Aliénor d'Aquitaine

Née aux environs de 1122, morte le 1er avril 1204 à l’abbaye de Fontevraud, Aliénor d’Aquitaine est la fille aînée de Guillaume X, dernier duc d’Aquitaine et de Gascogne et d’Aliénor de Châtellerault.

 

L’année 1137 est riche en événements pour Aliénor d’Aquitaine. Alors qu’elle n’est âgée que de quinze ans, son père meurt et elle devient duchesse d’Aquitaine. Elle est mariée le 25 juillet 1137 à Bordeaux au futur Louis VII fils du roi de France Louis VI, puis, toujours la même année, Louis VI meurt à son tour, les deux très jeune époux deviennent ducs d’Aquitaine et souverains de France.

 

Il faut savoir que bien que duc d’Aquitaine par alliance, Louis VII n’aura jamais la main sur ce duché, Aliénor en assurant la gestion toute seule. Très vite elle va faire de la politique et briser l’ascendance de l’abbé Suger sur un Louis VII très influençable.

L’année 1145 voit la naissance de leur première fille, puis en 1147 se déclenche la deuxième croisade, le roi prend la croix à l’appel de Bernard et emmène Aliénor en Orient. Que c’est-il passé en Orient ? Le comte Raymond de Poitiers réserve à sa nièce un accueil qui provoque la jalousie du roi. Certains avancent l’hypothèse qu’Aliénor d’Aquitaine aurait eu une aventure avec son oncle. Une chose est sûre, les deux époux sont fâchés.

 

Au retour de croisade, une réconciliation semble se faire. Malgré la naissance de leur seconde fille, les choses s’enveniment à nouveau à la disparition de Suger. L’ombre de la séparation plane sur le couple royal, Aliénor d’Aquitaine rappelle au roi que leur proche parenté n’était pas convenable au point de vue religieux et que très certainement ils ne pourraient plus vivre ensemble.

En 1151, Aliénor rencontre Henri Plantagenêt, fils du comte d’Anjou : il a onze ans de moins qu’elle. Le 21 mars 1152, le synode de Beaugency annule le mariage de Louis VII et d’Aliénor : la France perd le duché d’Aquitaine qui, réuni aux possessions des Plantagenet (Anjou, Maine, Normandie) devient une terrible menace pour Louis VII. Le 18 mai, Aliénor épouse Henri Plantagenêt à Poitiers. Dès le début de 1154, Henri Plantagenet devient roi d’Angleterre et monte sur le trône sous le nom d’Henri II.

 

Pour un temps, Aliénor d’Aquitaine va perdre tout pouvoir politique. Henri II n’a pas l’intention de la laisser s’ingérer dans ses affaires, y compris dans le duché d’Aquitaine. Il la relègue au simple rang de mère de famille : elle aura de lui huit enfants (Guillaume, Henri, Mathilde, Richard, Geoffroy, Aliénor, Jeanne, Jean), ce qui fait dix en comptant ceux de son premier mariage.

Son éviction politique ne va pas durer. En 1170, son fils Richard est proclamé duc en Aquitaine et c’est elle qui en assure la régence. Ecoeurée par l’inconduite de son époux avec une certaine Rosamund Clifford, elle est l’instigatrice d’un complot qui va opposer Richard et Geoffroy à leur père Henri II et ce avec la bénédiction de Louis VII.

 

Mais Henri II va très vite réagir, arrêter Aliénor et l’emprisonner pendant près de quinze ans. D’abord à Chinon, puis à Salisbury et dans divers autres châteaux d’Angleterre. Elle est libérée à la mort d’Henri II, le 6 juillet 1189, par son fils Richard Coeur de Lion qui monte sur le trône.

 

A soixante-sept ans, Aliénor entre à nouveau en politique. En compagnie du chancelier Guillaume Longchamp, elle assume le pouvoir pendant l’absence de Richard parti à la 3ème Croisade. Elle est obligée aussi de faire face au soulèvement de son fils cadet Jean sans Terre durant l’hiver 1192-1193.

Sur le chemin du retour, Richard est capturé par le duc Léopold d’Autriche qu’il avait humilié en Orient et livré à l’empereur Henri VI. Ce dernier demande une énorme rançon, très certainement pour plaire à Philippe II Auguste qui n’avait pas apprécié qu’Aliénor d’Aquitaine s’oppose à lui pendant l’absence de Richard. Il faut savoir que lors de la IIIème croisade, Philippe Auguste, rentré en France bien avant Richard, s’est allié à Jean sans Terre pour tenter de mettre ce dernier sur le trône d’Angleterre.

Réagissant très rapidement, aidée de l’ensemble du peuple d’Angleterre, elle réunit la fabuleuse rançon, et fait libérer Richard à Mayence, en février 1194. Le roi pouvant régner à nouveau, Aliénor d’Aquitaine se retire à l’abbaye de Fontevrault. Mais en 1199, son fils Richard est blessé grièvement au siège de Châlus en Limousin. Aliénor le rejoint juste avant sa mort et négocie avec lui la mise sur le trône d’Angleterre de son frère Jean sans Terre, malgré les droits éventuels d’Arthur de Bretagne, fils de Richard.

 

Par la suite elle se rend en Castille, et ramène sa petite fille Blanche. Cette dernière sera mariée au futur Louis VIII et sera donc la mère de Louis IX dit Saint Louis. Au cours d’un déplacement, désirant éviter les troupes de Philippe Auguste, elle se réfugie au château de Mirebeau : elle y est assiégée par son petit fils Arthur de Bretagne. C’est Jean sans Terre qui viendra la délivrer.

En mars 1204, Château-Gaillard capitule face aux troupes de Philippe Auguste et roi de France s’empare de la Normandie. Aliénor d’Aquitaine meurt le 31 mars 1204 : elle est âgée d’environ quatre vingt deux ans. Son corps repose à l’Abbaye de Fontevrault qui est le lieu de sépulture des Plantagenet.

Royaume de France après le mariage avec Henri II Plantagenêt

Le gisant couché en tuffeau polychrome d'Aliénor (avec Henri II au second plan), à Fontevraud : représentée à une trentaine d’années, coiffée de la couronne royale, avec pour la première fois en Occident médiéval le thème de la femme lectrice (lisant probablement un psautier).

Troubadours et jongleurs à la cour d'Aquitaine,

 

Aliénor d'Aquitaine ferme la dynastie des comtes-ducs qui se succèdent à Poitiers, sous le nom de Guillaume ou Guilhem à partir de la moitié du Xème siècle. L'autorité des comtes de Poitou sur le duché d'Aquitaine confère à Poitiers un très grand prestige. Les comtes-ducs y résident et les plaids qu'ils tiennent dans la cité rassemblent les grands seigneurs, les dignitaires ecclésiastiques du Poitou, d'Angoumois, du Limousin, de Saintonge, de nombreux chevaliers et officiers de la maison du duc. Ces cours plénières étaient des occasions de cérémonies et de fêtes où accouraient des bateleurs et musiciens.

 

Les Guillaume qui régnèrent en Aquitaine pendant un siècle et demi ont été les promoteurs d'une "renaissance" que l'on retrouve dans de nombreux domaines. La naissance de la poésie des troubadours marque en cela le domaine culturel. Cette poésie unique et en langue romane marque à la fois la la vie de cour et la complexité d'un art nouveau. Dès Guillaume IX dit premier des troubadours, le lien avec le Limousin est éminent. Eble, vicomte de Venadorn et compagnon du comte Guillaume IX, était appelé el cantador pour ces riches cansos. Eble II se targuait de faire concurrence au comte Guillaume en matière de faste et d'élégance, le jugeant peu prodigue pour un si grand prince.

 

Les cours  de Poitiers et de Ventadorn furent les premiers cercles où furent accueillis les troubadours et les jongleurs dans la première moitié du XIIème siècle. La cour d'Eble de Ventadorn fut un centre attractif de la poésie courtoise où se formèrent plusieurs générations de troubadours. Parmi ces derniers, Bernard de Ventadorn éclipsera ses maîtres et deviendra l'un des plus grands chantres de l'amour du Moyen Age ; parmi les grandes dames chantées par Bernard de figurent les vicomtesses de Ventadorn et de Narbonne, et Aliénor d'Aquitaine " la plus belle femme du monde" selon ses vers. Celle-ci accueille Bernard à sa cour de Poitiers à partir de 1153. Il suit alors ses déplacements vers la Normandie et l'Angleterre où il assista vraisemblablement au couronnement de Westminster en 1189. Près de sa  dame où éloigné d'elle, il fut toujours le plus sincère adorateur et le royal époux en prit ombrage ...

 

En effet, certains chroniqueurs ont prétendu que Bernard s'éprit d'Aliénor, mais dissimulant sous des noms d'emprunt les dames de ses pensées, le maître incontesté du salut d'amour, s'il chanta la princesse, ne la nomma que rarement. Si la poésie de Bernard de Ventadorn se distinguait par des accents de sincérité non dissimulés, elle reste un jeu noble où la reine qui inspire l'amour est élevée sur un trône inaccessible. Le troubadour prie d'ailleurs son jongleur Hugonet d'aller chanter ses vers à la reine des Normands. Bernard fit néanmoins le voyage outre-Manche et se rendit auprès d'Aliénor dont la royale couronne ne modifia pas les sentiments à l'égard des poètes ; elle les recevait à ses cours de Londres, Winchester ou Slisbury. Bernard fréquenta les milieux courtois des Plantagenêts que connut aussi Chrétien de Troyes, et l'influence exercée par le troubadour sur le trouvère aurait eu pour origine une rencontre à cette cour. Bernard qui était en Angleterre dès décembre 1154, a bel et bien pu participer aux cérémonies du couronnement. Il souhaite abréger son séjour parce qu'il désire rejoindre son Aimant, senhal sous lequel on a parfois voulu reconnaître Aliénor.

 

Bernard revint à Poitiers lorsqu'Aliénor, devenue régente d'Aquitaine pour son fils Richard de 1169 à 1174, y tint à nouveau sa splendide cour. A cette époque qui est une des plus fastes de sa vie, la reine est entourée de ses propres enfants et de toutes sortes d'hôtes : poètes, clercs et beaux esprits qui participent aux liesses qu'elle préside. De concert avec sa fille aînée, la comtesse Marie de Champagne qui a exercé un si grand rôle dans les arts, Aliénor inspire à cette aimable société le goût de la poésie courtoise. La musique des troubadours y est en grand honneur, et la vicomtesse Ermengarde de Narbonne, autre grande inspiratrice de la poésie d'Oc, apparaît dans ce cénacle où brillent Bernard de Ventadorn et le chevalier-poète de Sainteonge Rigaut de Barbezieux.

 

Aliénor était alors la maîtresse en droit de l'Aquitaine : c'était sous sa tutelle que son jeune fils Richard bénéficiait des prérogatives ducales. Mais pour avoir contribué à fomenter contre son mari le roi Henri II la grande révolte poitevine de 1173 à 1174, elle fut enlevée et retenue captive en Angleterre pendant douze ans. La nombreuse cour de la duchesse fut dispersée. Bernard dut quitter Poitiers et se rendit auprès d'Ermengarde de Narbonne dont il fit souvent l'éloge avant d'aller demeurer chez le comte de

de Toulouse Raymond V, autre célèbre prince pour ses prodigalités aux troubadours.

 

(Source -  Aliénor d'Aquitaine et les troubadours / Gérard Lomenec'h)

 

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