Daniel dans la fosse aux lions

Collégiale du Dorat

Commentaires

 

Le Livre de Daniel qui lui est attribué figure dans la Bible, selon l'ordre canonique de l'Église catholique et des Églises orthodoxes pour qui Daniel est le dernier des quatre grands prophètes, avec Isaïe, Jérémie et Ézéchiel (non pas du fait de la longueur de leurs livres mais à cause de la précision de leurs prophéties sur la venue du Messie). Pour le judaïsme, le Livre de Daniel figure parmi les Ketouvim.

 

Selon le récit biblique, Daniel n'est qu'un adolescent lorsqu'il est déporté à Babylone. Cependant il est peu ou pas représenté sous la forme enfantine ; il apparaît souvent comme un homme adulte ou mûr. Par sa sagesse, il gagne la confiance de Nabuchodonosor : il devient fonctionnaire de cour et interprète les songes du roi. Sa réputation lui permet de continuer son activité après la prise de Babylone par les Mèdes et les Perses en 539 avant l'ère chrétienne. Le roi mède Darius apprécie ce conseiller perspicace mais des ennemis le font tomber en disgrâce et le monarque est contraint de le jeter en pâture aux lions. Fidèle à sa foi, il écarte miraculeusement le supplice et se voit gracié.

 

Il achève son service de prophète à Babylone car il est sans doute âgé de près de 100 ans quand l'édit de Cyrus, en 538 avant l'ère chrétienne, permet le retour d'exil.

 

 

 

Eglise de Saint-Robert

Prieuré d'Arnac

A l'abbaye de Vigeois, le chapiteau de Daniel dans la fosse aux lions est la seule scène de l'Ancien Testament. Cette corbeille est particulièrement mutilée : la tête et le corps de Daniel ont été buchés. Cependant, on perçoit une frise dentelée qui divise la corbeille en deux. En bas, Daniel se trouve dans la fosse avec deux lions sur sa droite. Au-dessus de la scène se tient un personnage, vraisemblablement le roi Darius qui porte la main à son oreille.

 

(Source - "Laissez-vous conter Vigeois)

Daniel dans la fosse aux lions

 

Darius trouva bon d'établir sur le royaume cent vingt satrapes, qui devaient être dans tout le royaume.

Il mit à leur tête trois chefs, au nombre desquels était Daniel, afin que ces satrapes leur rendissent compte, et que le roi ne souffrît aucun dommage.

Daniel surpassait les chefs et les satrapes, parce qu'il y avait en lui un esprit supérieur ; et le roi pensait à l'établir sur tout le royaume. Alors les chefs et les satrapes cherchèrent une occasion d'accuser Daniel en ce qui concernait les affaires du royaume. Mais ils ne purent trouver aucune occasion, ni aucune chose à reprendre, parce qu'il était fidèle, et qu'on apercevait chez lui ni faute, ni rien de mauvais. Et ces hommes dirent : Nous ne trouverons aucune occasion contre ce Daniel, à moins que nous n'en trouvions une dans la loi de son Dieu. Puis ces chefs et ces satrapes se rendirent tumultueusement auprès du roi, et lui parlèrent ainsi : Roi Darius, vis éternellement !

 

Tous les chefs du royaume, les intendants, les satrapes, les conseillers, et les gouverneurs sont d'avis qu'il soit publié un édit royal, avec une défense sévère, portant que quiconque, dans l'espace de trente jours, adressera des prières à quelque dieu ou à quelque homme, excepté à toi, ô roi, sera jeté dans la fosse aux lions.

Maintenant, ô roi, confirme la défense, et écris le décret, afin qu'il soit irrévocable, selon la loi des Mèdes et des Perses, qui est immuable.

Là-dessus le roi Darius écrivit le décret et la défense. Lorsque Daniel sut que le décret était écrit, il se retira dans sa maison, où les fenêtres de la chambre supérieure étaient ouvertes dans la direction de Jérusalem ; et trois fois le jour il se mettait à genoux, il priait, et il louait son Dieu, comme il le faisait auparavant.

 

Alors ces hommes entrèrent tumultueusement, et ils trouvèrent Daniel qui priait et invoquait son Dieu. Puis ils se présentèrent devant le roi, et lui dirent au sujet de la défense royale : N'as-tu pas écrit une défense portant que quiconque dans l'espace de trente jours adresserait des prières à quelque dieu ou à quelque homme, excepté à toi, ô roi, serait jeté dans la fosse aux lions ? Le roi répondit : La chose est certaine, selon la loi des Mèdes et des Perses, qui est immuable.

Ils prirent de nouveau la parole et dirent au roi : Daniel, l'un des captifs de Juda, n'a tenu aucun compte de toi, ô roi, ni de la défense que tu as écrite, et il fait sa prière trois fois le jour.Le roi fut très affligé quand il entendit cela ; il prit à coeur de délivrer Daniel, et jusqu'au coucher du soleil il s'efforça de le sauver. Mais ces hommes insistèrent auprès du roi, et lui dirent : Sache, ô roi, que la loi des Mèdes et des Perses exige que toute défense ou tout décret confirmé par le roi soit irrévocable.

 

Alors le roi donna l'ordre qu'on amenât Daniel, et qu'on le jetât dans la fosse aux lions. Le roi prit la parole et dit à Daniel : Puisse ton Dieu, que tu sers avec persévérance, te délivrer ! On apporta une pierre, et on la mit sur l'ouverture de la fosse ; le roi la scella de son anneau et de l'anneau de ses grands, afin que rien ne fût changé à l'égard de Daniel. Le roi se rendit ensuite dans son palais ; il passa la nuit à jeun, il ne fit point venir de concubine auprès de lui, et il ne put se livrer au sommeil. Le roi se leva au point du jour, avec l'aurore, et il alla précipitamment à la fosse aux lions.

En s'approchant de la fosse, il appela Daniel d'une voix triste. Le roi prit la parole et dit à Daniel : Daniel, serviteur du Dieu vivant, ton Dieu, que tu sers avec persévérance, a-t-il pu te délivrer des lions ? Et Daniel dit au roi : Roi, vis éternellement ? Mon Dieu a envoyé son ange et fermé la gueule des lions, qui ne m'ont fait aucun mal, parce que j'ai été trouvé innocent devant lui ; et devant toi non plus, ô roi, je n'ai rien fait de mauvais.

 

Alors le roi fut très joyeux, et il ordonna qu'on fît sortir Daniel de la fosse. Daniel fut retiré de la fosse, et on ne trouva sur lui aucune blessure, parce qu'il avait eu confiance en son Dieu. Le roi ordonna que ces hommes qui avaient accusé Daniel fussent amenés et jetés dans la fosse aux lions, eux, leurs enfants et leurs femmes ; et avant qu'ils fussent parvenus au fond de la fosse, les lions les saisirent et brisèrent tous leur os.

 

Après cela, le roi Darius écrivit à tous les peuples, à toutes les nations, aux hommes de toutes langues, qui habitaient sur toute la terre : Que la paix vous soit donnée avec abondance ! J'ordonne que, dans toute l'étendue de mon royaume, on ait de la crainte et de la frayeur pour le Dieu de Daniel. Car il est le Dieu vivant, et il subsiste éternellement ; son royaume ne sera jamais détruit, et sa domination durera jusqu'à la fin. C'est lui qui délivre et qui sauve, qui opère des signes et des prodiges dans les cieux et sur la terre. C'est lui qui a délivré Daniel de la puissance des lions.

 

Daniel prospéra sous le règne de Darius, et sous le règne de Cyrus, le Perse.

 

(Source - Les chapiteaux de l'église de Lubersac / Jean TAMEN)

Abbaye de Vigois

Ce thème très répandu de Daniel entre les lions est un sujet qui avait frappé très tôt l'imagination des artistes français : gravé sur une dalle de marbre au IVème siècle à Saint Maximin dans le Var et un sacrcophage au VIIème siècle à Charenton-sur-Cher, il a été sculpté dès le Xème siècleà Saint-Aignan et à Saint-Benoît-sur-Loire. Le sculpteur limousin a aimé un sujet ou la figure axiale est une armature autour de laquelle s'organise facilement le mode animal avec symétrie, la préférant à d'autres parce qu'elle facilitait son esquisse et qu'elle convenait à son tempérament équilibré. A Arnac et à Beaulieu, il obéit à la consigne ecclésiastique en reproduisant l'histoire de Daniel.

 

(Source - Sculpture romane en Bas-Limousin / M.M MACARY)

Eglise de Noailles

Les relations de sens entre les décors des ébrasements du porche : la vie de Daniel et les tentations du Christ

 

À gauche du portail de l'abbaye de Beaulieu-sur-Dordogne, sont reconnaissables des épisodes de la vie de Daniel soit, au niveau inférieur, Habacuc transporté par l’ange auprès du prophète aux cheveux longs et à la barbe bifide, assis dans la « fosse » sur le dos d’un lion et entouré de cinq autres félins.

 

Selon la tradition exégétique, les épisodes de Daniel dans la fosse aux lions apparaissent comme une préfiguration de la vie du Christ, de sa Nativité, de sa Passion, de sa Résurrection et du Jugement . Si la relation entre la vie de Daniel et l’épisode précis des tentations du Christ ne trouve que peu d’occurrences dans la littérature exégétique, elle est bien attestée par la tradition figurée.

 

Dans la région du bas Limousin, à Saint-Jean-de-Côle (Dordogne) et à Vigeois (Corrèze), les deux thèmes sculptés sur des chapiteaux font partie du même ensemble décoratif . On note avec intérêt que le prieuré Saint-Pierre de Vigeois, souffrant comme Beaulieu de l’immixtion des laïcs dans ses affaires, est réformé en 1082 par Adémar, abbé clunisien de Saint-Martial de Limoges ; elle resta désormais dans sa dépendance. Selon les sources écrites, l’église fut vraisemblablement reconstruite entre 1096 et 1124. En Bourgogne, dans la cathédrale d’Autun déjà évoquée plus haut, le sculpteur Gislebertus fit représenter ensemble, sur le quatrième pilier de la nef, la seconde tentation du Christ et Daniel dans la fosse aux lions, secouru par Habacuc.

 

Comme le note Williams Travis à propos de la célèbre enluminure réalisée dans les années 1111-1130 par le second maître de Cîteaux, où figure l’épisode de Daniel dans la fosse aux lions secouru par Habacuc, le sens général de la scène est nécessairement, dans l’art figuré du moins, celui de la victoire. L’idée triomphale est plus éclatante encore lorsque Daniel piétine des lions, comme cela apparaît sur une enluminure de la Bible de Jumièges, datée du xie siècle, ou à Ydes (Cantal) : selon une disposition qui rappelle directement le porche de Beaulieu, l’ébrasement sud du porche occidental présente, sous une double arcade aveugle, l’ange emmenant Habacuc auprès de Daniel . Celui-ci est représenté assis sur le dos d’un lion et posant les pieds sur un couple de fauves entrecroisés. Le même motif des lions entrecroisés apparaît à Beaulieu sous la figure de l’ébrasement gauche.

 

( Source - Art et réforme clunisienne : le porche sculpté de Beaulieu-sur-Dordogne / Barbara Franzé)

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