Abbaye de Lubersac

Sur la foi d'une charte de 1093 appartenant au cartulaire de Cluny, on a longtemps considéré l'église de Lubersac comme un prieuré de cette abbaye. Il revient  à Jean-Pierre Boucher d'avoir récemment établi qu'en fait cet acte ne concerne pas Lubersac, mais Lurcy-le-Bourg en Nivernais.

 

En revanche, il est bien établi que Lubersac a entretenu quelques liens avec la grande abbaye bourguignonne durant le premier quart du XIIème siècle.  Vers 1121 se tient à Lubersac une importante réunion concernant les possessions de Cluny en Auvergne, avec le jugement du légat Gérard d'Angoulême.

Cette remise en cause de l'appartenance de l'appartenance de l'église de Lubersac pose également la question du vocable primitif des saints Gervais et Protais qui lui était attribué dans la charte de 1093. En fait, il faut attendre 1171 pour trouver une mention fiable du patronage de l'église. C'est une charte du cartulaire d'Uzerche, datée de 1171, où l'église est dénommée Saint-Etienne alors que le cartulaire de Cluny citait les saints Gervais et Protais.

 

(Source - E. PROUST / La sculpture romane en Bas-Limousin)

 

Architecture de l'église de Lubersac

 

Telle que l'on peut l'observer de nos jours, l'église Saint-Etienne de Lubersac présente une abside et deux absidioles greffées sur un transept à trois vaisseaux. Celle-ci apparaît conçue selon deux partis bien différents : d'ouest en est, deux longues travées puis deux autres beaucoup plus courtes, dont la première est dominée par un clocher.

 

Les deux travées orientales de la nef datées de la fin du XIème constituent la partie la plus ancienne de l'église. Le vaisseau, d'une faible élévation, est voûté en berceau brisé, et flanqué de collatéraux couverts d'un demi-berceau. Arcs séparatifs à double rouleau, retombant sur des pilastres ; imposte décorée d'un cartouche, parfois gravé d'un motif de dents de scie. L'arc débouchant sur la croisée du transept est reçu par des colonnes à gros chapiteaux, sculptés en faible relief.

 

La partie terminale de l'église (transept, choeur et absides parallèles) marque une nette évolution. Les volumes et l'élévation sont plus importants, le décor sculpté abondant et d'une grande finesse d'exécution. Le transept, deux fois large que la nef, a reçu des voûtes gothiques. Ses bras logent des chapelles orientées, à demi-ruinées et restaurées à la fin du XVIIIe siècle. L'arcature qui revêtait leurs parois, à l'intérieur comme à l'extérieur, nous est parvenue mutilée. L'abside principale, dans le prolongement de la nef, est construite sur le même plan pentagonal, et a conservé l'intégralité de son arcature. Elle est précédée par une travée formant le choeur, dont les murs sont soulagés là encore par une suite d'arcs de décharge.

 

Pour expliquer toutes les particularités de la nef, il faut semble-t-il envisager l'hypothèse d'un premier édifice seulement charpenté, qui aurait comporté un transept de quelques 6m de large et 26m de long, une nef unique de 10m de largeur dans l'oeuvre et des parties orientales dont on ne peut savoir aujourd'hui comment elles étaient composées.

 

Ce premier édifice a dû subir d'importantes transformations, en deux étapes. Durant la deuxième moitié du XIème siècle, il fut décidé de voûter la nef et de construire un clocher. Comme on ne voulait pas implanter ce clocher sur la travée qui jouxte le transpept, zone fragile, on le plaça plus à l'ouest, au dessus d'énormes piles, en sacrifiant quelques peu la nef. Un peu plus tard, une seconde étape, bien datée, grâce à sa sculpture, de la première moitié du XIIème siècle, permit de refaire complètement le choeur, ainsi que les murs orientaux et la façade méridionale du transept. A l'intérieur de ces deux campagnes, les différences que l'on peut obeserver dans les éléments mis en oeuvre permettent d'envisager avec plus de précision la marche des travaux.

 

(Source - Monuments de Corrèze / Congrès Archéologique de France / Evelyne PROUST)

            The first church was built in 950. It was dedicated to Saint Gervais and Saint Protais. During the 12th century, the church takes the name of the Saint Etienne.

 

It was plundered at the end of this century and rebuilt at the beginning of the 13th. During the 14th century, the nave was extended with 2 aisles. The Saint Etienne church was designated as an historic monument in 1910. Outside, 3 of the 4 capitals illustrate the history of Saint Etienne (the stoning, the discovery of the body and the relics translation). Inside, other capital series (mid-12th century) trace the life of Jesus from the Annunciation until the Cross. The oldest capital dates from the 11th century : it represents the bear hunting. The Southern portal, Romanic style, is decorated with Mozarabic carvings.

 

The restoration of the church (1999 to 2001) enabled to discover a wonderful painted frescoes.Conservators renovated the frescoes, keeping a testimony of each century. In Northern and Southern chapels, paintings are fairly recent (18th, 19th and 20th centuries). Northern side and transept show works ranging from the 14th till the 19th centuries. At the separation of the transept and the Southern side, the oldest frescoes dates from the 13th century and represents St. Leonard releasing a prisoner. In the choir, 4 signed Puccini paintings date from 1841. They represent Saint Jerome, Saint Martial, Saint Peter and Saint Hilaire.

1/14

Les chapiteaux romans  de Lubersac

 

Avec vingt-trois chapiteaux en place et deux déposés dans l'absidiole nord, auxquels il faut rajouter les redents du portails sud, l'église de Lubersac renferme un des plus importants décors sculptés romans du Limousin.

Mis à part un chpiteau du XIème les autres datent du XIIème. Ces derniers composent les arcs d'entrée du choeur et des absides, ainsi que les arcades qui constituent l'essentiel du décor de ces chapelles tant à l'intérieur qu'à l'extérieur. Leur style est très homogène, ne permettant pas d'y distinguer nettement plusieurs groupes, une répartition peut se faire suivant les ornements et les thèmes des décors. Lors de la récente campagne de restauration des restes significatifs de polychromie médiévale, ocre, jaune, rouge, vert, ont été retrouvés sur ces chapiteaux.

 

Quatre chapiteaux présentent un décor végétal couvrant uniquement décoratif. Les corbeilles montrent un même type de rinceau aux tiges épaisses, fortement nervées, dessinant de nombreuses boucles. Il s'épanouit en feuilles à plusieurs folioles taillées en biseau, creusées en leur centre. Outre la grande vigueur de ce feuillage, un autre caractère de ce décor est sa relative symétrie par rapport à l'axe du chapiteau.

 

 

(Source - E. PROUST / La sculpture romane en Bas-Limousin)

 

Chapiteau végétal avec une scène de chasse

Parmi les chapiteaux historiés, le cycle de l'enfance du Christ est particulièrement bien représenté puisqu'il occupe sept corbeilles, toutes situées à l'intérieur de l'édifice.

 

Dans la scène de l'Annonciation, l'ange, tenant son bâton de messager et pointant son doigt vers le ciel, s'approche de la Vierge par la droite. Marie, coiffée d'un haut voile, est assise sur un fauteuil en bois tourné. D'un geste ample, encore renforcé par la disproportion de ses mains, elle présente ses paumes écartées en signe de bienvenue. Le dessin tourmenté des plis ondulants de sa tunique est peut-être là pour souligner davantage l'effet de surprise qui se lit sur son visage. Derrière la Vierge, une autre femme (probablement une servante), debout, file en tenant un fuseau dans la main gauche et une quenouille dans la droite. Elle porte sur sa tête le même type de voile que Marie.

 

(Source - E. PROUST / La sculpture romane en Bas-Limousin)

 

L'annonciation à Marie est relatée dans l'évangile selon Luc chapitre 1, 26-382. « Au sixième mois, l'ange Gabriel fut envoyé par Dieu dans une ville de Galilée appelée Nazareth, vers une vierge, qui était fiancée à un homme de la maison de David, nommé Joseph ; et le nom de la vierge était Marie. » [...] « L'ange salue la Vierge : " Salut, pleine de grâce ! " [...] " Le Seigneur est avec vous ". »[...] « L'ange lui dit : " Ne craignez point, Marie, car vous avez trouvé grâce devant Dieu. Voici que vous concevrez, et vous enfanterez un fils, et vous lui donnerez le nom de Jésus. Il sera grand et sera appelé fils du Très-Haut ; le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père ; il règnera éternellement sur la maison de Jacob, et son règne n'aura point de fin. "Marie dit à l'ange : " Comment cela sera-t-il, puisque je ne connais point l'homme? "L'ange lui répondit : " L'Esprit-Saint viendra sur vous, et la vertu du Très-Haut vous couvrira de son ombre. C'est pourquoi l'être saint qui naîtra sera appelé Fils de Dieu. »

 

Autre scène historiée du cycle de l'enfance du Christ, le chapiteau de la Nativité et l'Adoration des mages qui occupent la même corbeille. Sur la face principale prend place la scène de la crèche. Marie alitée, la tête sur un oreiller, est représentée dans sa partie inférieure. Au-dessus, son enfant est surmonté d'un petit édicule à fronton triangulaire, dans lequel ont été placés le boeuf et l'âne. Sur la face latérale gauche sont figurés les trois mages. Chacun d'eux offre un objet arrondi à jésus. Derrière Marie, dont il soutient de ses mains l'oreiller, Joseph est assis sur un fauteuil en bois tourné.

 

(Source - E. PROUST / La sculpture romane en Bas-Limousin)

 

« En ces jours-là, parut un édit de l'empereur Auguste, ordonnant de recenser toute la terre — ce premier recensement eut lieu lorsque Quirinius était gouverneur de Syrie. — Et chacun allait se faire inscrire dans sa ville d'origine. Joseph, lui aussi, quitta la ville de Nazareth en Galilée, pour monter en Judée, à la ville de David, appelée Bethléem, car il était de la maison et de la descendance de David. Il venait se faire inscrire avec Marie, son épouse, qui était enceinte. Or, pendant qu'ils étaient là, arrivèrent les jours où elle devait enfanter. Et elle mit au monde son fils premier-né ; elle l'emmaillota et le coucha dans une mangeoire, car il n'y avait pas de place pour eux dans la salle commune. » Évangile selon Luc 2,1-7

Autre scène historiée, le cycle de la Passion est représenté par deux corbeilles. Situées dans une position significative, à l'arc triomphal, elles comptent parmi les plu remarquables de l'édifice.

 

La Crucifixion. Le Christ dont les jambes manquent, est cloué sur une croix qui occupe toute la face principale et que le sculpteur a soignée particulièrement, d'une part en la bordant d'une frise ornée de motifs creux, et de trous au trépan qui veulent évoquer l'orfèvrerie, d'autre par en faisant figurer aux extrémités des bras latéraux le soleil et la lune. De chaque côté et de manière symétrique sont représentés, tous deux jambes fléchies, à gauche le porte-lance et à droite le porte-éponge. Ce dernier tient un seau et va tête nue alors que le porte-lance a un long bonnet pointu et côtelé. Sur la face latérale gauche du chapiteau, la Vierge, en pied, soutient de son bras droit le gauche sur lequel repose sa tête en signe d'affliction. Symétriquement, sur la face latérale droite, Jean l'Evangéliste, dans la même posture affligée que Marie serre contre lui un livre.

 

(Source - E. PROUST / La sculpture romane en Bas-Limousin)

 

Près de la croix de Jésus se tenaient sa mère, la soeur de sa mère, Marie la femme de Clopas et Marie de Magdala.  Jésus vit sa mère et, près d'elle, le disciple qu'il aimait. Il dit à sa mère: «Femme, voici ton fils.»  Puis il dit au disciple: «Voici ta mère.» Dès ce moment-là, le disciple la prit chez lui.  Après cela, Jésus, qui savait que tout était déjà accompli, dit, afin que l'Ecriture se réalise pleinement: «J'ai soif.»  Il y avait là un vase plein de vinaigre. Les soldats en remplirent une éponge, la fixèrent à une branche d'hysope et l'approchèrent de sa bouche.  Quand Jésus eut pris le vinaigre, il dit: «Tout est accompli.» Puis il baissa la tête et rendit l'esprit.

Show More

Les peintures murales de l'église de Lubersac

 

De 1999 à 2002, une vaste campagne de restauration a été menée. C’est au cours de ces travaux qu’ont été dégagées et restaurées les splendides peintures murales que nous pouvons aujourd’hui admirer.

 

Ce sont non moins de huit couches successives de peintures qui ont été découvertes datant du XIIIème siècle jusqu’à nos jours, et qui témoignent de la richesse picturale de cette église au cours des siècles.

 

Sur l’arc sud de la croisée du transept, se trouve la plus ancienne peinture. C’est une fresque datant du 13ème siècle  et représentant Saint Léonard libérant un prisonnier enchaîné.

Le décor sculpté de l'église de Lubersac

 

Les vint-deux chapiteaux en place dans l'église Saint-Etienne de Lubersac, auxquels il faut ajouter deux corbeilles déposées, constituent le principal intérêt de cet édifice. Pour la plupart historiés, ils composent un ensemble remarquable dont l'iconographie s'articule essentiellement autour des thèmes de l'Enfance du Christ et de sa Passion. Ces deux cycles liturgiques qui renvoient aux fêtes de Noël et de Pâques sont fréquent dans le décor des églises romanes ; le programme de Lubersac fait cependant preuve de nombreuses originalités. Ainsi les deux scènes clés sont celle de la Crucifixion et la Descente de la croix qui se font face à l'entrée du choeur. Elles mettent l'accent sur la Redemption, rendue possible par l'Incarnation du Christ. D'ailleurs, la Crucifixion et la Nativité sont placées sur les faces opposées d'un même pilier.

 

Le décor est abondant dans le choeur et les chapelles orientées, sur les chapiteaux des arcs doubleaux ou des arcatures murales. Chapiteaux historiés, principalement consacrés au cycle de la vie du Christ.

La réalisation de ces sculptures laissent supposer d'une bonne connaissance de la patristie (commentaires de la Bible) :

1- Jésus parmi les docteurs

2- Jésus au temple

3- Saint Pierre et saint Paul

4- Chevauchée des mages

Choeur et abside :

5- Descente de croix

6- ?

7- Présentation au Temple

8- Chasse aux oiseaux (thème profane)

9- Annonciation

10- Deux saints martyrs, couronnés et portant la palme

11- Palmettes

12- Fuite en Egypte

13- Palmettes

14- Crucifixion

Chapelle du croisillon sud :

15- Nativité

16- Annonce aux bergers

Chevet :

17- Découverte du corps de saint Etienne

18- Translation du corps de saint Etienne

19- Martyre de saint Etienne, ou pèlerins attaqués par un bandit de grand chemin

20- Palmettes

 

Il est à noter que dans les représentation  de ces chapiteaux, l'artiste élimine toutes les auréoles. C'est une véritble liberté prise par le sculpteur très peu courante à cette époque dans les chapiteaux.

 

Fuite en Egypte

Saint Joseph, richement habillé, conduit par la bride un âne sur lequel la Sainte Vierge est assise, tenant l'enfant Jésus entre ses bras. Il ouvre en même temps une porte d'un gîte de la cité d'Héliopolis ... un autre personnage, une main appuyée sur le bât et l'autre sur le dos de l'âne protège la marche. (Un chapiteau similaire existe à Moissac)