Colombes eucharistiques

La colombe, consacrée à Vénus dans l’Antiquité, est devenue pour les chrétiens un chaste volatile, qui évoque la pureté du Christ. Symbole de paix dans l’Ancien Testament, elle apporte à la fin du Déluge un rameau d’olivier en signe d’apaisement de la colère divine. Allégorie du souffle divin sous toutes ses formes, elle représente dans les Evangiles l’Esprit saint. Lors du baptême du Christ, “[...] les cieux s’entrouvrirent, et il vit, telle une colombe, l’Esprit de Dieu descendre sur lui” (Matthieu, III, 16).

 

Les sept dons de l’Esprit sont illustrés par sept colombes. Fréquente dans l’art paléochrétien, la colombe est présente dans la sculpture et dans l’orfèvrerie liturgique, avec des objets de forme comme les colombes eucharistiques.

 

Les colombes eucharistiques sont des tabernacles mobiles, contenant les hosties consacrées, et suspendus par des chaînettes au-dessus de l’autel. Pour les chrétiens, la colombe est symbole de pureté et d'innocence. Dans les Evangiles, elle incarne l'Esprit saint. Les ateliers de Limoges fabriquèrent de nombreuses colombes eucharistiques, mêlant stylisation et réalisme dans leur décor gravé et émaillé.

Au Moyen Âge, la réserve eucharistique est d’abord suspendue au-dessus de l’autel. A cette pratique s’ajoute au XIIIe siècle celle du ciboire posé dans un tabernacle mural ou architecturé. La réserve suspendue, dont le contenu est ainsi protégé des souris, est un vase fermé, un petit édicule ou une colombe, image de l’Esprit saint.

 

La fabrication des colombes eucharistiques limousines

 

A l’instar des autres vases liturgiques, des colombes eucharistiques furent fabriquées en grande quantité par les ateliers limousins et vendues dans toute l’Europe au XIIIe siècle. Elles se ressemblent beaucoup dans leur structure et leur décoration, bien que chacune d’elles ait sa spécificité. La colombe repose souvent sur un petit disque dans lequel ses pattes disparaissent ; le support discoïdal des colombes peut aussi prendre la forme d’un gémellion (colombe d'Amiens) ou d’un enclos crénelé, symbole de la Jérusalem céleste (exemplaire de Washington). Les colombes sont suspendues par des chaînettes partant de leur support. Celle du musée disposait-elle d’appendices arqués en antennes comme celle de New York, ou était-elle fixée sur un support plus large muni de trous ? Les chaînettes pouvaient être rattachées à une couronne suspendue et percée de trous servant à coudre un pavillon de tissu, petite tente à l'image du tabernacle biblique, qui voilait l’oiseau. La couronne conservée au musée est décorée d’anges en buste et de huit tourelles émaillées sommées de croix.

 

La colombe elle-même est faite de plusieurs plaques de cuivre ajustées. Les ailes, généralement fixées au corps par des rivets, sont ici articulées par une charnière située au bout de l’aileron. Dans le dos, un couvercle en forme d’ellipse ferme le réceptacle eucharistique. Cet opercule dorsal peut être orné de motifs particuliers, sur sa face externe (IHS sur la colombe de New York) ou interne (main de Dieu bénissant pour les exemplaires de Washington et de Copenhague). Le ventre, la tête et le dos présentent un décor gravé évoquant un plumage. Les ailes, la queue et le support sont champlevés et émaillés, avec des motifs de plumes et de rinceaux (pour le support) aux tons unis ou dégradés. Chaque aile est traversée d’une bande verticale décorée de gemmes dont il reste les montures.

 

Les colombes limousines, qui mêlent réalisme (rendu du plumage) et stylisation, sont difficiles à dater. La colombe du musée semble se situer entre les plus anciens exemplaires conservés, datant des années 1200, comme celui d’Amiens qui possède deux bandes décoratives au motif vermiculé sur les ailes, et la “deuxième génération”, située vers 1215-1235, caractérisée par la présence d’une seule bande décorative sur les ailes mais aussi par la disparition des gemmes. Bien que moins fréquentes, les colombes eucharistiques perdureront après le XIIIe siècle et même au-delà du Moyen Âge.

 

(Source - Christine Descatoire ( Conservateur Musée du Moyen Age))

COLOMBE EUCHARISTIQUE DU MUSEE DE BRIVE

 

Cette pièce est unique en France de par son style et notamment par la manière dont sont dessinées sur le couvercle, qui est d'une seule pièce, les ailes, par des motifs incisés évoquant des plumes. Cette technique de traitement du plumage et des ailes de l'oiseau rappelle une tradition attestée en Normandie.
Autrefois, en Corrèze, une autre colombe eucharistique était installée dans l'église de Laguenne, mais elle était d'une autre facture. Le musée possède une photographie de cet objet malheureusement aujourd'hui disparu.

Ce type de colombe servait à contenir les hosties consacrées et était généralement suspendu, au moyen de petites chaînes, au-dessus du maître-autel, soit directement depuis le plafond, soit sous un ciborium (petit édifice voûté, monté sur des colonnes) ou peristerium...

Deux formes de custodes eucharistiques ont été plus particulièrement usitées dans les premières basiliques : celle d'une tour (emblème de la force) et celle d'une colombe. La colombe est un héritage de l'Antiquité époque à laquelle elle était le symbole de l'amour. Par la suite, pour les chrétriens, la colombe est devenue non seulement le symbole de l'Amour Divin, mais aussi de diverses vertus et du Saint-Esprit (dans ce cas, la colombe était placée au-dessus des baptistères).
D'après les textes d'Anastases, les matières les plus ordinaires pour ce type de colombe étaient l'or, l'argent ou le cuivre doré rehaussé d'émaux. Toutefois, on employa dans certains cas, l'ivoire, le bois et l'osier.

 

(Source - Musée Labenche de Brive)

 
Colombe eucharistique

Musée de Barcelone

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