Abbaye d'Aubazine

L'abbaye d'Aubazine fait partie des établissements monastiques qui

se rallièrent à l'ordre de Cîteaux, mais non sans tâtonnements, car il ne faut pas croire que le rayonnement cistercien se traduisit par un véritable courant annexioniste.

 

Elle était née d'une expérience érémitique, tentée en 1130 par le futur saint Etienne (dont on sait que le magnifique tombeau est conservé dans l'église d'Obazine) qui choisit un lieu solitaire mais cependant viable. Parallèlement, s'installa à proximité un établissement de femmes, le Coyroux, qui resta sous la dépendance directe d'Obazine, dont elle suivit le sort.


Un groupe important entoura bientôt Etienne, qui chercha alors à donner \ine règle à la communauté. Il pensa l'associer aux chartreux, puis envisagea, à, l'instar du monastère de Dalon, fondé près d'Excideuil par Géraud de Sales, d'adopter l'observance de Cîteaux sans s'affilier à l'ordre.
L'afiliation cistercienne fut enfin acquise en 1147.

 

La première pierre de l'église, typiquement cistercienne, fut posée en 1156. Elle était de dimensions considérables. Si la nef ne compte plus que trois travées, des sondages effectués ces dernières années ont permis d'établir qu'elle en comportait neuf, si bien que la longueur totale de l'église dépassait 80 mètres. 

Dès le temps de l'abbatiat d'Etienne, Obazine s'est donc préoccupé de constituer un important patrimoine et de donner un plein essor aux granges. Une politique méthodique d'acquisitions a été poursuivie à cet effet.  

Les moines d'Obazine ont donc créé tout un système économique « à l'intérieur duquel le caractère omplémentaire des activités des différents domaines garantissait le fonctionnement en circuit relativement fermé qui était la règle dans l'ordre cistercien ». Cette armature économique fut mise en place dès le xne siècle et garda toute sa puissance au siècle suivant, au cours duquel le patrimoine s'accrut encore. On entreprit alors d'importants travaux à Obazine même et on reconstruisit sans doute l'église de moniales du Coyroux. C'est en 1279 que le corps d'Etienne, inhumé dans la salle capitulaire, fut transféré dans l'abbatiale dans le tombeau dont on connaît la richesse sculpturale.

(Source - Bernadette Barrière, L'abbaye cistercienne d'Obazine en Bas-Limousin. Les origines, le patrimoine / Henri Paul Eydoux article Persée)

Le monastère de Coyroux

 

Monastère de moniales fondé en 1142 par Etienne d'Aubazine dans l'immédiate proximité (500 mètres) de son abbaye d'hommes, Coyroux, implanté dans un fond de vallon, ne laisse apparaître aujourd'hui que les murs ruinés de l'église remaniée au XIIIe siècle ; quant aux bâtiments monastiques, ils ont été rasés depuis la Révolution. 

L'ensemble des monastères d'Aubazine et de Coyroux fut affilié à l'ordre cistercien en 1147. La fouille, entreprise en 1979 par le Centre de recherches historiques et archéologiques médiévales de l'Université de Limoges, a le triple intérêt de permettre l'étude d'un établissement féminin dans l'esprit réformateur du XIIème siècle, de soulever, par comparaison avec le monastère masculin, le délicat problème des monastères doubles, d'apporter des informations nouvelles sur les techniques touchant aux travaux hydrauliques, aux aménagements de site, à l'adaptation au milieu naturel.

Les travaux entrepris par Mlle Bernadette Barrière et son équipe ont permis de dégager un certain nombre de résultats majeurs :

  • Le site a été construit aux dépens de la rivière. En effet, le cours d'eau du Coyroux a été repoussé hors de son lit naturel et l'espace occupé par l'église et les bâtiments monastiques est une sorte de terrasse construite à l'emplacement de l'ancien lit. 

  • Le remblai, fait de blocs rocheux et retenu par des murs de soutènement, est organisé et pris dans un réseau orthogonal de blocs soigneusement alignés et calés ; la terrasse ainsi aménagée surplombe la rivière de 4 mètres et offre une superficie habitable d'un demi-hectare, ce qui est modeste pour un effectif de 150 moniales attesté à la fin du xne siècle. Le monastère primitif, qui fut «ancré » dans cette terrasse artificielle, obéissait au plan monastique classique : un cloître carré, dont la galerie septentrionale appuyée à l'église était dallée de grès ; les autres galeries étaient dallées de gneiss. Des observations diverses (trous de boulin, arrachements dans le mur sud de l'église, fondations retrouvées au sud-est) permettent d'affirmer que le cloître n'était pas voûté de pierres mais seulement recouvert d'une charpente et que la galerie orientale, en partie disparue, s'appuyait à un bâtiment lui aussi très endommagé et non reconstruit.

  • A l'extrémité méridionale de ce bâtiment rasé, un bâtiment tardif, probablement à usage de fournil, doté d'un pavage de petites pierres a été dégagé. Au-delà de la galerie sud du cloître, les fouilles ont mis au jour, dans le prolongement l'un de l'autre, un petit et un grand bâtiment qui devaient correspondre au chauffoir et au réfectoire. Les fondations des murs goutterots de ce bâtiment méridional ont été édifiées en même temps que la terrasse. Le réfectoire, de 8m80 de largeur intérieure, était très probablement organisé en deux nefs longitudinales séparées par un alignement de piliers portant la charpente.

  • Au centre du cloître se trouvent les traces d'un bassin primitif et d'une grosse canalisation d'évacuation se dirigeant vers le Coyroux. La rivière, sujette à des crues violentes, n'a pas cessé au cours des siècles de vouloir reconquérir son lit naturel, obligeant les moniales à une lutte et une adaptation constantes. Les principales modifications apportées au plan initial à la fin ou Moyen Age, rejettent vers l'ouest, zone plus salubre et moins vulnérable, l'ensemble de l'habitat jusqu'alors réparti autour des quatre galeries du cloître.

 

La galerie septentrionale, appuyée à l'église, est conservée, mais prolongée, tandis que la galerie occidentale s'appuie sur un bâtiment à étages de la fin du xve siècle dont l'escalier en vis de 3m60 de diamètre a été retrouvé. Cet escalier contraste avec les autres bâtiments dégagés, puisqu'il est fait de belles marches de grès bien taillées. A cette même période de réadaptation, il faut ajouter les deux bassins qui ont pris le relais du bassin central primitif. Un petit jardin d'agrément, avec fond dallé, se déverse dans une grande citerne maçonnée, dépourvue de fond. La fouille de ces bassins a permis la mise au jour de beaux tessons de céramiques des XVIème, XVIIème, XVIIIème siècles.

 

Les résultats obtenus permettent de souligner l'apparente contradiction entre le gigantesque travail de construction d'un site monastique dans la meilleure tradition des « moines bâtisseurs » et la relative médiocrité de l'habitat monastique qui y fut implanté.

Ce monastère féminin du XIIème siècle, remanié à la fin du Moyen Age, présente l'originalité de combiner les normes classiques du plan monastique et les techniques habituelles de construction locale peu soucieuses de pérennité. A la différence du monastère d'hommes édifié au même moment et à la même initiative, dans un site aéré et dominant, avec un grès de qualité amené de plusieurs kilomètres, se prêtant à la taille la plus parfaite et ayant bénéficié de solides joints au mortier de chaux, le monastère de femmes est établi dans un site encaissé et périodiquement menacé par les crues de la rivière ; ses constructions utilisent le matériau du site même : un gneiss résistant, mais qui ne permet qu'un appareil irrégulier et grossier; en outre, et surtout, toutes les maçcnneries, à l'exception de l'église et de l'escalier de la fin du xve siècle, sont jointoyées à la terre : cette médiocrité de construction étonne beaucoup dans un contexte cistercien.

(Source -Corrèze, Aubazine : monastère de Coyroux / Jean-Michel Desbordes article Persée)
 

Au XIIe siècle, il n’existe que 4 monastères féminins en Limousin dont celui du Coyroux installé le 16 Avril 1142, jour de la fête des Rameaux, où la communauté d’hommes devint communauté monastique et où Etienne devint abbé de ce monastère double.

Il obtient l'affiliation de l'abbaye à l'ordre de Cîteaux en 1147, après avoir soutenu la création d'un monastère de femmes au Coyroux. Étienne donne l'assurance au Chapitre Général de Cîteaux de soumission du monastère de religieuses et la visite des abbés de Cîteaux, de La Cour-Dieu et de Bellaigue. Cette affiliation demandent des adaptations pendant les années 1147-1149. Elles consistent en une mise en conformité du monastère avec les institutions cisterciennes, qui se concrétisa notamment par l'envoi d'instructeurs de Citeaux, deux moines et trois convers "forts experts chacun en son métier". Dans le même temps, les livres liturgiques de l'abbaye furent révisés et réajustés. Une nouvelle image architecturale devait répondre à cette nouvelle identité monastique.

Il fut préconisé de transférer le monastère en contrebas dans la callée de la Corrèze, mais l'attachement de la communauté au site d'origine et, sans doute, la proximité du monastère de Coyroux firent que l'on choisit de construire le nouveau monastère non loin du précédent, un peu plus au nord.

Même si l'auteur de la Vita ne le précise pas, c'est au cours de cette même période que furent entrepris les travaux du canal des moines, nécessaire aux besoins d'une communauté comptant une centaine de moines et autant de convers. Le caractère hautement technique de cette construction laisse présumer que l'entreprise fut conçue et réalisée par des spécialistes venus de Citeaux.

 

La première pierre de l'église abbatiale a été posée et bénie « le vendredi d'avant les Rameaux 1156 » à proximité de l'ancien monastère en présence de l'évêque de Limoges Gérald du Cher. Le nombre de moines ne cessant pas de croître, l'abbaye fait plusieurs fondations

 

Étienne meurt dans l'abbaye de Bonnaigue, l'une de ses abbayes-filles en 1159. De 1159 à 1190, un moine de l'abbaye d'Obazine rédige la vie d'Étienne. En 1176, l'église abbatiale est consacrée par Guarin de Gallardon, archevêque de Bourges. Une inscription dans une chapelle donnait une date de consécration de l'autel en 1176. Une autre, refaite au XIXe siècle, précisait que la dédicace de l'autel avait été fait par Guarin de Gallardon, archevêque de Bourges et Gérald, évêque de Limoges. Vers 1280, les restes d'Étienne d'Obazine sont transférés de l'abbaye de Bonnaigue, au croisillon Sud de l'église abbatiale d'Aubazine et son tombeau est érigé.

 

(Source - Wikipedia)

 Monastère de Coyroux. – Monastère de moniales fondé en 1112 par Étienne d’Obazine dans l’immédiate proximité (500 m) de son abbaye d’hommes, au débouché de la gorge du Coyroux. L’ensemble, exceptionnellement, fut affilié à l’ordre cistercien dès 1147. La fouille, entreprise en 1979 par le Centre de Recherches historiques et archéologiques médiévales de l’Université de Limoges, a le triple intérêt de permettre l’étude d’un établissement féminin dans l’esprit réformateur du XIIe s., de soulever, par comparaison avec le monastère masculin, le délicat problème des monastères doubles, d’apporter des informations nouvelles sur les techniques touchant aux travaux hydrauliques, aux aménagements de site, à l’adaptation plus ou moins réussie au milieu naturel.


Au cours de l’année 1981, ont pu être dégagés les résultats majeurs des campagnes précédentes  : Le site a été construit aux dépens de la rivière. Le remblai, fait de blocs rocheux et retenu par des murs de soutènement, est organisé et pris dans un réseau orthogonal de blocs soigneusement alignés et calés ; la terrasse ainsi aménagée surplombe la rivière de 4 m et offre une superficie habitable d’un demi-hectare, ce qui est modeste eu égard à l’effectif de 150 moniales attesté à la fin du XIIe s. Le monastère primitif, qui fut « ancré » dans cette terrasse artificielle, obéissait au plan monastique classique.


La rivière, sujette à des crues violentes, n’a pas cessé au cours des siècles de vouloir reconquérir son lit naturel, obligeant les moniales à une lutte et à une adaptation constantes. La fouille a permis de mettre en évidence de nombreuses traces de l’action destructrice de la rivière, ainsi que les principales modifications qui, apportées au plan initial à partir de la fin de l’époque médiévale, rejettent vers l’ouest, zone plus salubre et moins vulnérable, l’ensemble de l’habitat jusqu’alors réparti autour des quatre galeries du cloitre.


À la différence du monastère d’hommes, édifié an même moment et à la même initiative, dans un site aéré et dominant, avec un matériau de qualité amené de plusieurs kilomètres, le grès, se prêtant à la taille la plus parfaite, et ayant bénéficié de solides joints au mortier de chaux, le monastère de femmes est établi dans un site encaissé et, on l’a vu, périodiquement menacé par les crues de la rivière ; ses constructions utilisent le matériau du site même : un gneiss résistant, mais qui ne permet qu’un appareil irrégulier et grossier ; en outre, et surtout, toutes les maçonneries, à l’exception de celles de l’église, sont jointoyées à la terre ; en résumé, une certaine médiocrité de construction qui étonne beaucoup dans un contexte cistercien.


La campagne d’intervention 1981 a porté essentiellement sur le secteur méridional jusque là peu exploré, au-delà de la galerie sud du cloître. Les structures découvertes permettent d’attester l’existence, dans le prolongement l’une de l’autre, d’une petite et d’une grande bâtisses qui devaient correspondre au chauffoir et au réfectoire primitifs. Les fondations des murs gouttereaux de ce bâtiment méridional ont été édifiées en même temps que la terrasse était construite, c’est dire qu’elles plongent très profondément dans le bâti de ladite terrasse et qu’elles sont très puissantes. Le réfectoire, de 8,80 m de largeur intérieure, était très probablement organisé en deux nefs longitudinales séparées par un alignement de piliers portant la charpente ; divers indices convergents semblent l’attester.


Mais, vers l’angle S.-E. où l’on côtoie la berge, on a pu observer, tout comme dans le secteur oriental étudié en 1980, les reconstructions et renforts hâtifs consécutifs aux destructions opérées par la rivière, et dont la chronologie n’est pas toujours aisée à démêler. Le bâtiment méridional aurait été abandonné, comme le bâtiment oriental, lors des remaniements du XVIIe s.
Sans doute convient-il de considérer ce monastère féminin du XIIe s. comme un type d’établissement présentant l’originalité de combiner les normes classiques du plan monastique et les techniques de construction ordinaires locales peu soucieuses de pérennité.

 

( Source  : Revue Archéologique Médiévale  / Responsable de la fouille : Bernadette Barrière)

Pour plus d'info ...

L'ARMOIRE LITURGIQUE DU XIIème : le plus ancien meuble de France ...

 

L’église d’Aubazine possède une armoire liturgique considérée comme la plus ancienne armoire conservée en Europe puisqu’elle est datée de la seconde moitié du XIIe siècle ou du début du XIIIe siècle. 

 

Il s’agit d’une conditoria, c’est-à-dire une armoire que l’on retrouve dans les lieux de culte, près de l’autel et dans laquelle l’on déposait des objets liturgiques tels que le Saint Sacrement, des vases ou des objets sacrés, les saintes huiles ou encore des reliques. L’armoire d’Aubazine est construite comme un coffre en bâti épais dont le maintien des panneaux est assuré par des éléments de fer forgé. Elle a été réalisée en chêne dont l’emploi, presque exclusif au Moyen Âge, est une des caractéristiques dominantes de cette période. Sa décoration est d’inspiration architecturale : les pentures métalliques des battants rappellent celles des portes principales des églises. Elle présente quelques similitudes avec les volets d’un placard encastré dans le mur du croisillon nord de l’église d’Aubazine, lequel daterait du début du XIIème siècle. Les baies géminées plaquées sur les côtés du meuble, les colonnettes sur les angles des montants, les dents de scie sur le rebord supérieur de la corniche sont également des motifs architecturaux qui figurent dans l’église. La corniche présente des traces de peinture rouge et la bordure des serrures est marquée par des vestiges de dorure, ce qui indique que cette armoire était autrefois polychrome. Cela est d’ailleurs attesté par le fait que les deux autres armoires anciennes qui nous sont par venues de la fin du XIIIe siècle, conservées dans les cathédrales Notre-Dame de Bayeux et Notre-Dame de Noyon, sont peintes.


La façade était parcourue de trois rangées de gros clous décoratifs et de bandes de laiton fixées par de fines pointes, aujourd’hui disparus. Les serrures qui bloquent les loquets ornés de tête d’animaux sont d’origine. Au XVIIe siècle, des évents ont été percés sur les côtés. En 1891 l’armoire d’Aubazine est classée au titre des monuments historiques, elle est parmi les meubles les plus anciennement protégés en France. Elle est dans un état de conservation remarquable et demeure le plus ancien meuble liturgique de France mais aussi de la chrétienté.


En 1960 l’armoire est nettoyée et les parties inférieures sont restaurées. En effet, les pieds étaient en mauvais état et vermoulus. C’est peut-être à ce moment que fut fabriqué le cadre en bois sur lequel reposent les pieds de l’armoire. En 1982 une seconde intervention s’attache à la restauration des bases et des traverses basses du côté droit ainsi qu’à la restitution de certaines des huit colonnettes.

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LE CANAL DES MOINES

 

C'est un ouvrage d’art et de technique exceptionnels, unique en Europe dans sa conception et sa hardiesse ; il est classé au titre des Monuments historiques depuis 1966.

  • Épousant tous les contours du versant rocheux et escarpé de la vallée du Coyroux, ce canal constitue un vrai défi et témoigne de la grande audace des moines pour contourner les obstacles naturels et enjamber les précipices.

  • Ses caractéristiques techniques : la section qui est accrochée au versant fait 1500 m de long, avec une pente à 0,5%. Le canal lui même et la chaussée-chemin-digue qui le longe et constitue sa berge aval sont retenus par des murs de soutènement relativement épais et talutés, naguère étanches. Certaines parties dominent des à-pics de plus de 40 m.

  • A la Révolution, les monastères et leurs possessions furent vendus, mais le village, depuis ce temps, continue à jouir de l’eau du canal, et nombre de parcelles bénéficient de prises d’eau. La nécessité pour la communauté d’entretenir ce monument fragile se fit rapidement sentir.

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LE TOMBEAU DE SAINT ETIENNE D'OBAZINE DU XIIIème

 

Il est en calcaire oolithique ciselé, surmonté du gisant du moine fondateur grandeur nature ; le monument funéraire a été offert par le roi Louis IX.

 

Tombeau en forme d'édifice surmonté d'un toit à deux rampants sculptés en demi-relief ; les pignons sont travaillés de la même manière ; quatre dalles de calcaire composent le toit, celle du rampant sud se termine en crête ; les montants sont également composés de quatre dalles, ils sont repercés d'arcatures ; l'ensemble repose sur un piédestal constitué par dix blocs de calcaire moulurés, prolongé par une base en granite.

 

Rampant nord : le registre est rythmé par six arcatures sous lesquelles s'inscrivent de gauche à droite : la Vierge à l'Enfant, saint Etienne d'Obazine avec des moines, des moines des abbayes filles, des frères convers (barbus), des moniales et des paysans ; rampant sud : on retrouve les mêmes groupes de personnages après la Résurrection des morts, certains sortent de tombeaux ; les crêtes sont ornées de feuilles de marronnier ; dans les écoinçons au-dessus des arcatures sont figurés des anges à mi-corps ; le pignon ouest est décoré d'oiseaux mangeant des glands sur un chêne, entre deux arbustes ; le pignon oriental représente un cep de vigne dont les fruits sont becquetés par des oiseaux ; chaque face du monument est sculptée de six arcatures à baie géminée et à remplage tréflé, les côtés en comportent deux ; les écoinçons sont décorés de feuilles, d'oiseaux et d'un masque à l'est.

 

(Source - Congrès archéologiques de 2005 / Monuments de la Corrèze)

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Le Lavabo-Vasque de l'abbaye a un diamètre de 2,40m et comporte vingt orifices d'écoulement. Ce bassin monolithe date de 1140 comme l'atteste ce texte de la vie d'Etienne - Vita Stephani Obenzinensis :

"Etienne fit constuire une élégante fontaine. Pour cela on fit venir une pierre d'un poids énorme, que trente paires de boeufs avaient peine à mouvoirL Le trajet de près d'un mille se fit à travers d'un paysageécarté et pénible à parcourir, en un effort aussi remarquable que rude. Une importante troupe de boeufs et de paysans avaient été rassemblés. Mais Dieu voulut démontrer que les forces humaines n'étaient rien sans son aide. Cette pierre fut donc transportée avec difficulté quand le terrain était plat et où cela semblait facile. En revanche, dès qu'il fallut, à cause des contraintes de l'itinéraire, escalader des montagnes abruptes, le convoi se mit à avancer avec tant de facilités que si l'on n'avait pas vu les montagnes, on aurait pû penser que l'oin desc endait, alors que l'on était en train de monter. C'est que le saint homme était alorsarrivé : après avoir tracé un signe de croix et invoqué le nom du Christ, il se mit aussitôt à seconder de toutes ses forces l'attelage et avec l'aide de Dieu , à le secourir grandement. Cette pierre arrivée à destination fut convenablement taillée et creusée".

(Source - Bernardette BARRIERE "Moines et aventure cistercienne en Limousin"

ARCHITECTURE CISTERCIENNE d'AUBAZINE

 

L'église commencée en 1156 eut une chapelle consacrée en 1176 et s'acheva ainsi que les bâtiments conventuels avant 1190. Trois des six travées de la nef furent démolies en 1731.

 

De tous les édifices cisterciens de la province, c'est le seul resté debout. Il adapte les usages de l'Ordre au style régional.  L'abside polygonale à cul-de-four fait saillie sur le mur droit du transept qui dissimule de chaque côté trois chapelles carrées voûtées en berceau brisé. Plus basse que la travée qui la précède, elle est surmontée d'un triplet et percée de trois fenêtres limousines.


Sur la croisée se trouve une coupole à pendentifs courbes. La nef est en berceau brisé sur doubleaux comme le transpet, épaulée et éclairée par les collatéraux à voûtes d'arêtes, arcades brisées à deux rouleaux, piles carrées à quatre demi-colonnes, celle vers la nef arrêtée sur culot.

 

La beauté des proportions, l'exécution chatiée, réalisent dans le granit le meilleur de l'esthétique cistercienne.

 

Au donf du croisillon nord, se trouvent un oculus à voussures et tores, l'escalier du dortoir et la porte de la sacritie qui est une ancienne chapelle en berceau avec abside polygonale.

 

L'extérieur beau de sa simplicité est rythmé de contrforts droits à la nef et aux angles du transept. Les masses étagées du chevet sont dominées à la croisée par un court clocher octogonal avec baies géminées en arc brisé et arcature sur colonne d'angle.

 

La salle capitulaire, aux baies en plein cintre géminées sur colonnettes à chapiteaux lisses, est voûtée d'arêtes portées par deux colonnes.

 

(Source - Limousin roman / Editions Zodiaque)

Le cartulaire fournit des informations sur la constitution du temporel d'Obazine et sur les structures économiques et sociales limousines. On notera que la disparition des dons sans contrepartie débute plus tôt que dans d'autres régions; leur déclin commence en effet dès 1150, et leur disparition est totale à partir des années 1320-1330.

C'est également vers 1150 que le réseau des granges prend sa forme définitive, avec vingt-cinq granges réparties dans les diocèses de Limoges, Cahors, Clermont, Angoulême et Saintes, mais principalement dans le bas Limousin et le haut Querçy. Ces granges constituent des exploitations agricoles polyvalentes mais largement céréalières. Trois d'entre elles, très éloignées, sont toutefois fortement spécialisées, une grange vignoble, une grange à sel et une grange fromagère ; le rôle important qu'elles jouent dans la diversification des revenus de l'abbaye explique qu'aient été transgressées, dans leur cas, les directives cisterciennes sur la distance maximale entre l'abbaye et ses granges. L'interdiction cistercienne de posséder dîmes, rentes et églises est en revanche respectée, au moins au début.

Pour l'historien de l'ordre cistercien, le cartulaire d'Obazine ne se révèle pas non plus sans intérêt, à cause des circonstances dans lesquelles l'abbaye d'Obazine est entrée dans l'ordre de Cîteaux. En effet, la fondation d'Obazine constitue à ses débuts une expérience monastique autonome, commencée avant 1127 par un ermitage collectif de prêtres et de clercs. Le fondateur, Etienne d'Obazine,

rechercha ensuite auprès de plusieurs ordres déjà existants un modèle monastique, avant que son abbaye ne soit acceptée dans l'ordre de Cîteaux en 1147. Cette intégration apportait un élément nouveau à la réflexion cistercienne sur la place des
monastères féminins dans l'ordre; Etienne d'Obazine avait en effet établi à quelques centaines de mètres seulement d'Obazine le monastère de femmes de Coyroux qui était entièrement pris en charge tant spirituellement que matériellement par les frères d'Obazine. C'est ainsi que le cartulaire regroupe, étroitement imbriqués les actes concernant le temporel possédé du chef de l'un comme de l'autre établissement, mais dont la gestion incombait au seul monastère d'hommes. 

(Source -Le cartulaire de l'abbaye cistercienne d'Obazine (XIIe-XIIIe siècles), publié par Bernadette Barrière - Béatrice Poulle article Persée)

Bien que très restaurées ces quatre grisailles sont justement célèbres car elles sont l'un des rares ensembles de vitraux cisterciens conservés de la période romane. Conformément aux règlements édictés dès 1152 par le Chapitre Général interdisant toute couleur ou figuration sur les vitraux, ils sont en verre blanc et chaque fenêtre abrite un décor d'entrelacs ou de palmettes ordonnés en de rigoureuses composiitions.

 

Ces motifs végétaux ou abstraits relèvent d'un répertoire commun aux abbatiales des moines blancs, que l'on retrouve à la fin du XIIème siècle dans les vitraux de Bonlieu, de la Bénisson-Dieu et aux siècle suivant dans ceux d'Eberbach mais encore sur des carreaux de pavement. Si cette similitude suggère la circulation de carnets de modèles, elle témoigne également de lexistence d'une même esthétique abstraite qui lui confère une grande unité aux réalisations des moines blancs.

 

(Source - Congrès archéologiques de 2005 / Monuments de la Corrèze)

 

LES VITRAUX ET GRISAILLES : Le nombre de vitraux cisterciens parvenus juqu'à nous est extrêment réduit. Les cisterciens ont fait le choix de la sobriété et de l'austérité décoratives qui les a poussé à une véritable recherche de l'esthétique abstraite.

 

L'église cistercienne d'Aubazine conserve quatre de ses vitraux en grisaille, l'un deux équipe la baie occidentale du bras du transept nord, las trois autres se trouvent dans le mur gouttereau nord de la nef, aux baies des trois travées subsistantes. Chacune des baies propose, cernée par une bordure travaillée, un dessin différent fait de palmettes, d'entrelacs de cercles ou de croisillons sur fond de palmettes, témoignant d'une grande maîtrise dans la représentation de l'entrelac et du cordage.

 

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