Châsse de Saint-Viance

Destinée dès l'origine aux reliques du saint local et maintenue dans son lieu de destination, c'est la plus grande châsse émaillée conservée en Limousin avec celles d'Ambazac et de Chamberet, et l'une des plus intéressantes par son iconographie.

 

Elle fut peut-être commandée par un membre de la famille de Lasteyrie, seigneurs du lieu, dont on a pu identifier les armes dans l'écu porté par un soldat sur le médaillon des Saintes Femmes au tombeau, au revers de la caisse. Parfois, l'écu armorié constitue un élément décoratif à part entière, comme sur le reliquaire-monstrance de Beaumont ou les chandeliers itinéraires de Limoges.


Sur un parement de minces feuilles de cuivre estampé et doré habillant l'âme en bois, sont appliqués des éléments décoratifs émaillés de formes diverses, à motifs ornementaux, architecturés ou historiés.
A la face majeure est présentée sur deux registres l'iconographie dogmatique traditionnelle : Vierge à l'Enfant entourée d'anges, Christ en Majesté cantonné des symboles des Evangélistes, Apôtres tenant des livres. Comme sur la châsse du Chalard ou la plaque de Limoges, les figures fondues, en relief, sont clouées sur des plaques émaillées, traversées par des bandes horizontales ondées et parcourues de larges rinceaux traités en réserve, à l'intérieur desquels se développent des fleurons en partie émaillés de vert, blanc, rouge, jaune et bleu clair.


Au revers sont mis en correspondance sur des médaillons d'applique quadrilobés trois épisodes de la Passion du Christ - la Flagellation, la Crucifixion et les Saintes Femmes au tombeau - et trois épisodes de l'histoire légendaire de saint Viance. Ces scènes sont traitées en réserve sur un fond d'émail bleu dominant.

 

(Source - Emaux Limousins du Moyen Age / Images du Patrimoine)

 

Dans le quadrilobe central, le corps de saint Viance est transporté, non pas sur une élégante litière, mauis sur une simple charette, accompagnée de Savinien et d'un seul témoin, symbolisant la foule qui suit le corps saint. La procession s'éloigna, la charette tirée par deux boeufs ; mais alors que le groupe s'était arrêté pour déjeuner, un ours dévora un des boeufs. Savinien, intrépide, poursuivit l'ours jusque dans la forêt, ordonnant à l'animal au nom de Dieu et de Viance de se laisser atteler à la charette à la place du boeuf. Parvenu à l'endroit où il avait rencontré l'ange, Savinien, aidé de l'évêque, transporta le corps de saint Viance dans l'église qui avait été construite sur l'ordre de Barontus à proximité de la rivière Vézère.

 

(Source - L'Oeuvre de Limoges du Moyen Age / Musée du Louvre)

 

La châsse de Saint-Viance a toujours été datée du milieu du XIIIème siècle. Ferdinand de Lasteyrie a proposé cette datation en se basant sur les armures des soldats qui gardent le sépulcre du Christ dont il disait qu'elles étaient "caractéristiques de l'époque de saint Louis". En fait, le casque à sommet plat que porte l'un des soldats se rencontre à la fin du XIIème au milieu du XIIIème siècle. Les armes visibles sur le bouclier de l'un des soldats, décrites comme "de sable à l'aigle éployé d'or", seraient celles de la famille de Lasteyrie, seigneurs du haut et bas Limousin. On a en outre suggéré que la châsse avait pû être offerte par Pierre de Lasteyrie, qui participa à la sixième croisade en 1248.

 

Dans le premier cas, il semble très inhabituel que le donateur d'un reliquaire ait pu émettre le désir d'être identifié à l'un des soldats romains chargés de garder le tombeau de Jésus. Quoi qu'il en soit, sur l'écu figure une fleur de lis dorée sur un fond vert foncé, et non un aigle sur un fond noir, armoiries probablement décoratives.

 

Néanmoins, les archives conservées dans l'église à l'époque où fut publié l'ouvrage de Lasteyrie font mention d'un chef-reliquaire de saint Viance offert par le marquis du Saillant, titre donné à une branche de la famille de Pierre de Lasteyrie au XVIIème siècle. Ce qui laisse penser que les ancêtres de cette famille noble pourraient avoir donné la châsse émaillée de saint Viance. Par ailleurs il est tout à fait possible que la châsse ait été commandée pour conserver les reliques du saint patron de la communauté bénédictine de moines établie à Saint-Viance comme prieuré d'Uzerche depuis 1048.

 

(Source - L'Oeuvre de Limoges du Moyen Age / Musée du Louvre)

 

Le troisième médaillon figure Savinien et son acolyte, en présence de l'évêque assisté de son diacre, qui dépose le corps dans un sarcophage, dont il est dit qu'il se trouvait dans la partie nord de l'église située au bord de l'eau.

 

L'inscription émaillée de rouge placée au-dessus de la scène de l'enterrement de saint Viance a reçu plusieurs interprétations. On peut y lire SAINSMACNSA : prise comme telle , cette inscription ne signifie rien. Ainsi a-t-on suggéré qu'elle pouvait être un acronyme ou elle pourrait comporter une erreur dans la transcription de SAINT  VIANCSA.

 

(Source - L'Oeuvre de Limoges du Moyen Age / Musée du Louvre)

 

La palette des émaux de la châsse de saint Viance est exceptionnelle, tant par la variété des tons, dont un bleu-gris, un blanc pur et un vert foncé, que par leurs combinaisons. Il n'est pas surprenant, dans le deuxième quart du  XIIIème siècle, de rencontrer une palette aussi riche, époque à laquelle on réalisa de nouvelles associations de couleurs. Ce n'est peut être pas un hasard si cette époque est aussi celle où l'on emploie de nouvelles recettes dans la fabrication de l'émail, révélées par les analyses récentes den laboratoire.

 

(Source - L'Oeuvre de Limoges du Moyen Age / Musée du Louvre)

 

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