarchie de ses édifices : la résidence seigneuriale médiévale se situait dans la portion aujourd'hui ruinée et le grand logis actuel n'est que l'aboutissement d'un processus d'affirmation de l'une des familles de milites casti. L'ancienne basse cour est devenue la cour du château, et l'ancien noyau seigneurial, ici vicomtal, s'est trouvé déclassé et fait aujourd'hui figure d'agréable promenade au milieu de ruines enlierrées.

 

L'accès médiéval était d'ailleurs différent. La porte actuelle a été installée entre un logis noble et une tour à contreforts, à l'époque moderne. L'imposante rampe d'accès à ce porche tardif, avec sa grande arche emjambant le chemin d'accès, ne saurait être médiévale. Elle comprenait toutefois un pont-levis comme le montrent les logements des flèches du tablier ainsi que la fosse séparant le pont dormant et le porche. L'accès primitif s'effectuait par l'extrémité nord-ouest, depuis un percement de l'enclos encore perceptible aujourd'hui bien qu'il soit muré et en partie enfoui sous les remblais. On longeait ensuite une partie de l'enceinte, en pan incliné, pour pénétrer dans la basse cour par une tour-porte dite "du Chambon" signalée en 1343.

 

(Source - Monuments de Corrèze / Congrès Archéologique de France - Christian REMY)

Une forte concentration de maisons des XV-XVIème siècles

 

Une rapide étude architecturale des maisons de Ségur met en évidence la part importante des logis ou hôtels particuliers possédant un escalier à vis : 17 exemplaires sont conservés. On doit aussi constater la part, relativement importante, des maisons à pans encorbellés. Enfin il convient d'insister sur l'homogénéité chronologique : l'essentiel du bourg résulte d'une intense vague de construction comprise entre la fin du XVème et la fin du XVIème siècles. Cet essor doit être mis sur le compte de la phase de reconstruction générale, consécutive à la guerre de Cent Ans. Il le doit aussi au fait que le bourg est devenu une cité d'hommes de loi en relation avec la "cour des appeaux" (après 1438-1452). Ce rôle nouveau dans l'organigramme judiciaire a manifestement renforcé la "flamme immobilière" et l'ampleur des constructions de maisons et d'hôtels urbains. On peut d'ailleurs s'interroger sur la faible représentation, voire la quasi-absence, d'édifices antérieurs au XVème siècle.

 

Parmi les maisons les plus remarquables, il faut citer celles qui environnent la place des Claux.

 

Ségur est, en définitive, un cas d'école : il s'agit d'un site parfaitement documenté dont l'intérêt est sans doute équivalent à des ensembles tels Excideuil, Commarque ou Uzès.

 

La richesse de la documentation permet de percevoir parfaitement la partition de l'espace clos entre une portion réservée au seigneur du lieu et une avant-cour constitué d'un agrégat d'hôtels nobiliaires dont la juxtaposition formait enceinte, tenus par certains membres de la milicia castri. Cet enclos est, à Ségur du moins, strictement réservé à l'aristocratie, mais tous les chevaliers ou damoiseaux de la châtellenie n'y logent pas, sans doute pour des questions de place. En effet, plusieurs hôtels nobiliaires sont aussi attestés dans le bourg qui se niche au pied du château et ces lignages de chevaliers tenaient également des résidences périphériques, au coeur des terroirs dont ils régentaient la mise en valeur.

 

Par l'exemple de Ségur, on peut aussi appréhender ce processus essentiel pour comprendre le phénomène castral dans la longue durée qu'est le redéploiement de la milicia hors de l'enclos. On peut suivre assez précisément plusieurs de ces familles, depuis le XIIème siècle en tout cas, jusqu'à leur extinction ou leur installation dans un repaire parfois lointain. Ici, le processus de départ des familles de chevaliers hors du castrum a pour corollaire une concentration des terrains et des fiefs de la basse cour entre les mains non pas des vicomtes eux-mêmes mais l'un des lignages les plus anciennement attestés sur place, celui des Pérusse. Leur ascension les amène à acquérir une grande partie des biens immobiliers du bourg avant de s'imposer à la tête de la châtellenie, en lieu et place des vicomtes, leurs anciens seigneurs.

 

 

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