"Quand on partait de bon matin" à Compostelle

Depuis de nombreuses années je mène des études approfondies sur les liens entre Compostelle et le Limousin. J'interviens régulièrement dans des conférences, pour présenter d'une manière plus large les liens entre les royaumes du nord de l'Espagne et le diocèse de Limoges. En prenant le parti de faire des recherches sur ce sujet je révèle de nombreuses facettes historiques du Limousin, de ses ordres religieux, de ses enjeux politiques, de ses relations à l'international et des influences que l'on retrouve tout aussi bien dans son architecture que dans ses arts.


Vous avez été nombreux à réagir à mon dernier poste ... alors voici quelques éléments de ce vaste sujet !


Ce qu’il faut retenir c’est que les échanges ont été nombreux entre le Limousin et les royaumes catholiques du nord de l'Espagne dès le Xème siècle, dans les domaines de l’art (la diffusion de la poésie des troubadours, l’influence musical de l'abbaye de Saint-Martial de Limoges, les échanges dans les savoir-faire en orfèvrerie et les émaux, les influences multiples dans l’enluminure des manuscrits, le thème de l'architecture et les portails polylobés et aussi les liens étroits du modèle des "Eglises de pèlerinages" dont les caractéristiques rattachent fortement Compostelle à l'abbaye de Limoges …).



Dans le domaine de la politique (diplomatie entre ordres religieux, mariages entre les familles aristocratiques de l’Aquitaine et des royaumes d’Espagne …). D’un point de vue militaire avec la Reconquista avec la participation de seigneurs limousins au côté du Périgord et de Duc d'Aquitaine. Sur le plan des réformes religieuses avec la Réforme grégorienne qui s’oppose à la liturgie wisigothique (des conflits entre Tolède et Compostelle, et l'intervention de Cluny en soutien à la réforme dans les monastères et l'implantation d'ordres comme les Grandmontains dans le nord de l'Espagne et l'influences des saints aquitains tout comme la renommée de leur pèlerinage (Rocamadour détenu par les Abbés de Tulle, Saint-Sernin de Toulouse, Sainte-Foye De Conques ou Saint-Martial de Limoges).



Les rapports entre les grands sanctuaires de pèlerinages entre Compostelle, Toulouse, Conques, Rocamadour, Limoges, Tours … où les nobles espagnols se rendent en France tout aussi bien que l'inverse.


Le monde médiéval est un monde du voyage et du déplacement de population. On assiste aux voyages des commerçants, des religieux, des militaires, de la migration de population du sud-ouest de la France vers le nord de l’Espagne au cours de la Reconquista pour repeupler les nouvelles villes et le départ des arabes.

Sur les routes se mêlent de nombreux voyageurs, à pied, à cheval, en charrettes, en bateau (fleuves comme l’Océan).

On garde de nombreux clichés dans la mémoire collective. Non les voyageurs à pied ne marchaient pas du levé du soleil au couché, non ils ne parcouraient pas plus de 30 kilomètres que cela soit à pied ou à cheval, non ils ne dormaient pas tous dans les abbayes ou du moins dans l’hostellerie des monastères mais ils se rendaient dans des auberges privées essentiellement, les monastères accueillaient essentiellement des pauvres, des malades, des vagabonds, des miséreux … et on ne voulait pas particulièrement se mêler avec eux.


Non on ne voyageait pas sans argent, vivant uniquement de l’aumône, cela était valable pour des pèlerinages locaux éventuellement, mais les voyages au long cours se préparaient (testament, emprunt, vente de terres, hypothèque, autorisation de l'Evêque, liberté de voyager …). Non on ne voyageait pas seul, mais en caravane ou en escorte. Non le pèlerinage à pied n’était pas une obligation, si on avait les moyens de prendre un cheval, on n’hésitait pas, le bateau était souvent plus rapide pour descendre un fleuve ou longer le côte.


Loin des clichés, la période médiévale présente un autre rapport au voyage, au pèlerinage ...

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