Les fouilles 2015 à Grandmont

July 14, 2015

 

Les fouilles de l'abbaye de Grandmont dans les monts d'Ambazac reprennent cet été et seront l'occasion de nouvelles présentations de leur avancée auprès du Grand-public.

 

L'archéologie du bâti s’intéresse aux murs de terrasse qui bordent la plate-forme sur laquelle est implantée l’abbaye. L’étude du saillant de la terrasse orientale montre un ensemble cohérent, construit avec un fruit

important rythmé par des ressauts, qui vient s'appuyer sur la terrasse proprement dite. Il s'agit donc d'un

imposant renfort établi a posteriori, dans le prolongement de l'église. L'assise supérieure, en position verticale, constitue le début d'un parapet. Cette avancée peut donc se présenter comme un belvédère dominant la pièce d'eau et rappelle les terrasses associées aux Jardins à la Française de l’époque moderne. L’archéologie de terrain a concerné le secteur de l'église médiévale, recoupée par le bâtiment abbatial du XVIIIe siècle. La fouille a permis de connaître l'emprise de ce bâtiment et de savoir qu'il possédait, du côté ouest, soit une galerie de cloître, soit un avant-corps, détail important qui n'est pas signalé sur le cadastre napoléonien. L’étude du mobilier lapidaire donne des renseignements sur l’ordonnance néoclassique des édifices construits au XVIIIe siècle. La qualité de ces constructions se marque par l'appareillage minutieux des fondations des murs, qui s'appuient directement sur le rocher stable. Les moines de cette époque, peu nombreux et peu argentés, n'ont pas lésiné sur les moyens pour édifier leur nouveau monastère. Y a-t-il un lien entre cette construction prestigieuse et la volonté d e prouver que leur ordre était encore capable de mobiliser des capitaux pour moderniser leur cadre de vie ?

En construisant leur nouveau bâtiment, les moines n'ont pas hésité à détruire leur ancienne église jusqu'aux fondations. C'est pourquoi il n’en subsiste aucun sol, ni dans la nef, ni dans le choeur. Malgré cet état de fait, les vestiges épargnés par cette reconstruction sont suffisants pour comprendre l'évolution de l'église médiévale et pour être confiant sur l'intérêt des recherches futures. Au niveau de la nef, la mise au jour des deux murs gouttereaux a permis de connaître la largeur de l'édifice (8 m). Le mur nord, conservé sur plusieurs assises, comporte des maçonneries de différentes qualités, qui témoignent de reprises. Si aucune assise ne subsiste du mur sud, son emplacement est nettement identifié par une retaille du rocher, qui affleure donc plus haut qu'au nord. A l'emplacement de la nef, des vestiges de nivellement du rocher sont conservés sous la forme d'un remblai plutôt homogène, dans lequel une obole d’Angoulême a été retrouvée (fin Xe-milieu du XIIIe siècle). Sous cette couche de préparation de sol, une unique tombe, construite, contenait un squelette légèrement perturbé et érodé. Une pointe métallique de crosse a été découverte au niveau du pied gauche, une plaque métallique à côté de la hanche droite et une bague au niveau du bassin. Il s'agit des insignes d'une dignité abbatiale ou épiscopale.

Le chevet semi-circulaire, fouillé dans sa partie interne, présente plus de 4 m de fondations. Il a donc été édifié en rebord de pente, ce qui signifie que l'espace compris entre ce chevet et le mur de terrasse est entièrement comblé par des remblais. On imagine bien l'ampleur des terrassements nécessaires à l'implantation du monastère. Peut-on dater cette église médiévale ? On constate la présence de pierres sculptées en réemploi au niveau des arrachements des constructions médiévales. Dans certains cas, ces réemplois pourraient avoir été placés par les constructeurs du XVIIIe siècle dans le cadre d'une stabilisation des vestiges médiévaux laissés en place entre les murs de leur bâtiment. Mais d’autres réemplois appartiennent bien à l'oeuvre du chevet. Or, d'après plusieurs spécialistes, certaines de ces pierres dateraient des années 1200-1220. Cela impliquerait que le chevet actuel a été reconstruit tardivement (XIVe-XVe siècle ?), qu'un édifice important a étéconstruit entre 1200 et 1220 et qu'au moins une église existait avant, puisque les frères arrivent à Grandmont en 1124. L’étude du mobilier lapidaire tend à confirmer l’existence d’un chantier très important dans le courant du XIIIe siècle. Par ailleurs, elle montre que, dès avant la fin du XIIe siècle, les parties conventuelles présentaient un décor foisonnant assez comparable à celui rencontré dans les abbayes d’ordres réputés moins austères. Cette abbaye puissante a généré un habitat multiforme, dont l’étude se précise, et a anthropisé un vaste territoire afin de gérer au mieux les ressources naturelles et humaines. En 2015, les travaux se poursuivront en juillet, parallèlement à une opération subaquatique dirigée par Christophe Cloquier. (Philippe Racinet - source CAHMER)

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