La charte d’affranchissement et le renouveau après la guerre de 100 ans

 

Durant la guerre de 100 ans (de 1337 à 1453), le Limousin est une zone frontière entre les belligérants : le Royaume de France et l’Aquitaine aux mains des Anglais. De ce fait, il souffre beaucoup des troubles, des pillages causés par les troupes de brigands et de « routiers », de destructions, ... Eymoutiers n’y échappe pas avec la destruction d’une partie de la collégiale et de la ville.

 

En 1428, les habitants d’Eymoutiers obtiennent de leurs seigneurs (l’évêque de Limoges et les chanoines du Chapitre) une Charte d’affranchissement. Cette dernière autorise la ville à se gouverner par elle-même, par le biais de consuls. La charte précise que le collège de consuls est composé de quatre membres, élus pour un an, choisis le jour de la Saint-Etienne parmi les prudhommes de la ville : un choisi par l’évêque, un autre par le Chapitre, et les deux derniers par la ville. Elle prévoit aussi que pour se protéger des « routiers et gens d’armes qui gastent le paiz », la ville sera entourée de murailles et comportera trois portes (en fait il y en aura quatre : la porte Notre-Dame ou Neuve au nord face au pont de Peyrat, la porte Farges au sud-est dans la rue des Ursulines, la porte Saint-Etienne au sud en haut de la rue des Maquisards, et la porte Saint- Psalmet à l’ouest). À partir de ce moment, s’opèrent un renouvellement important du bâti (beaucoup de maisons datent de la période 1450-1550) et la reconstruction du chœur de la collégiale.

(Source - CERCLE HISTORIQUE PELAUD)

 

Urbanisation d'Eymoutiers

Une communauté de clercs séculiers s’établit à Eymoutiers et fonde un chapitre. Cette communauté est attestée dès 936, mais c’est surtout au XIe siècle qu’elle deviendra puissante et autonome. Elle se dotera d’une collégiale dès la fin du XIe siècle avec un enclos fermé. Au même moment s’est développé un castrum sur la butte de Saint-Pierre,-Château avec une église paroissiale. Ce castrum contrôlait le chemin de Meymac.

Le développement de la ville autour de l’enclos canonial a conduit à la construction de l’église Notre-Dame, la collégiale ne servant que pour les offices des chanoines. Cette église est attestée dès 1154. Il devait y avoir aussi une halle marchande. Cette première extension du bourg a peut-être été défendue par une enceinte au XIIIe et XVe siècles comme le suggère le tracé des rues, mais celle-ci, si elle a existé, a totalement disparu.

L’évêque de Limoges, seigneur d’Eymoutiers, qui avait un château au lieu-dit Saint- Pierre-Château ( à 1,2 km au Sud-Est) fait construire au début du XIIIe siècle un autre château à proximité du bourg, dans le quartier du Puy d’Ayen. Pourquoi ce rapprochement ? Être au plus près de la ville qui se développait, surveiller les axes de communication et profiter des péages, surveiller le chapitre de chanoines qui était devenu de fait un coseigneur d’Eymoutiers : il y eut d’ailleurs maints procès entre eux pour la délimitation de leurs pouvoirs et de leurs droits respectifs. Chacun avait ses fours, ses moulins banaux, son pilori, ses officiers de justice, sa prison ...

Cette période est marquée par la prospérité de la ville avec le début des tanneries et la structuration de quartiers spécialisés : les Barrys, la Rue Farges, les Tanneries.

(Source - CERCLE HISTORIQUE PELAUD OFFICE DE TOURISME DES PORTES DE VASSIVIERE)

 

Le chapitre de la collégiale d'Eymoutiers

 

Tout au long de son histoire, le chapitre est placé sous le contrôle de l'évêque qui agit d'abord comme chef religieux des communautés de son diocèse, surtout quand ce sont des clercs. On ne sait rien des trois premiers siècles d'existence de la communauté, on sait seulement qu'il y a un monasterium à Eymoutiers en 936 , à bien traduire comme moutier et non comme monastère, et qu'il est bien placé dans la dépendance de l'Église-mère.

 

Quand en 958 , un vassal du comte de la Marche fonde une communauté canoniale nouvelle à La-Tour-Saint-Austrille, il souhaite la placer dans le même rapport de protection que celui qui existe entre la cathédrale et Eymoutiers à cette époque. Ce flou sur les origines du chapitre, déjà existant au Moyen Âge, a permis aux chanoines de

s'inventer des origines glorieuses qu'ils ont même fait croire le plus sincèrement du monde au pape Sixte IV à la fin du XV siècle, lequel le rappelle dans une bulle de 1475 .

 

Le chapitre aurait été fondé par Charlemagne en personne, et son œuvre aurait été parfaite (par la consolidation du patrimoine) par le comte de la Marche et l'évêque de Limoges Turpion qui règne au début du Xe siècle. Cela n'a rien d'étonnant. Les chanoines de Saint-Yrieix ont fait de même pour leur chapitre à la fin du XI siècle . Même si les aristocrates puissants des alentours ont pu faire des dons de terres au chapitre, il est pourtant certain que le noyau originel de son patrimoine vient non pas d'un empereur, mais bien des évêques de Limoges, qui d'ailleurs sont seigneurs des lieux à Eymoutiers. En témoigne la cérémonie d'hommage en reconnaissance de cela, périodiquement renouvelée entre un représentant du chapitre et l'évêque, sous peine de saisie du temporel du chapitre.

 

(Source - Le chapitre collégial Saint-Étienne d'Eymoutiers du Moyen Âge à la Révolution / Anne MASSONI)

Une communauté intimement liée au pouvoir de l'évêque 

 

L'origine du chapitre vient, comme ailleurs en Limousin, de la fixation autour d'Eymoutiers d'un point d'ancrage de la christianisation grâce à la figure de Psalmet. On n'en sait pas grand chose de certain, même si l'on connaît les grands traits de la reconstruction hagiographique du personnage. Mais il fut moins mis en valeur par l'action épiscopale que Léonard à Noblat et surtout, sa connaissance pâtit du fait que Grégoire de Tours, le grand historien de la Gaule mérovingienne, n'en

parle pas alors qu'il parle d'Aredius pour Saint-Yrieix, de Junien pour Saint-Junien, de Marien pour Évaux.

 

Psalmet est présenté comme un moine qui aurait vécu au début du VIIe siècle, appartenant semble-t-il au mouvement de la perigrinatio pro Deo, le voyage pour Dieu, pratiqué par les moines irlandais de l'époque mérovingienne, dans une volonté de rechristianisation de la Gaule après les invasions par des peuples germaniques ariens. Sa légende en fait ensuite un ermite recherchant volontairement la solitude non loin de la future localité d'Eymoutiers pour prier, malgré la popularité que lui valent ses miracles auprès des populations disséminées dans cette partie du diocèse . Il fut peut-être un auxiliaire de l'évêque de Limoges dans une œuvre d'évangélisation des campagnes, assez tard d'ailleurs par rapport à la chronologie des autres grandes figures du christianisme ancien en Limousin.

En tout cas, les reliques de Psalmet sont conservées dans l'église ancienne, future collégiale ; c'était son corps entier, semble-t-il, jusqu'à la Révolution où la tête fut perdue . Et comme ailleurs, ce tombeau est à l'origine de la constitution d'un lieu de pèlerinage, puisque le saint continue de faire des miracles après sa mort.

 

L'évêque de Limoges dépêcha sur place une communauté de clercs, prêtres et diacres, pour encadrer le culte. C'est l'origine du chapitre de chanoines, des clercs séculiers qui vivent à l'origine en communauté, mais qui ne sont pas des moines, dont la fonction première est cet encadrement pastoral et la récitation quotidienne, de jour comme de nuit, des offices dits canoniaux, dans le chœur de l'église, orné de stalles. Cette communauté locale n'est ni plus ni moins que l'émanation du groupe de clercs qui entoure l'évêque à la cathédrale pendant l'époque mérovingienne, à l'image de la communauté de clercs qui dessert le lieu de culte à Saint Martial à Limoges, avant que ces clercs ne deviennent des moines bénédictins en 848, ou encore à l'image de ce qui se passe à Saint-Junien ou à Noblat, autres lieux essentiels du relais du pouvoir de l'évêque le long de la Vienne. Ce rattachement à l'Église-mère se traduit à Eymoutiers par la titulature de l'église et du chapitre à Saint-Étienne, comme celle de la cathédrale, ce qui fait de Psalmet le patron secondaire .

(Source - Le chapitre collégial Saint-Étienne d'Eymoutiers du Moyen Âge à la Révolution / Anne MASSONI)

Les vitraux de la collégiale d'Eymoutiers

L'ensemble des vitraux de la collégiale d'Eymoutiers est un des mieux conservé du Limousin. Il comprend 16 verrières datant du XV e siècle, qui ont été scellées dans l'architecture gothique de cette partie de l'église. Daté de 1460 à 1485 ans , elles sont de même compositions : 2 lancettes trilobées surmonté d’un tympan ajouré, des personnages représentés au pied, dans des courtines de damas tendus dans un décor architectural. Elles furent l’objet de restauration depuis la fin du 19 éme siècle.

 

Cet ensemble de verrières est unique en Limousin , même au-delà.  Y figurent de multiples personnages, saints majeurs tels la Vierge ou Etienne, saint-patron de cette collégiale, mais aussi des saints plus locaux comme Psalmet, connu pour avoir été l'évangélisateur légendaire de la région d'Eymoutiers.

Les verrières des deux bas-côtés pourraient dater des années 1460, sauf celles des baies 12 et 14 qui semblent un peu plus tardives (peut-être vers 1475-1480). Celles du choeur, dont trois ont très probablement été commanditées par l'évêque de Limoges Jean I Barton, pourraient dater des années 1470-1475.

 

L'ensemble a été restauré à diverses reprises au 19e siècle : en 1872 par l'atelier Lobin de Tours, en 1884 par l'atelier Maréchal de Metz et l'atelier Champigneulle de Bar-le-Duc. L'ensemble a été endommagé par un dynamitage dans le voisinage en 1944, remis en état en 1947 par l'atelier Chigot de Limoges, puis à nouveau restauré lors d'une campagne échelonnée entre 1980 et 1990 par l'Atelier du vitrail de Limoges (ancien atelier Chigot).

Les vitraux de la collégiale d'Eymoutiers 

Au registre inférieur, de gauche à droite : saint Jean l'Evangéliste (il tient le calice de la main gauche et montre le dragon de l'autre), saint André (il tient sa croix de la main droite).

 

Au-dessus : saint Pierre (tient la clef dans la main gauche, un livre fermé dans l'autre), saint Etienne (tient un livre sur le plat duquel est posé une pierre, dans la main droite il tient une palme).

 

Au-dessus : saint Joseph (tient une branche de lys dans la main droite), la Vierge à l'Enfant (richement vêtue, elle tient l'Enfant sur son bras droit et le soutient de sa main gauche). Tous ces personnages sont représentés en pied sous de riches dais architecturaux. Au tympan le Jugement dernier : au trilobe supérieur le Christ juge entouré de la Vierge et de saint Jean, dans les quadrilobes inférieurs la résurrection d'un pape et d'un roi sortant de leurs tombeaux. Un ange musicien est logé dans un écoinçon au centre du tympan.

Les vitraux de la collégiale d'Eymoutiers 

Au registre inférieur, de gauche à droite : saint Jacques le Majeur (vu de trois-quarts, il tient un livre ouvert, un bourdon et porte un chapeau à coquille), sainte Madeleine (elle tient un vase à parfum entre ses mains).

 

Au-dessus : saint Paul (richement vêtu il tient une grande épée dans la main gauche), saint Philippe (il tient une croix sur hampe dans la main droite). Au-dessus : l'évêque Jean I Barton (il tient sa crosse entre ses mains jointes, il est agenouillé devant un pupitre qui porte un livre ouvert), saint Jean-Baptiste (il porte dans la main gauche un livre sur lequel est allongé l'agneau).

 

Tous ces personnages sont en pied sous de riches dais architecturaux. Au tympan la Honte d'Adam et Eve : au trilobe supérieur, l'arbre de la connaissance et le serpent enroulé sur le tronc, dans les quadrilobes inférieurs Adam et Eve cachant leur nudité, le soleil, la lune et une rose dans les écoinçons.

Les vitraux de la collégiale d'Eymoutiers 

Au registre inférieur, de gauche à droite : saint Jude (vu de profil, il tient un livre fermé dans la main gauche et un bâton dans l'autre), saint Matthieu (il tient un livre dans la main droite et une hache dans l'autre).

 

Au-dessus : saint Matthias (il tient une grande lance dans la main gauche et un livre dans l'autre), saint Barthélemy (il tient un couteau entre ses mains).

 

Au-dessus : saint Thomas (il tient une lance dans la main gauche et un livre fermé dans l'autre), saint Simon (il porte dans la main droite un livre fermé et tient une scie dans l'autre). Tous ces personnages sont en pied sous de riches dais architecturaux. Au tympan, des anges musiciens jouent de la trompette, du luth et de la harpe.

Collégiale d'Eymoutiers

À l’époque mérovingienne, l’église lutte pour s’imposer face à l’arianisme et aux traces de paganisme. En Limousin, les fondations simultanées de plusieurs ermitages à cette époque, semblent plutôt l’œuvre de quelques clercs, agissant plus ou moins en solitaires, qui se seraient mis à la disposition de l’évêque pour l’aider dans son œuvre d’évangélisation. Se plaçant généralement à proximité de points de passage fréquentés, nombre d’entre eux, comme Psalmet, s’installèrent dans la vallée de la Vienne.

D’après la légende, à sa mort, vers 630, Psalmet fut inhumé sur les bords de la Vienne. Selon l’indication d’une bulle du pontife Sixte IV (pape de 1471 à 1484), sur le tombeau de l’ermite se construisit une petite église desservie par un monastère que Charlemagne, roi des Francs, fit agrandir. Des moines et des chanoines se sont succédé jusqu’au XIe siècle, époque où le monastère a été détruit. Il ne reste aucune trace ni de cette première église ni du monastère.

Fin XIe – début XIIe, l’Évêque de Limoges ordonne la construction d’une église collégiale dédiée à saint Étienne et destinée uniquement à l’éducation des prêtres. Les paroissiens se réunissaient à l’église Notre-Dame, détruite de nos jours et qui se situait sur l’actuelle place Jean Jaurès.

Aux XIe et XIIe siècles, l’église collégiale, se développe. Elle est de style roman.

À cette époque, le chapitre d’Eymoutiers était très important. D’après une lettre du souverain pontife datée de 1154, celui-ci possédait une vingtaine d’églises et chapelles, des domaines importants et comptait trente chanoines dont la plupart étaient issus de nobles et illustres familles de toute la province.

Pendant la guerre de Cent Ans (1337 – 1443), le Limousin, zone frontière entre le royaume de France et celui d’Angleterre, a subi de nombreux ravages. La collégiale a été incendiée et le chœur roman détruit. Sa reconstruction débute en 1451 grâce aux aides financières du roi de France Louis XI, de Jacques d’Armagnac duc de Nemours et comte de la Marche, de l’évêque de Limoges Jean I Barton de Montbas coseigneur d’Eymoutiers et des familles nobles des chanoines (les Comborn en particulier), ainsi qu’aux aumônes des fidèles. Les travaux, conduits par le maître maçon de Limoges Jacques Michel, se terminent peu avant 1510.

Au XVe siècle, les guerres ayant diminué les ressources du chapitre, celui-ci ne compte plus que 16 chanoines avec le prévôt. Ses effectifs continuent à diminuer jusqu’à la Révolution et 1790 sera l’année de sa suppression. Sous la Terreur, les chanoines et prêtres du chapitre furent pour la plupart exportés ou guillotinés.

Après la Révolution, la collégiale devient l’église paroissiale.

 

(Source - CERCLE HISTORIQUE PELAUD) 

Collégiale Eymoutiers - Crédit photo PNR Millevaches

Après des débuts que la tradition fait remonter à un ermite nommé Psalmet, l’établissement est créé par l’évêque de Limoges au pouvoir duquel il restera intimement lié durant toute son existence. Néanmoins, l’auteur montre que peu à peu le chapitre, qui comptait environ trente prébendes au début du xie siècle, a gagné une certaine autonomie, notamment en obtenant l’élection de son prévôt. seigneur et haut-justicier, celui-ci exerce un rôle majeur dans la ville tandis que l’influence de la communauté se fait sentir également à une trentaine de kilomètres à la ronde, territoire où elle nomme les desservants. Pourtant la collégiale n’a pas, au moins à partir du xiie siècle, de rôle paroissial.

(Source - La collégiale d’Eymoutiers : relectures / Évelyne Proust - Bulletin Monumental  Année 2015)

La partie romane et le clocher de la collégiale d'Eymoutiers

 

L’analyse archéologique du monument roman est un exercice particulièrement complexe car il résulte, comme le souligne l'historien E. Sparhubert,

« d’embellissements successifs d’un édifice ancien qu’il n’a jamais été question de remplacer totalement ».

 

En l’absence de textes, mais grâce à des indices qui conduisent E. Sparhubert vers des hypothèses souvent séduisantes, des campagnes successives sont mises en évidence. Il faut toutefois regretter qu’un plan fiable de l’église n’ait pas été produit, absence qui entrave fréquemment la compréhension du raisonnement.

 

La partie la plus ancienne est le transept. monté en petits moellons avec des contreforts minces installés aux angles et des fenêtres peu ébrasées à l’extérieur, il appartient sans conteste au xie siècle. Ses murs minces suggèrent une simple couverture en charpente, ce que des colonnes adossées romanes, qui reçoivent aujourd’hui une voûte d’ogives, semblent pourtant contredire. Sont- elles le témoin d’un voûtement de pierre postérieur ou bien étaient-elles destinées à supporter des pièces de charpente ? L’auteur ne tranche pas.

Le clocher occidental, soigneusement appareillé en pierre de taille, est sans doute le vestige le plus remarquable de la période romane. ses quatre étages carrés, en retrait les uns par rapport aux autres, et son décor extérieur d’arcatures l’apparentent aux tours de nombre d’églises romanes de la région qui, comme lui, ont été traitées de manière indépendante de la nef. Mais la présence d’une vaste salle fermée de six mètres sur six au rez-de-chaussée et la dissymétrie de ses quatre faces interrogent.

 

L'historien E. Sparhubert suggère qu’à l’origine il avait une fonction de clocher-porche et était ouvert au sud et à l’est. C’est au XVe siècle que l’on aurait fermé ces ouvertures ainsi que celles de l’étage.

La liaison problématique entre la nef et le clocher, particulièrement visible à l’intérieur de l’édifice, est ardue à analyser. La démonstration de l’auteur, qui pense pourtant que les deux chantiers ne peuvent être complètement dissociés, n’est pas facile à suivre. Là encore, un plan des constructions aurait été utile. On est en revanche convaincu par la « réhabilitation » de la nef à trois vaisseaux, austère mais bâtie avec soin en moyen appareil, nef dans laquelle a été habilement intégrée la partie centrale du transept. Le voûtement du vaisseau central en berceau brisé, associé à des berceaux transversaux sur les collatéraux, conduit l’auteur à dater cette nef des premières années du xiie siècle. compte tenu des références locales, d’ailleurs présentées par l’auteur, nous proposerions plutôt le milieu du siècle.

(Source - La collégiale d’Eymoutiers : relectures / Évelyne Proust / Bulletin Monumental  Année 2015)

Le portail de la collégiale d'Eymoutiers

Le portail de l'entrée est construit en granite très dur, les décors sont sobres, le tympan est fait de colonnes brisées, les "boudins" se prolongent vers le bas en colonnes entre-coupées de chaque côté d'une frise sculptée avec des décors de végétaux ou d'animaux (spécificité limousine).

Maquette 3d Warehouse

Le clocher de la collégiale d'Eymoutiers

Le clocher-porche a été construit avant 1100, il signale l'église aux pèlerins. Il est encagé du fait des problèmes d'agencement des volumes. On observe de l'extérieur, en haut de la partie romane un chemin de ronde avec des créneaux. Le dernier étage du clochercomporte des tours et des meurtrières, fortifications ajoutées après la guerre de cent ans. Les ouvertures des étages inférieurs ont été murées à la même époque.

Le chevet de l'art gothique  de la collégiale d'Eymoutiers

 

L'historienne Claude Andrault-Schmitt s’attache à ce quasi-monument à part entière que constitue le chevet sa place dans l’art gothique. Pour cette construction homogène de la fin du moyen Âge, qui ne représente pas moins de la moitié de la surface totale de la collégiale.

L'historienne  situe durant le chevet dans le troisième quart du XVe siècle. Dans l’analyse architecturale de cet ensemble composé de trois vaisseaux parallèles terminés par des absides à pans coupés, l'historienne confronte les éléments relevant de l’héritage de la tradition gothique et les apports plus méridionaux.

 

Elle insiste sur l’habileté du maître d’œuvre dans le rapport qu’il établit entre les vides et les surfaces murales et, à l’extérieur, sur l’harmonie du périmètre continu formé de l’alternance de travées ouvertes d’une lancette et d’élégants contreforts structurés de plusieurs glacis qui rappellent ceux, bien antérieurs, de La chaise-dieu. en outre, un principe de hiérarchie est inscrit dans l’agencement des volumes avec un vaisseau central qui domine. Cette distinction se retrouve dans l’agencement des contreforts, simplement extérieurs dans les bas-côtés et en « clous » dans le vaisseau central, ménageant ainsi des espaces quadrangulaires formant chapelles.

Mais on ne peut, dans ce chevet, séparer l’architecture du décor monumental. Les frises de feuillage frisé des chapiteaux, les motifs des clefs de voûte, le superbe ensemble de vitraux et les peintures murales contribuent à l’unité des effets. L’auteur insiste sur la qualité et la virtuosité du décor des portes qu’il est difficile, malgré sa date, de qualifier de flamboyant. 

(Source - La collégiale d’Eymoutiers : relectures / Évelyne Proust / Bulletin Monumental  Année 2015)

La nef gothique est formée de deux travées avec arcs croisés, moulures sobres, et voûtes peintes (moyen de transmettre l'histoire du Christ, des saints locaux et l'histoire locale). Les communications sont remarquables entre le vaisseau principal et ses latéraux par ses supports hiéarchisés. Chaque colonnette a sa fonction en relation avec son groupement d'ogives (gothique rayonnant). Les feuillages sont d'une qualité exceptionnelle.

Le chevet gothique est maintenu par des contreforts rentrants qui déterminent des niches et qui agrandissent l'espace. L'ensemble de 23  stalles du choeur date du XVème siècle, la disposition et le nombre ne sont pas d'origine, les miséricordes et les accoudoirs sont rapportés ; 29 parcloses sont surmontées d'appuie-mains sculptés. Une particularité indique que l'ensemble des stalles d'Eymoutiers étaient d'une grande qualité : la rareté des moulures croisées. 

Pour plus d'info ...

La Collégiale d'Eymoutiers à l'époque romane - E. Sparhubert

La collégiale d'Eymoutiers : relectures - E. Proust