Gisants émaillés

A la fin du XIIIème siècle, les ateliers de Limoges étaient spécialisés dans la production de tombeaux en cuivre émaillé et doré sur une âme de bois, monuments qui furent exportés dans l'Europe médiévale.

Sur la cinquantaine de tombeaux de cuivre et émaux attribués à Limoges recensés grâce aux sources, cinq ont survécu : celui de Mauricio (1238) Burgos ... ceux des enfants de Louis IX à St Denis, Blanche de Champagne au Louvre, Guillaume de Lusignan à Westminster à Londres. Des oeuvres qui se sont bien exportées souvent en pièces détachées et montées éventuellement sur place par un maître Limousin.

 

Un des autres tombeaux est celui du chevalier Roger de Brosse (1287), enterrré dans le choeur de l'abbaye cistercienne de Prébenoît en Marche Limousine. Il fut détruit pendant le Révolution et a  été partiellement redécouvert.

 

Géographiquement, l'aire de répartition des tombeaux en Oeuvre de Limoges est centrée sur l'Ouest de la France, élargie par les tombeaux anglais et espagnols, elle a ses points de plus grande concentration en Limousin, et dans les régions du Maine, de l'Anjou et de la Bretagne. Elle reste donc plus restreinte que l'aire de diffusion des émaux de Limoges, qui couvre à peu près toute l'Europe médiévale.

 

LES GISANTS EMAILLES TARDIFS

 

Assez curieusement, alors que l'apogée de l'Oeuvre de Limoges se situe à la fin du XIIème siècle et que la production devient standardisée au fil du XIIIème siècle, les somptueux tombeaux sont réalisés entre le milieu du XIIIème et le milieu du XIVème siècle. Ce décalage se comprend mieux si l'on songe que l'expansion du tombeau à gisant, apparu dès la fin du XIème siècle, ne se fait que dans le courant du XIIIème siècle.

 

Il tient aussi au fait que les émailleurs limousins n'ont commencé qu'au XIIIème siècle à produire des figures en relief, en fabricant d'abord des figures d'applique de modestes dimensions, qui ont précédé de quelques décennies les gisants de grandeur naturelle.

 

Enfin le succès durable de ces monuments a pu se reposer sur leur ornementation héraldique, à une époque où les armoiries se généralisent, l'émail est l'un des matériaux qui permet le mieux la reproduction de couleurs des armoiries, et les émailleurs limousins ont pu multiplier sur les tombeaux les écus armoriés, transcrivant de manière chatoyante les alliances et les généalogies des défunts.

 

(Source - Les émaux de Limoges au Moyen Age / Dossier de l'Art)

Tombeau d'Alix de Thouars (1221) et de Yolande de Bretagne (1272)

Aquarelle des albums de Gaignières

Cinq tombeaux émaillés conservés

 

Il s'agit des plaques émaillées de Jean et Blanche de France  (respectivement en 1248 et 1243), enfants de saint Louis morts en bas âge, de la gisante de Blanche de Champagne (1283), et de deux tombeaux encore à leur emplacement d'origine : celui de l'évêque dom Mauricio de Burgos (1238), dans le choeur de la cathédrale, et celui de Guillaume de Pembroke (1288), dans une chapelle de l'abbaye de Wesminster.

 

Ces cinq oeuvres ont subi des altérations plus ou moins graves. En revanche, près de vingt cinq autres monuments, soit disparus lors des guerres de religion, victimes des chanoines embellisseurs du XVIIIème siècle ou de la Révolution française, ne nous sont connus que par des sources anciennes. Comme souvent dans le domaine de l'art funéraire, les recueils de dessin exécutés sous le règne de Louis XIV pour l'érudit Roger de Gairgnières (1642-1715) sont une source incomparable : ils contiennent en effet des relevés aquarellés d'une dizaine de tombeaux en Oeuvre de Limoges.

 

(Source - Les émaux de Limoges au Moyen Age / Dossier de l'Art)

Tombeaux de Jean et Blanche de France (1248 et 1243) - Eglise abbatiale de Saint-Denis.

Les tombeaux des deux enfants de saint Louis sont des gisants en cuivre épais émaillé suivant la technique du champlevage et sont les deux rares exemples de cette technique dont il existait au XIII° siècle de nombreux types. Le personnage de cuivre doré est posé sur une dalle émaillée ornée d’entrelacs végétaux. Les deux tombeaux mesurent chacun 1 mètre de longueur sur 59 centimètre de largeur. Les yeux des enfants sont ouverts sur l’éternité.

Blanche semble tenir dans sa main droite ce que l’on a pu identifier comme une balle de jeu. Jean, lui, porte un sceptre, attribut habituellement interdit à un enfant cadet de France. Cette exception notable demeure un mystère.

LA STRUCTURE DES TOMBEAUX EMAILLES

 

La confrontation des dessins des albums de Gaignières avec les tombeaux conservés permet de comprendre la structure de ces monuments. Sur un coffret parallélépipédique, en bois, comportant un emmarchement et une corniche, étaient clouées des plaques de cuivre émaillé, scandées par des médaillons contenant des figures d'anges en buste  ou des armoiries. La saillie de la corniche forme comme un cadre pour le gisant placé sous le coffre, la différence de niveau entre ce cadre, lui aussi décoré d'armoiries ou de petites figures en médaillons, et le fond plus bas, où repose le gisant, est traitée par un simple biseau, sur lequel est inscrit l'épitaphe du gisant, en lettres émaillées sur de minces languettes de cuivre doré. Le fond est habituellement couvert de plaques de cuivre émaillé, orné de rinceaux ou d'armoiries.

 

Dans les monuments les plus soignés, comme ceux des enfants de saint Louis, des figures d'applique en relief, anges ou officiants, entouraient le gisant. Celui-ci était constitué d'une âme de bois, revêtue de plaques de cuivre mises en forme et dorées, simplement clouées sur le bois.

 

L'émail n'était utilisé que parcimonieusement, le plus souvent au moyen de plaquettes rapportées, indiquant des détails du vêtement. Assez exceptionnellement, les yeux de Jean et de Blanche de France ont été émaillés. Le filigrane, fréquemment employé dans l'orfèvrerie limousine, n'est plus attesté que par le tombeau de Guillaume de Pembroke (1288), dont le cercle de la tête et les manches sont ornés de bandeaux filgranés.

 

(Source - Les émaux de Limoges au Moyen Age / Dossier de l'Art)

UNE DIFFUSION DE LIMOGES A ROCHESTER

 

Sur l'exécution de ces tombeaux, on ne possède que bien peu de renseignements, fournis essentiellement par quelques documents d'archives.

En 1267, le prieur de Grandmont écrit à Thibaut V comte de Champagne, une lettre confiée à un bourgeois de Limoges, Jean de Chaptelat, pour demander où il convient de faire transporter la tombe de son père Yhibaut IV (1253) et en solliciter le paiement. Cette missive met en lumière le rôle de Grandmont, qui a pu servir d'intermédiaire financier et de messagerie entre un "fabricant", effectivement implanté en Limousin, et un commanditaire lointain.

 

Plus détaillés, les paiements des héritiers de l'évêque de Rochester, Gauthier de Merton (1276) contiennet un versement à "maître Jean de Limoges" pour la construction et le charroi de la tombe, un versement à un homme de confiance, chargé de surveiller l'éxécution de la tombe à Limoges, et un dernier versement à un transporteur chargé d'aller chercher la tombe à Limoges, de la conduire à Rochester et d'y amener le maître Jean. On peut donc présumer que l'amiallage des plaques de cuivre, et la mise en forme du revêtement de cuivre du gisant étaient accomplis à Limoges, ainsi que la sculpture de l'âme en bois du gisant. Mais le bâti du coffre, simple travail de menuiserie, pouvait être confectionné sur place, éventuellement sous le conduite d'un praticien limousin, venu assurer le montage du monument.

 

Enfin un dernier document concerne le tombeau de Blanche de Champagne, duchesse de Bretagne, morte en 1283, commandé à Limoges par son fils Jean II duc de Bretagne, il fut payé en 1306 pour la somme de 450 livres. Il est probable que la tombe venait alors juste d'être terminée. Phénomène assez rare pour l'art médiéval, à ce texte correspond la gisante, seul reste du tombeau, conservée au musée du Louvre.

 

(Source - Les émaux de Limoges au Moyen Age / Dossier de l'Art)

 

DE PRESTIGIEUX COMMANDITAIRES DES EMAUX DE LIMOGES

 

Les personnes enterrées sous les monuments en Oeuvre de Limoges sont fréquemment des évêques, dont plusieurs sont connus pour leurs liens avec Grandmont : Gérald IV évêque de Cahors (1199) et Aymeric Guerry archevêque de Lyon (1257) reposaient dans l'église même de Grandmont, et Michel de Villoiseau évêque d'Angers (1260), inhumé dans l'église des Jacobins de sa cité, protégeait particulièrement la celle grandmontaise de la Haye-aux-Bonshommes.

 

Par ailleurs dans deux familles de la noblesse française, un goût traditionnel pour les tombeaux en métal entraîna tout naturellement des commandes aux émailleurs limousins. Il s'agit des comtes de Champagne, depuis Henri Ier le Libéral (1181) et Thibaut III (1201), dont les monuments d'argent ornaient autrefois le choeur de la collégiale Saint Etienne de Troyes, jusqu'à Thibaut V (1270), dont le coeur fut placé dans un petit monument au toit couvert de plaques de cuivre, avec peut être à l'origine des plaquettes armoriales émaillées. Le tombeau de Thibaut IV (1253), placé dans la cathédrale de Pamplune, avant de disparaître dans les troubles de 1276, appartenait à l'Oeuvre de Limoges, il en allait paut être aussi pour le tombeau de son fils Henri Ier roi de Navarre (1274), lui aussi victime du pillage de 1276.

 

L'autre famille fidèle aux tombeaux en métal est la famille de Dreux, proche parente des Capétiens, dans leur nécropole de Saint-Yved de Braine, entre Soissons et Reims, Robert II comte de Dreux (1218), Pierre Mauclerc (1250) et Marie de Bourbon (1274) reposaient sous des tombeaux de métal. Mais ce sont les descendants de pierre Mauclerc, devenu en 1213 duc de Bretagne, qui firent appel le plus fréquemment aux émailleurs de Limoges, puisqu'au moins quatre de leurs sépultures sont en Oeuvre de Limoges.

 

(Source - Les émaux de Limoges au Moyen Age / Dossier de l'Art)

LES ENFANTS DE SAINT LOUIS

 

La famille royale française n'a fait appel qu'une fois aux émailleurs limousins, pour les deux enfants de saint Louis dont les tombeaux sont conservés. Ils se situent au début de la production des tombiers limousins, et l'on ne peut penser que le passage du Limousin sous la mouvance anglaise, en 1258, a compromis toute nouvelle tentative de patronage royal. Cependant, à la fin du XIIIème siècle et dans la première moitié du XIVème siècle, l'éventail des bénéficiaires de tombeaux en Oeuvre de Limoges tend à s'élargir : des familles nobles, de la Normandie à l'Agenais, des proches des ducs de Bretagne, et même des bourgeois d'Angers, il est vrai des membres de l'entourage du comte d'Anjou y figurent. Les tombeaux de ces derniers personnages, Herbert Lanier et sa femme Alès, conservés jusqu'à la Révolution dans un prieuré voisin d'Angers, ne survivent que par deux superbes masques en cuivre battu, que se partagent le musée du Louvre et celui d'Angers.

 

(Source - Les émaux de Limoges au Moyen Age / Dossier de l'Art)

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Guillaume de Valence Westminster

Guillaume de Lusignan, dit de Valence (v. 1225 - † 1296 à Bayonne, enterré dans l'Abbaye de Westminster), seigneur de Valence, Montignac, Bellac, Rançon et Champagnac, puis seigneur de Wexford (Irlande) et comte de Pembroke (Pays de Galles) en 1247. Il est le fils de Hugues X de Lusignan, comte de la Marche et d'Angoulême, et d'Isabelle d'Angoulême. Il est ainsi le demi-frère d'Henri III d'Angleterre.