Statuette de la Vraie Croix des Billanges

Ce reliquaire daté de 1220 provient du trésor de l'abbaye de Grandmont. Il est formé de l'association d'une grande figure d'applique en cuivre provenant certainement de l'abbaye de Grandmont, et d'un pied de même époque ayant sans doute été originellement prévu pour une croix, avec un noeud indépendant.

 

L'examen radiographique a montré que ces éléments composites avaient été réunis par un axe en fer et que les assemblages étaient assurés par quelques rivets anciens. Le pied de forme conique avec motif de rinceaux dorés en réserve sur fond d'émail bleu, est orné de trois monstres ailés rapportés - comparables à ceux de la croix de Saint-Priest-Taurion - dont l'arête dorsale est piquetée d'éclats d'émail bleu turquoise rappelant le décor du noeud médian ; il repose sur trois pattes de lion.


La figure d'applique représente un diacre, portant un livre ajouré d'une logette en forme de croix à double traverse qui contenait la relique de la Vraie Croix. Deux croix-reliquaires, conservées à Saint-Priest-Taurion et à Guéret, sont également consacrées à la Vraie Croix.


Le personnage, qui fut longtemps identifié à saint Etienne de Muret, fondateur de l'Ordre de Grandmont, est orné de pierres et de pâte de verre montées en cabochons et ses yeux constitués de deux gouttes d'émail. Cette figure se serait trouvée sur la "Grande croix de l'autel de prime", dans la bibliothèque de l'abbaye, croix de cuivre émaillé, haute de près de trois mètres, connue par une description de l'abbé Legros en 1790.

 

(Source - Emaux Limousins du Moyen Age / Images du Patrimoine)

 

Le diacre tonsuré est vêtu d'une dalmatique ornée de croissants de lune inscrits dans des losanges et de cabochons décorant les manches et le col. Il porte sous la dalmatique une longue étole et une aube, et aux pieds des chaussures richement brodées. Il tient dans ses mains un coussin orné de quadrilobes gravés, sur lequel repose un reliquaire de la Vraie Croix aui se présente sous la forme d'une boîte rectangulaire ajourée d'une croix à double traverse. Une feuille de cristal de roche, aujourd'hui disparue, protégeait une relique de la Vraie Croix. La figure est martelée et travaillée à partir d'une seule feuille de cuivre, à l'exception de la tête dont l'arrondi a été obtenu grâce à une seule pièce supplémentaire fixée le long d'une soudure verticale.

 

Le visage du diacre, avec ses pommettes saillantes, ses petits yeux et son front large, présente des similitudes remarquables avec la Vierge du Museum of Art de Cleveland, sûrement du même atelier que les apôtres de Grandmont. L'ornementation de la dalmatique du diacre est identique à celle observée sur la figure de saint Martial de Grandmont conservé à Florence. L'attitude et le vêtement du diacre évoquent irrésistiblement le saint Etienne du trumeau de la catédrale de Sens qui date des environs de 1200.

 

(Source - L'Oeuvre de limoges / LOUVRE)

J. R Gaborit a suggéré d'identifier cette statuette à la figure d'une applique de la Croix de l'autel de Prime mentionnée par J.R Texier en 1857. La Croix, "neuf pieds de longueur et la croisée quatre pieds", était ornée des figures du Christ couronné et de saint Pierre en dessous, et encore au-dessous, d'une autre figure accompagnée d'une inscription indiquant que la croix contenait du bois de la Vraie Croix et d'autres reliques. Etant donné sa très grande taille, la croix pouvait être ornée d'une figure comme celle du diacre des Billanges.

 

J.R Gaborit a fait remarquer à juste titre que si la figure était située sous saint Pierre avait représentée Adam, suivant l'iconographie conventionnelle, il aurait été facile de l'identifier ; s'il s'agit du diacre des Billanges, il semble curieux que l'on n'ait jamais mentionné le fait qu'il porte une relique.  La petite figure émaillée de la Walters Art Gallery de Baltimore représentant un diacre porteur d'un tableau-reliquaire, dans une attitude comparable à celle du diacre des Billanges provient selon toutes probabilités de l'extrémité d'une croix, et atteste donc que de telles figures ont orné des croix limousines, confortant ainsi l'identification suggérée par J.R Gaborit.

 

Le pied n'a pas été fixé à la base à l'époque où l'oeuvre était conservée à l'abbaye de Grandmont car cet objet n'est pas mentionné dans aucun inventaire.

 

L'église des Billanges ne le reçut pas non plus lorque les biens du trésor de Grandmont furent distribués aux églises du diocèse de Limoges (1790). Peut-on suggéré que la base fut réémaillée et les éléments assemblés après que le sieur Coustaud artisan-fondeur de Limoges en eut fait l'acquisition ? Celui-ci aurait pu assembler des éléments qu'il avait achetés : une base de croix et lafigure non identifiée provenant d'une croix pour fabriquer un nouveau reliquaire destiné à l'église des Billanges.

 

(Source - L'Oeuvre de limoges / LOUVRE)

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